Finale Gambardella : Bertrand Reuzeau tire sa révérence
Finale Gambardella : Bertrand Reuzeau tire sa révérence

La finale de la Coupe Gambardella entre Montpellier et Paris Saint-Germain, prévue le vendredi 22 mai en ouverture de la Coupe de France, revêt un caractère particulier pour Bertrand Reuzeau. Le directeur du centre de formation de Montpellier, âgé de 60 ans, qui a dirigé celui du PSG pendant quinze ans, met un terme à une longue carrière débutée comme joueur à Laval. Cette finale sera son dernier match avant la retraite.

Une décision mûrement réfléchie

Bertrand Reuzeau explique les raisons de son départ : "Il y avait plusieurs réflexions. Elle a été accélérée par mes problèmes de santé il y a un an et demi, et ceux de ma femme en 2025. On s'est alors posé quelques questions. Le football est une vraie passion, mais c'est néanmoins une machine à laver, surtout à la formation, avec des responsabilités importantes. On a des mineurs, que nous confient leurs familles, et des staffs importants. Il y a une usure. Avec l'évolution du foot, des mentalités, des codes auprès des jeunes et des éducateurs, on se considère d'une ancienne génération. C'était donc le bon moment pour arrêter. J'ai fait part de ma réflexion au président fin 2025, avant tous les aléas du club."

La formation, ADN de Montpellier

Pour Reuzeau, la formation est essentielle pour le MHSC : "La formation fait partie de l'ADN de Montpellier. Quand je suis arrivé, Laurent (Nicollin) m'a laissé carte blanche. Une formation performante, avec une structure bien gérée, c'est pratiquement une bouée de sauvetage. Elle peut compenser les problèmes financiers et les soucis liés aux droits télé. Elle doit être utile. Pour cela, il faut qu'en bout de chaîne il y ait une place pour les jeunes dans l'effectif professionnel. C'est pour ça que c'est le projet d'un club."

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Inquiétudes pour la formation française

Le directeur sortant s'inquiète de l'avenir de la formation en France : "Le manque de stabilité à la tête des centres de formation peut être dangereux. Les clubs sous pavillon étranger gèrent d'abord les professionnels. Au bout d'un moment, ils veulent gérer la formation et mettre des techniciens étrangers à la tête des centres. On a affaire à des mineurs, des jeunes avec une scolarité, des relations humaines qu'il faut connaître et souvent propre à chaque région en France. On a la meilleure formation au monde et on est en train de tout casser. Il y a un vrai risque et une vraie inquiétude pour la formation française."

Souvenirs d'une finale perdue

Reuzeau se souvient de la finale perdue face à Laval, où il jouait : "À son arrivée à Paris (2013-2016), j'avais revu Laurent Blanc, au palmarès exceptionnel. Il m'a pourtant reparlé de la finale perdue face à Laval, où je jouais, avec un but de la tête qu'on lui a refusé. 'La Gambardella, c'est important, c'est la seule compétition que je n'ai pas gagnée' m'a-t-il dit."

L'écosystème parisien

Reuzeau souligne la richesse du vivier parisien : "La moitié de la sélection nationale est fournie par des gars originaires de la région parisienne, pas seulement du Paris SG. À Paris, j'avais la chance d'être à plus de 50% de joueurs devenus professionnels sur une génération. Quand on arrive à 20 ou 30% de réussite, c'est déjà bien. La multitude et la diversité de joueurs font la richesse de notre football. Selon une étude évoquée par Arsène Wenger, Paris n'est pas la plus grande métropole, mais c'est l'un des plus gros viviers au monde de joueurs professionnels."

Mbappé, une formation accélérée

À propos de Kylian Mbappé : "Je l'ai connu quand il était à Clairefontaine. J'aurais aimé le recruter au PSG, mais il a préféré Monaco. Là-bas, je ne l'ai pas eu longtemps. Il venait de gagner la Gambardella, puis il est passé pro. Tous ceux qui sont au-dessus, comme lui, Coman, Rabiot, Nkunku… tu ne les formes pas, tu les accompagnes. Au centre de formation, ils font tout en accéléré sur deux ans. Tu fais de la formation auprès de 90% de ton effectif."

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

La résilience de Kimpembe

Reuzeau évoque Presnel Kimpembe : "Presnel Kimpembe a été une surprise. Au début, il a cravaché. Amateur, pas titulaire en U16 ou U17. Il s'est construit avec le mental et la résilience. Il a eu une maturité tardive. Chapeau. À l'inverse d'autres gamins, aux qualités exceptionnelles à 14 ou 15 ans, ont disparu. Cela apprend à être prudent et humble sur l'évolution de gamins."

Ancelotti, une révolution

Enfin, Reuzeau rend hommage à Carlo Ancelotti : "Carlo Ancelotti m'a marqué lors de son passage à Paris (2011-2013). Il a révolutionné la façon de travailler chez les pros et à la formation. Il a tout revu au PSG, où les pros arrivaient le matin et repartaient en fin de matinée. Il avait mis en place une cantine, un service de soins à la journée, selon le modèle de Milan ou Chelsea. En un an et demi, il a tout bousculé. On est passés d'un mode artisanal, d'un club de Ligue 1, au mode l'entraînement moderne des grands clubs européens."

Et d'ajouter : "À l'époque, il travaillait déjà avec les GPS, des méthodes intégrées… Quand il a vu courir les jeunes sur les pistes d'athlétisme, on a été convoqués par son staff. Ils nous ont demandé de travailler comme les professionnels, à savoir la préparation physique avec le ballon. Cela a été une vraie révolution. Il a changé ma façon de travailler. Tout s'est fait dans l'échange, toujours dans l'échange, la compréhension et la réflexion. Pourtant, tu te dis, c'est Ancelotti, le mec du Milan AC. Putain, bravo."