Un retour en force sous le soleil niçois
Le double vainqueur du Tour de France, Jonas Vingegaard, a écrasé la concurrence dès la quatrième étape de Paris-Nice, établissant une domination qui n'a jamais été remise en question. Pourtant, le niveau de la Course au soleil invite à une certaine prudence quant aux conclusions hâtives.
De l'abandon européen à la consécration niçoise
On avait quitté le Danois sur un abandon aux Championnats d'Europe le 5 octobre dernier, totalement éclipsé par les exploits de son grand rival Tadej Pogacar et l'émergence du phénomène Paul Seixas. Dimanche, devant le stade de l'Allianz-Riviera, sous un soleil enfin de retour, Vingegaard a parachevé une semaine quasi parfaite, malgré des conditions météorologiques parfois atroces.
Il a même failli conclure cette édition avec une troisième victoire d'étape, que lui a finalement chipée Lenny Martinez pour une demi-roue seulement. Le grimpeur français a été le seul à résister au démarrage foudroyant de Vingegaard dans la très raide côte du Linguador, à 21 kilomètres de l'arrivée, avant de s'envoler avec lui et de le battre lors d'un sprint serré entre spécialistes.
La réaction émue de Martinez
« Je cherchais cette victoire depuis le début de saison. Gagner devant Jonas et en faisant un raid avec lui, c'est encore plus beau. J'ai vu mon papa et ma maman sur l'écran célébrer. Je suis hyper content », a réagi Lenny Martinez, qui boucle ainsi un excellent Paris-Nice avec une cinquième place au général, juste derrière Kévin Vauquelin.
Le Français termine à plus de sept minutes de Vingegaard, qui remporte le classement général avec une avance colossale de 4 minutes 23 secondes sur le Colombien Dani Martinez. Il s'agit du plus gros écart enregistré depuis 1939 dans cette course qui se joue traditionnellement à coups de secondes, soulignant la supériorité écrasante du Danois cette semaine.
Un triomphe qui redonne espoir
« Je suis extrêmement heureux de gagner enfin Paris-Nice. C'était une journée quasi parfaite. J'aurais aimé gagner l'étape aussi mais Lenny a été très fort, il le mérite », a commenté Vingegaard après sa victoire.
Ce triomphe niçois a de quoi redonner espoir au coureur de 29 ans qui, depuis ses victoires sur le Tour de France en 2022 et 2023, ne fait plus le poids face à Pogacar. Il se voit désormais menacé par l'émergence d'une nouvelle génération talentueuse avec Isaac Del Toro, Juan Ayuso et Paul Seixas, rendant cette victoire d'autant plus significative.
Les témoignages élogieux de l'équipe
« Il est dans une forme phénoménale. J'ai déjà hâte de l'accompagner sur ses deux gros objectifs, le Giro et le Tour de France », a insisté pendant la semaine son garde du corps belge Victor Campenaerts.
« Il était prêt. Quand il vient sur les courses, ce n'est pas pour se préparer, c'est ça les grands champions », a abondé dimanche auprès de l'AFP Bruno Armirail, son nouveau coéquipier chez Visma. Le Français a découvert « une très bonne personne, peut-être moins expressive que Pogacar mais très simple, très détente, adorable ».
Une concurrence absente mais redoutable
« Après ce n'est pas ici le Top 10 du Tour de France, donc il faut relativiser. On fait étape par étape, en espérant qu'il soit prêt pour juillet », a ajouté Armirail, formidable rouleur lui-même.
Le niveau de la concurrence invite effectivement à la prudence. Les principaux rivaux de Vingegaard - Pogacar, Del Toro, Seixas et Remco Evenepoel - n'étaient pas présents à Paris-Nice. João Almeida, souffrant, a déclaré forfait. Et Juan Ayuso, destiné à être son principal adversaire, a dû abandonner mercredi dans des conditions météorologiques exécrables.
L'évaluation prudente de Vingegaard
Invité à évaluer son degré de forme cette semaine, Vingegaard a refusé de s'emballer. « Difficile à dire, je sais juste que c'est mieux que l'année dernière », lorsqu'il avait abandonné après une chute. « Je pense que je peux encore progresser », a ajouté le Danois qui, porté par l'amour de sa famille (sa femme et ses deux enfants figurent sur un sticker collé sur sa potence), a su déjouer tous les pièges de cette course.
Reste à valider ce retour en force face à une adversité plus importante, à commencer par le Tour de Catalogne fin mars où il devrait notamment retrouver Remco Evenepoel. Ce sera le véritable test de sa forme actuelle.
Les autres révélations de Paris-Nice
Pour le reste, on a vu une équipe Ineos très en jambes sur ce Paris-Nice avec une victoire dans le contre-la-montre par équipes, celle du champion de France Dorian Godon samedi et la quatrième place au général de Kévin Vauquelin. Ce dernier, piégé par le vent à un moment crucial, s'est montré très solide par ailleurs, confirmant son statut de grand espoir du cyclisme français.
La Course au soleil a donc tenu toutes ses promesses, offrant un spectacle de qualité et des duels mémorables, tout en posant les bases d'une saison qui s'annonce passionnante avec le retour au premier plan de Jonas Vingegaard.



