Gibson-Park - White : sans demi-mesure
Voilà un match dans le match qui sent bon le Tournoi des Six nations. Sept semaines après leur dernière opposition (déjà à l’Aviva Stadium), les demis de mêlée se retrouvent pour croiser le fer. Les tuniques du Trèfle et du Chardon rangées, ils ont renfilé celles du Leinster et de Toulon pour de nouveau se défier. Et, bon sang, que ce duel promet. Références européennes à leur poste, les deux hommes – qui sont les joueurs avec le plus de passes au compteur en Coupe – se distinguent par leur ruse et la vitesse qu’ils impulsent dans le jeu… sans oublier leur très fort caractère.
Sur un nuage cette année, Ben White a « renversé la table » pour gagner, au détriment de Baptiste Serin, son maillot de titulaire du RCT. Et ses plus fidèles suiveurs le savent : lorsque « Whity » survole la Manche, c’est rarement pour aller enfiler des perles. Demandez donc aux malheureux d’Édimbourg et de Glasgow, tous bernés par celui qu’ils pensaient être un frère. Eh bien non. Lorsque l’odeur des grands matchs et des chocs européens vient lui titiller les narines, le stratège écossais n’est plus vraiment le même. Avec cinq titularisations (sur six possible) et quatre essais, il a montré que la Champions Cup était sa « compète ». Ses détracteurs toulonnais d’hier ont aujourd’hui rangé leurs tomates pourries pour mieux lui lancer des fleurs.
Ce samedi, néanmoins, ce sera encore une autre affaire. Car, du haut de ses 34 piges, Jamison Gibson-Park a beaucoup de bouteille. Comme le breuvage Jameson de l’île d’Émeraude, le barbu au crâne rasé a bien vieilli. Arrivé presque sur la pointe des pieds il y a dix ans, ce Néo-Zélandais d’origine a su se faire adopter par Dublin et l’Irlande, distillant ses touches de génie pour permettre à ses partenaires de briller. En même temps, qui pourrait résister à un tel QI rugby ? À déguster sans modération.
Ryan - Ribbans : garants du combat
Le soldat James Ryan face au Goliath David Ribbans. Au-delà de la formule, puisque tous deux sont autant guerriers que géants, l’image revêt un certain sens. Véritable gamin de la région dublinoise, le deuxième ligne irlandais est l’un de ces leaders qui vous emmènent le groupe d’un rien, d’un geste. Plaqueur rugueux et sauteur en touche redoutable, ce cadre du XV du Trèfle est une poutre dans le pack bleu et un atout précieux dans la bataille des rucks que le Leinster impose à chaque adversaire.
Côté toulonnais, il faudra offrir du répondant à ce poison. Et on compte évidemment sur son homologue David Ribbans pour apporter son menhir à l’édifice. Maintenu dans le rôle de capitaine cette saison, le Varois a pour lui la dimension physique sud-africaine et la science du jeu anglaise. Un cocktail de puissance et d’intelligence qui doit lui permettre de remuer de la viande irlandaise et de maintenir son équipe dans les clous du combat physique. En général, dans ce secteur, si Ribbans va, Toulon va. Après deux premiers tiers de saison moins dominants de sa part, son réveil brutal face aux Stormers a d’ailleurs coïncidé avec le retour en forme du RCT. À lui de montrer qu’il est bien le plus gros colosse sur la pelouse.
Jaminet - Keenan : l'importance du dernier rempart
Il paraît que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Écarté du groupe lors du 8e de finale face aux Stormers, Melvyn Jaminet pourra difficilement le nier. À la suite de la blessure grave et malheureuse de Marius Domon en cet après-midi d’avril, le minot d’Hyères a repris le maillot floqué du « 15 » avec pour mission d’enchaîner. Verdict : après trois rencontres au bilan individuel mitigé, l’arrière semble avoir encore beaucoup à donner. Alors, sous son pied de mammouth, peut-être en a-t-il gardé. C’est en tout cas à souhaiter pour son RCT. Car le duel qui s’annonce pourrait peser bien lourd sur le pré.
Si le Leinster n’est peut-être plus à son apogée, Hugo Keenan, lui, est revenu de blessure fin mars pour tout péter. Maître de la lecture des espaces, du « +1 » dans la ligne et des couvertures de jeux au pied, l’arrière international irlandais est surtout très frais, comme l’illustrent ses innombrables chevauchées et ses trois essais en quatre matchs joués. Le Toulonnais devra lui opposer ses prises d’initiative et son jeu d’occupation, tout en conservant le sang-froid qui incombe à son rôle de buteur. Il paraît aussi que les grands matchs se gagnent au pied. Gageons pour lui qu’après la rencontre, Jaminet puisse vraiment l’affirmer.
Ollivon - van der Flier : la bataille des troisièmes lignes
Avis aux coureurs de fond. Ce samedi, installez-vous les pieds en éventail devant ces bonshommes… Et admirez. S’ils ne sont peut-être pas les plus perforants avec le ballon, les deux infatigables n° 7 auront un rôle clé à l’Aviva. Toujours au rendez-vous lors des grands matchs, Charles Ollivon sera scruté pour son activité inégalable au soutien, en l’air, au plaquage… dans presque tous les secteurs de jeu, en fait. Et il pourra trouver du répondant chez le casqué Josh van der Flier. L’ancien meilleur joueur du monde (en 2022) n’a certes plus sa splendeur d’antan, mais il reste un travailleur de l’ombre précieux, jamais absent lors des rendez-vous importants du Leinster. Dans ce sprint vers la finale qui s’annonce, ces athlètes modernes, avaleurs de kilomètres, risquent de pousser le curseur de l’effort à son paroxysme.



