Après la déception de la non-montée en Ligue 3, samedi, le directeur général Arnaud Saint-André fait le point pour « Sud Ouest » sur la situation à l’instant T du club bordelais, qui pourrait changer de mains dans les prochaines semaines.
Le bilan de la saison
Quel est votre sentiment ce dimanche ? Il y a beaucoup de déception car on croyait à cette première place. On termine avec un nombre de points (62) qui nous aurait permis de monter dans les autres poules. Mais on n’a pas atteint notre objectif. C’est frustrant, mais je ne suis pas abattu. Le mot d’ordre qu’on s’est donné samedi est de se retrousser les manches et d’être encore plus compétitif la saison prochaine.
Que vous a-t-il manqué selon vous pour y parvenir ? On est tombé sur une équipe (La Roche-sur-Yon) meilleure que nous sur l’ensemble de la saison. Ils ont été en tête durant 18 journées et méritent leur montée. On a mis du temps à bien démarrer et La Roche a été plus constant. Pour nous, il est un peu trop tôt pour analyser. Les prochains jours vont être importants pour prendre du recul, échanger et prendre des bonnes décisions.
L’été dernier, vous avez conforté un entraîneur (Bruno Irles) qui a été menacé au bout de deux matchs. N’est-ce pas un problème originel ? Je ne dirais pas qu’il a été menacé. Nous sommes ambitieux, nous avons besoin de résultats et la réflexion doit constamment être menée. Bruno (Irles) a fait une grande partie de la saison car on était convaincu, et on est toujours convaincu, que la stabilité est un gage de réussite. Après, à un certain moment, on a estimé qu’il y avait besoin d’un nouveau souffle. On s’est relancés. C’est trop facile de refaire la saison avec des si. Je suis persuadé qu’on a pris les bonnes décisions.
La semaine entre les revers à La Roche-sur-Yon le 21 mars (1-0) et celui contre Chauray (1-3) a donné une impression de désunion alors que vous étiez dans le sprint final. Avec le recul, la géreriez-vous autrement ? Cela faisait plusieurs semaines que l’on était moins bon dans le jeu. Quand vous êtes sur un fil, ça peut basculer du bon et du mauvais côté. À La Roche, c’est tombé du mauvais car ils étaient meilleurs que nous. Je ne pense pas qu’on puisse ressortir un seul élément pour justifier un échec. C’est un ensemble de choses qu’on va analyser.
Vous serez repêché en Ligue 3 s’il y a trois relégations administratives. Gardez-vous espoir ? Aujourd’hui, je n’ai pas assez d’éléments en ma possession pour dire ça. Sportivement, nous sommes en N2. Il est important d’être responsable et je ne me projette pas sur la Ligue 3. On verra ce qu’il se passe au fil des passages DNCG. En termes de budget, de joueurs, on avait travaillé sur les deux options, donc on ne sera pas pris de court.
La situation financière
Gérard Lopez est en négociations avec l’investisseur Franck Tuil pour la cession de la majorité des parts du club. Où en est l’avancement ? Je n’ai pas de commentaires à faire.
Quelle est la situation financière exacte du club aujourd’hui ? Nous étions partis l’été dernier sur un budget (7 millions d’euros, NDLR) qui a été respecté, avec des passages réguliers devant la DNCG qui se sont bien passés. Je ne donnerai pas de chiffres mais on est dans les clous. Nous serons exactement sur le résultat d’exploitation qui avait été prévu (un déficit de 3,5 millions d’euros comblé par Gérard Lopez, NDLR). Nous avons la chance d’avoir des partenaires qui nous suivent et nous ont permis d’avoir de meilleurs résultats en sponsoring que la saison passée. Pour le reste, nous suivons le plan de continuation établi en juin dernier sur le remboursement des dettes.
La réussite du dernier match à domicile contre Les Herbiers (27 000 spectateurs, ventes de loges supplémentaires) a-t-elle donné un peu d’air ? Ça a été un plus. Mais dans le budget, nous avions prévu des affluences plus importantes en fin de saison. Ce match nous a surtout montré l’attente de nos supporters et a prouvé que l’engouement est toujours présent à Bordeaux. Ça nous conforte encore plus dans notre projet de remettre ce club à sa place. Nous avons toujours été lucides sur le fait que ça pouvait prendre du temps.
Connaissez-vous la date de votre passage à la DNCG ? Pas encore. Nous avons envoyé au 15 mai nos projets de budget pour la saison prochaine. Comme le président l’avait évoqué en janvier (dans L’Equipe, NDLR), l’apport d’actionnaire nécessaire pour le préfinancement sera de 9 millions d’euros (déficit à couvrir et échéance de remboursement de dettes, NDLR). Il devra être injecté ou mis sous séquestre.
Vous espériez une remontée en Ligue 2, point de bascule pour réduire le déficit structurel, en 2028. Le plan de continuation est-il en danger si vous n’y parvenez pas ? L’objectif est de construire un projet ambitieux et économiquement viable. Plus vite on ira en Ligue 2, mieux ce sera pour les finances et vis-à-vis du statut du club. Mais ça ne remet pas en cause le plan de continuation. Il n’y a rien de figé.
L’avenir sportif
Le club est aujourd’hui interdit de recrutement par la FIFA, pour le non-paiement d’une indemnité de transfert au club de Gijon qui conteste son écrasement de 90 % dans le plan de continuation. Comment appréhendez-vous la situation ? Nous travaillons d’arrache-pied avec nos avocats pour faire lever la sanction au plan national (avec demande conciliation au CNOSF, audience 26 mai, NDLR) et international (recours en suspension devant le Tribunal arbitral du sport). On espère que ce sera fait le plus rapidement possible. Nous avons des arguments pour obtenir gain de cause. Ce serait incroyable que le droit sportif prévale sur le droit commercial français.
Si les recours n’aboutissent pas, pourriez-vous juridiquement payer la somme réclamée (1,5 million d’euros) ? Le plan de continuation a été acté donc on n’a pas de recours à ce niveau-là.
Vous avez 13 joueurs sous contrat pour la saison prochaine, neuf sont en fin de bail. Au vu de l’incertitude, souhaitez-vous en prolonger le plus possible avant le 30 juin (autorisé par la FIFA) ? Nous devons échanger avec chacun individuellement dès ce début de semaine pour faire un bilan de la saison. Les discussions dureront peut-être plus longtemps mais il est important de faire un premier point.
Vos deux meilleurs buteurs, Royce Openda et Matthieu Villette, et le capitaine Jean Grillot sont en fin de contrat. Voulez-vous les conserver ? Bien sûr. Mais pour cela, il faut être deux. Matthieu, comme Guillaume (Odru), nous ont déjà fait part de leur envie de continuer.
Rio Mavuba dit également avoir envie de poursuivre. Qu’en est-il de votre côté ? De la même manière, on va prendre le temps de discuter avec lui en début de semaine. On n’a pas de deadline à proprement parler mais on a un effectif à bâtir et on le bâtit avec un entraîneur.
Il y a un an, le sportif était dirigé par Bruno Irles et le directeur sportif John Williams, choisis pour leur expérience. Vous avez aujourd’hui Rio Mavuba et Karim Saada (responsable du recrutement), deux néophytes dans leur poste actuel. Faut-il muscler la structure sportive ? Nous avons aussi Eric (Vandenabeele, ex-défenseur) sur la partie recrutement. Je suis toujours surpris de cette question sur l’expérience. Karim (Saada) a été très présent sur ces derniers mois. Sa présence a aussi favorisé le rebond de l’équipe. Il a fait un travail remarquable au quotidien. Face à l’expérience, l’implication et le sérieux sont des éléments à prendre en compte. On va travailler ensemble pour construire un effectif encore meilleur la saison prochaine. Je suis persuadé que Karim a le réseau pour.
Sentez-vous Rio Mavuba prêt pour mener le groupe sur une saison entière ? Il a pris le poste dans un moment pas évident. Il a apporté ce qu’il sait faire et a rempli les missions qui lui ont été confiées. Je le remercie.
Il avait été question de lui adjoindre un adjoint avec du vécu au haut niveau. Qu’en est-il ? Ça fait partie des réflexions qu’on mène, qui viennent d’échanges. Ce sera l’enjeu des prochains jours. Le diplôme n’est pas un blocage pour Rio à court terme (le DEPF est obligatoire en Ligue 3, NDLR) : lorsqu’on monte avec une équipe, on peut obtenir une dérogation.
Pour le club, deux enjeux restent sur cette fin de saison avec le maintien des féminines et la montée des U16 en U17 Nationaux. Est-ce annexe ? Non, c’est important. L’équipe féminine et la formation font partie de l’ADN et de notre projet. On a été attentifs pour les féminines en faisant revenir Romain Vitry sur le banc (début mars, NDLR). Chez les jeunes, on a maintenu la pré-formation pour que cette génération nous mène à nouveau dans les niveaux nationaux. Au niveau senior, on aimerait que la réserve remonte en N3. Nous attendons les derniers points de cadrage sur comment obtenir l’agrément centre de formation en Ligue 3. Ce sera l’objectif quand on atteindra ce niveau.
SUPPORTERS
Le conflit North Gate - Ultramarines aura également marqué la saison, avec à la clé des incidents réguliers depuis début 2026. Suite à la condamnation judiciaire de deux membres des North Gate pour l’agression d’un membre du groupe rival à son domicile, le club a décidé de ne plus reconnaître le premier groupe. « Cette décision a été prise afin de garantir la sécurité de l’ensemble des spectateurs dans le stade. Un enjeu pour nous de la saison prochaine sera de retrouver un climat apaisé. On sera très ferme » dit Arnaud Saint-André.
Les North Gate évoquent eux deux poids deux mesures alors que les Ultramarines ont été loin d’être irréprochables (chasse à l’homme dans le stade de Locminé, provocations mutuelles sur le parvis du stade Atlantique contre Chauray le 28 mars ou Lorient le 11 avril, utilisation régulière et massive de fumigènes sanctionnée par la FFF). « Nous avons un dialogue permanent avec les Ultramarines, poursuit le directeur général. On appelle à leur sens des responsabilités pour que tout rentre dans l’ordre et assister à de belles fêtes comme contre Les Herbiers (le 9 mai). On n’hésitera pas à sévir si jamais des actes sont condamnés. »



