Ce n'était donc pas une légende : partout où elle passe, la caravane de la sélection espagnole prend ses aises comme si ce voyage aux États-Unis n'était qu'un séjour au Club Med. En cette veille de demi-finale contre l'équipe de France, c'est du côté du joli stade de Cotton Bowl, ancienne résidence des Cowboys de Dallas, que la Roja a planifié son dernier entraînement avant le choc que la planète entière attend avec impatience. Assis sur une chaise, jambes écartées – limite manspreading – et torse nu bodybuildé et bronzé malgré la fine pluie qui glisse sur lui, Marcos Llorente a l'air de profiter de ce petit temps de tranquillité avant que le groupe ne sorte pour le petit taureau organisé devant la presse.
Une ambiance détendue malgré l'enjeu
L'ambiance est bel et bien à la détente, les sourires inondent les visages et difficile de percevoir une once de stress ou de tension malgré l'enjeu du match de mardi. Fabian Ruiz est le seul au taquet pour croquer chaque ballon qui lui passe devant, lui qui est en balance avec Pedri pour une place de titulaire au milieu du terrain avec Rodri. Dans un second groupe, Lamine Yamal manque ses deux transmissions plat du pied mais, privilège du talent plus que de l'âge, la star du FC Barcelone ne va pas au milieu comme le voudrait la règle.
Pedri rêve de marquer en finale contre l'Argentine
Pendant ce petit échauffement avec ballon, toujours avec ballon quand on est la Roja de Luis de la Fuente, le niveau de justesse technique des Espagnols impressionne. Comme cette confiance qui dégouline d'eux depuis le début du Mondial. Avant la Belgique, nos confrères de L'Equipe révélaient que Pedri annonçait déjà « rêver de marquer un retourné en finale contre l'Argentine ». Arrogant, le microbe ? Peut-être un peu, mais c'est la manière d'être de ces nouvelles générations qui craignent moins que leurs aînés de bomber le torse et avancent vers les grands événements délestés de toute retenue.
Lundi, Unai Simon utilisait d'autres mots dans la zone mixte improvisée à J-1 avec la presse du monde entier : « La France, évidemment, c'est une super-puissance du foot, mais nous, on sait comment on s'entraîne, comment on joue, on a confiance en notre jeu. Notre mentalité, c'est de se dire que si chacun donne sa meilleure version, il n'y a aucune sélection qui peut nous battre. »
Les journalistes espagnols ne sont pas plus inquiets
Croisés dans les travées du petit stade du centre-ville de Dallas, les journalistes espagnols n'ont pas l'air beaucoup plus effrayés que ça par l'armada tricolore qui se présentera devant les champions d'Europe en titre dans quelques heures. Journaliste pour le Mundo Deportivo, Ferran Martinez estime que « c'est du 50-50 mardi ». « On vous a battus les deux dernières fois mais c'était toujours serré et ça aurait très bien pu basculer de l'autre côté », concède-t-il gentiment, sans qu'on sache si ce n'est là que pure flagornerie.
Concernant l'équipe espagnole, il confirme en revanche le sentiment général : « Oui, je les sens très sûrs d'eux depuis le début du Mondial, même après le match nul contre le Cap Vert. Malgré ça ils n'ont jamais douté de leurs forces, le groupe est resté très calme avec la même confiance qu'au départ. Et cette sensation que vous pouvez avoir de l'extérieur, c'est exactement le reflet de ce qu'il se passe dans le vestiaire. Ils croient vraiment en eux. J'en parlais à Pedro Porro et il me disait : "Les Bleus ont la meilleure attaque du Mondial mais si on fait les choses comme on sait le faire depuis le début, qu'on est concentré à 200 %, on va gagner." »
Yamal prévient les Bleus
Lamine Yamal avait déjà donné le ton après la qualification (dans la douleur pourtant) contre la Belgique, annonçant, petit sourire malicieux en coin, que s'il y avait bien une équipe que les Bleus devaient craindre, c'est la leur. Cet excès de confiance et ce trash-talking « yamalesque » sont la marque de fabrique du Barcelonais, qui annonçait peu ou prou la même chose avant de jouer contre le PSG et de sauter à pieds joints dans la poche arrière de Nuno Mendes. Pour Juan Pablo Canovas, ce jeune journaliste qui maîtrise à la quasi-perfection la langue de Molière – et dont le papa interprète a vécu à Marseille –, cette attitude n'a rien de surprenant.
« Yamal montre énormément de confiance, il est jeune, mais c'est à l'image de ce qu'il est depuis le début du rassemblement : très confiant, peut-être trop, tout en restant tranquille, souriant, témoigne-t-il. Mais je pense que mardi ça peut être dur pour lui et que Digne peut vraiment l'embêter. Il a beaucoup progressé sur le plan défensif, d'autant que Lamine n'est pas dans sa meilleure forme, on ne l'a pas encore vu à son meilleur niveau. »
C'est le sentiment de Miguel Luis Castillo, journaliste mexicain pour Estadio Deportes, qui juge que cette confiance exacerbée « fait partie du jeu en avant-match » tout en étant risqué. Car « à la différence de Mbappé avec les Bleus, qui réalise une Coupe du monde fabuleuse, Yamal n'a pas encore vraiment répondu aux attentes placées en lui. Il sera très attendu mardi. »
« La pression est sur la France »
En attendant, le garçon se marre sur le terrain, ne quittant jamais son pote Nico Williams, dont le retour face à la Belgique laisse augurer un vrai come-back aux affaires imminent. Or, avec ces deux flèches sur les côtés, Digne et Koundé auront de quoi cligner des yeux. « L'équipe de France est la favorite pour tout le monde je dirais, sauf en Espagne, sourit notre jeune confrère qui pense avoir l'accent marseillais (pas du tout mais on le laisse y croire car il a une bonne bouille). Au pays il règne aussi une grande confiance avant ce match. »
Confiance généralisée que notre confrère mexicain explique par le statut de favori qu'il donne à la France dans ce Mondial. « Il n'y a aucune autre équipe au monde qui a tant de qualités individuelles et qui dégage en même temps une telle force collective dans le jeu, souffle-t-il d'admiration. C'est peut-être aussi pour ça que l'Espagne paraît si tranquille, car le monde donne les Bleus gagnants et ceux qui ont la pression, c'est l'équipe de France, pas eux. » Mouais, connaissant la mentalité de nos voisins de l'autre côté des Pyrénées, il y a peu de chance que ce soit ça. Quoi qu'il en soit d'ici quelques heures nous saurons si cet excès de confiance leur aura été bénéfique ou non.



