La folie des grandeurs sportive des monarchies du Golfe : montagnes artificielles et milliards
Folie sportive des monarchies du Golfe : montagnes et milliards

Une colline artificielle qui interroge la stratégie sportive des Émirats

Sur l’île d’Al Hudayriat, au large d’Abou Dhabi, une étrange colline de 3,8 kilomètres est en construction. En novembre 2025, le journal espagnol Marca évoquait la volonté de l’émirat de bâtir cette montagne artificielle pour durcir le parcours des Mondiaux de cyclisme 2028. Un ajout qui aurait pu favoriser le Slovène Tadej Pogacar, quadruple vainqueur du Tour de France et coureur de l’équipe émiratie UAE Team Emirates. Si la colline est bel et bien en chantier, l’Union cycliste internationale a démenti sa présence sur le tracé officiel de la course. L’explication avancée : cette nouvelle rampe ne servira que pour les cyclotouristes.

Un même objectif, des justifications différentes

Cette anecdote révèle la folie des grandeurs qui entoure désormais le sport dans les monarchies du Golfe. Dresser la liste exhaustive des compétitions organisées dans la région serait fastidieux. Depuis les années 1990, et plus encore au XXIe siècle, ces États ont massivement investi dans presque toutes les disciplines – de la Formule 1 au tennis, en passant par le cyclisme, l’hippisme et même l’e-sport – sur leur territoire comme à l’étranger. Le point d’orgue reste le Mondial de football organisé par le Qatar en 2022, avant celui de 2034 déjà attribué à l’Arabie saoudite.

Initialement, cette stratégie se confond avec le récit national balbutiant de ces émirats. « Pour ces pays, la nation est une construction récente : il a fallu l’inventer. Le sport a participé à créer cette union nationale », explique Raphaël Le Magoariec, docteur en géopolitique et spécialiste de la politique sportive des États du Golfe. Par la suite, le sport a pris une autre dimension aux yeux des dirigeants arabes, avec des objectifs variant légèrement d’un émirat à l’autre. « Certains États utilisent le sport avant tout comme un levier de diversification économique et d’attractivité touristique. D’autres en ont fait un véritable outil de puissance et d’influence sur la scène internationale », ajoute le spécialiste.

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Alors que Dubaï rayonne grâce à l’organisation d’événements sur son sol, le Qatar, l’Arabie saoudite et Abou Dhabi utilisent aussi des relais à l’étranger via leurs clubs de football respectifs – le PSG, Newcastle et Manchester City – ou au sein des sphères dirigeantes. Le Qatari Nasser al-Khelaïfi cumule ainsi les fonctions de président du PSG, de beIN Media Group et de l’Association européenne des clubs de football. Si les motivations diffèrent – diversification économique dans le cadre du plan Vision 2030 pour Riyad, attractivité pour Dubaï, visibilité et influence pour Doha – tous partagent un même but : « Accéder à des acteurs clés et faciliter des relations diplomatiques ou économiques avec d’autres pays », énumère Raphaël Le Magoariec.

Des moyens quasi illimités et une concurrence féroce

Cette ambition ne va pas sans une concurrence acharnée, tant au niveau organisationnel que sportif. Le peloton cycliste professionnel en est un parfait exemple, avec des équipes aux noms évocateurs – UAE Team Emirates, Bahrain Victorious, Jayco AlUla – s’affrontant sur des épreuves désormais concentrées au Moyen-Orient en début de saison, comme l’UAE Tour, le Tour d’Oman ou l’AlUla Tour.

Les moyens déployés pour parvenir à ces fins semblent quasi illimités. Le Fonds public d’investissement saoudien, présidé par le prince héritier Mohammed ben Salmane, pèse ainsi près de 1 000 milliards de dollars. Un facilitateur tout-puissant qui a permis la création d’un circuit dissident professionnel en golf en 2022, devenu un véritable défi pour le traditionnel PGA Tour. Il a aussi autorisé certains clubs de football du championnat saoudien sous son contrôle à recruter des joueurs de renommée mondiale, comme Cristiano Ronaldo ou Karim Benzema, grâce à des salaires mirobolants.

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Malgré les tensions régionales, notamment les tirs de missiles depuis le début du conflit en Iran qui ont temporairement mis le sport sur pause dans la péninsule, aucun changement de braquet n’est attendu dans les années à venir. « Ces politiques sont pensées sur le temps long, elles ne seront pas remises en cause par une crise ponctuelle », estime Raphaël Le Magoariec. La folie des grandeurs sportive des monarchies du Golfe semble donc promise à un avenir durable, avec des investissements colossaux et une influence grandissante sur la scène internationale.