La décision fracassante de la CAF qui ébranle le football sénégalais
« Ils ont osé faire cela ! » La réaction de Me Augustin Senghor, ancien président de la Fédération sénégalaisse de football et membre du comité exécutif de la CAF, résonne avec une intensité particulière. « Le Sénégal gardera son trophée, quoiqu'il arrive », affirme-t-il sans ambages. Deux jours après l'annonce retentissante de la Confédération africaine de football d'annuler la victoire du Sénégal en finale de la CAN 2025 en faveur du Maroc sur tapis vert, la colère ne faiblit pas dans les rues de Dakar.
Un sentiment d'injustice qui traverse toute la société
« Le monde est témoin, on a gagné sur le terrain. Qu'ils viennent récupérer la coupe ici », lance Ibrahima, un commerçant dakarois. Awa, étudiante, s'interroge avec perplexité : « On peut sanctionner, mais enlever un trophée après 120 minutes de jeu ? » Pour Latyr, la décision dépasse largement le cadre sportif : « Le Maroc est devenu très puissant dans le football africain. » Au Sénégal, le sentiment est unanime : le titre ne se discute pas, et l'annonce a particulièrement surpris alors que tous les esprits étaient tournés vers les préparatifs de la Coupe du monde (11 juin-19 juillet).
Un pays uni derrière son trophée contesté
Deux mois après une victoire célébrée comme historique, l'annonce de la CAF produit l'effet d'un véritable choc. Publiée en pleine soirée européenne de Ligue des champions, elle ravive tensions et incompréhensions profondes. Des dirigeants aux supporters les plus modestes, le pays entier fait bloc. Le président Bassirou Diomaye Faye affiche fièrement le trophée en photo de profil sur ses réseaux sociaux. Les joueurs multiplient les publications avec la coupe, affirmant leur attachement à ce titre.
Des positions officielles fermes et déterminées
Le président de la Fédération sénégalaise de football, Abdoulaye Fall, se montre catégorique : « Le Sénégal est l'unique vainqueur. Cette décision est inique. » Pour les autorités sportives et politiques du pays, la finale est une affaire réglée sur le terrain, dans le respect des règles du jeu. Cette position ferme s'appuie sur une conviction profonde : le droit sportif a été bafoué.
Le droit du jeu au cœur de la bataille juridique
Très rapidement, le débat glisse du terrain au domaine juridique. À Dakar, une règle revient sur toutes les lèvres : celle de l'IFAB (The International Football Association Board), qui stipule dans son article 5 que « les décisions de l'arbitre sont définitives une fois le match terminé ». Cet argument constitue le pilier central de la défense sénégalaise, tant pour les supporters que pour les juristes spécialisés.
« Les Marocains ont joué jusqu'au bout. On ne peut pas revenir en arrière », estime Seydou, étudiant en droit. Côté sénégalais, la ligne est claire et sans équivoque : il s'agit d'une véritable « forfaiture ». La bataille se jouera désormais devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), instance suprême du contentieux sportif international.
Une équipe juridique d'experts chevronnés
Pour défendre son titre avec la plus grande fermeté, le Sénégal a constitué un collectif d'avocats particulièrement expérimentés, rompus aux arcanes complexes du droit sportif international. À sa tête, Me Seydou Diagne, figure reconnue du barreau africain, habitué des dossiers sensibles devant les instances continentales et le Tribunal arbitral du sport.
Ironie de l'histoire : l'avocat avait précédemment défendu... le Maroc lui-même, lorsque Rabat risquait l'exclusion des CAN 2017 et 2019 après son retrait de l'organisation de l'édition 2015 sur fond d'épidémie d'Ebola. Une affaire dans laquelle il avait contribué à atténuer significativement les sanctions infligées au royaume chérifien.
À ses côtés, Me Moussa Sarr et Me Aly Fall, ainsi que plusieurs experts internationaux de premier plan, dont le Suisse Me Serge Vittoz, déjà mobilisé par Dakar lors du contentieux du match Afrique du Sud – Sénégal en 2018, rejoué après une décision arbitrale controversée.
Une bataille juridique aux résonnances politiques profondes
Pour les autorités sénégalaises, il ne s'agit pas seulement de contester une décision administrative, mais bien de faire jurisprudence dans le domaine du droit sportif africain. « Le dossier est solide », assurent plusieurs sources proches de la Fédération, convaincues que les règlements stricts de la CAF et les lois fondamentales du jeu n'ont pas été respectés.
Un contexte de défiance institutionnelle croissante
Mais au-delà des aspects strictement juridiques, l'enjeu dépasse largement le cadre du football. Depuis plusieurs années, la gouvernance de la CAF est régulièrement critiquée par de nombreuses fédérations nationales. La réforme du calendrier avec une CAN désormais espacée, les incertitudes persistantes autour du Championnat d'Afrique des nations (CHAN), les décisions jugées opaques : autant de griefs qui nourrissent un climat de défiance croissant parmi certaines fédérations africaines.
L'affaire actuelle agit comme un révélateur puissant de ces tensions latentes. Elle s'inscrit dans un contexte déjà particulièrement tendu, marqué aussi par la situation préoccupante de 18 supporters sénégalais interpellés au Maroc en marge de la finale et dont les procédures judiciaires se prolongent indûment, alimentant un sentiment d'injustice profond à Dakar.
Des enjeux qui transcendent le sport
Dans ce bras de fer institutionnel d'une rare intensité, le Sénégal joue gros : au-delà du trophée convoité, c'est aussi une certaine idée de l'équité sportive et du fonctionnement transparent des instances africaines qui est en jeu. La détermination affichée par toutes les composantes de la société sénégalaise témoigne de l'importance symbolique de ce combat qui dépasse le simple cadre du football pour toucher à l'identité nationale et aux valeurs sportives fondamentales.



