Comme chaque semaine de match de la Section Paloise, et avant la rencontre de samedi face à Castres (14h30), l'ex-pilier sectionniste nous gratifie d'un billet bien senti. On m'en a dit le plus grand bien. Un excellent week-end pluvieux, un temps idéal pour les gros, la parfaite météo pour jouer au rugby devant sa télé. Apparemment, Toulon aurait mérité de gagner, et Montpellier de perdre. L'UBB, qui voudrait ressembler de plus en plus au grand Bègles, fut soi-disant encore étincelante. Je veux bien me fier aux apparences et croire les on-dit, parce que de ces matchs, je n'en ai rien vu.
Ces coupes d'Europe, après m'avoir énervé, maintenant, me fatiguent : au coup d'envoi, déjà, je ronfle. Il y en a une, on l'a gagnée, je connais la fin, on ne va pas se remettre le film pour rien. Quant à l'autre, on aurait dû, à défaut de pouvoir. C'était un temps où il fallait aimer courir, j'aime toujours, mais beaucoup moins vite. Non, c'est décidé, les Coupes d'Europe, elles me fatiguent. Mon canapé est moelleux, mes siestes ne me sont pas préjudiciables, elles ne laissent aucune trace. Au coup de sifflet final, je sursaute, me réveille, frais comme un banc de gardons, prêt à enchaîner sur le Tiercé, ou Les chiffres et les lettres, « mens sana in corpore sano ». Les plaquages hauts, les déblayages assassins, hématomes et commotions, me laissent de marbre, et glissent sur moi sans même que je les sente. C'est vous dire, si de la fraîcheur, j'en aurais à revendre. Un bon prix pour certains, plus cher pour d'autres, et tant pis si je passe pour un profiteur de guerre, c'est la rareté qui fixerait les prix, je n'y suis pour rien.
Aussi recherchées que le pétrole dans le détroit d'Ormuz, cette fraîcheur, cette régénération des corps et de l'esprit, sont devenues l'unique quête des managers, le Graal du Roi Arthur. Il leur faut des joueurs qui ont toujours l'œil vif, et encore la truffe fraîche, une drôle d'alchimie, tempête sous un crâne. Devoir penser au prochain match avant de jouer celui-là. Rançon de la gloire, pour courir après deux ou trois lièvres à la fois, il faut un bon fusil, au plomb qui s'éparpille, et aimer rester bredouille. J'ai lu Marcel Pagnol, tuer deux bartavelles à la fois, son père avait beau dire, sans un coquin de sort, même dans les livres, ça n'arrive jamais. Alors laissons-les courir dans la garrigue, restons à l'ombre des pins maritimes, qui veut aller un peu plus loin devrait toujours ménager son cheval.
De ces soucis, de cette gloriole, nous en sommes enfin débarrassés. Une défaite honteuse, un accident si vite arrivé, loin des standards qu'on avait oubliés ? Je veux croire qu'à la Section ils ont lu aussi Germinal, et qu'un dimanche de Pâques à Parme, ils se sont levés contre les cadences infernales. Qui fait grève sans le vouloir, est un cégétiste sans le savoir. Au revoir l'Europe, tout pour la France et son championnat, vive le terroir, Nadau, et les Gaulois. Le patriotisme, mal placé ou pas, est à la mode, surfons donc sur la vague. Toulouse s'y met aussi, ils ont lâché à Bordeaux, même si personne ne les soupçonnera de rien. Que voulez-vous, on croit toujours qu'ils n'ont pas les mêmes valeurs. Pourtant, on les talonne de si près, que de loin, on va finir par nous confondre, et les prendre pour nous, et se croire comme eux. Et si à l'heure où on se parle, comparaison n'est pas encore raison, je vous prédis quand même un « Frexit ». Le Champion de France ne sera pas Champion d'Europe. Que voulez-vous, on se console et on espère comme on peut.



