Marie-Julie Bonnin voit « un horizon s’ouvrir » après son record de France douloureux
Drôle de paradoxe pour la perchiste bordelaise Marie-Julie Bonnin. En dépit de violentes douleurs au dos, l'athlète de 24 ans a battu dimanche à Clermont un nouveau record de France en franchissant 4,76 mètres. Un centimètre de plus que le précédent record qu'elle co-détenait depuis un an à 4,75 m avec Ninon Chapelle, mais un grand bond symbolique et un exploit remarquable vu l'intensité de la douleur.
Une décision cruciale après l'IRM de mardi
Marie-Julie Bonnin passera une IRM mardi pour décider si elle disputera le championnat de France samedi à Aubière, ou si elle fera l'impasse pour privilégier les Mondiaux de Torun en Pologne (20-22 mars). « Si demain on me dit que je ne fais pas les France, ça va me frustrer, il y a un titre en jeu, mais en même temps les Mondiaux en fin de mois sont une priorité », confie-t-elle. L'athlète évoque son record avec un mélange de joie et de douleur, entre anti-inflammatoires et adrénaline.
Des douleurs au dos qui remontent à plusieurs semaines
Les problèmes de dos de Marie-Julie Bonnin ne datent pas d'hier. « Elles remontent à un peu plus longtemps, le pic est intervenu au Perche en or de Roubaix le 7 février, deux semaines après le Star Perche de Bordeaux », explique-t-elle. La gestion a été difficile : « On a essayé de gérer, je prenais des anti-inflammatoires, ça fonctionnait une fois sur deux. »
La situation s'est particulièrement aggravée à Liévin : « C'était horrible, la douleur m'est retombée dessus lorsque j'ai réatterri sur le tapis à 4,60 m. Je ne m'y attendais pas et ça m'a vraiment coupée dans mon élan. »
Le courage face à la douleur à Clermont
Malgré tout, Marie-Julie Bonnin a décidé de participer au concours de Clermont le dimanche suivant. « Je savais très bien que ça allait être compliqué, que j'allais devoir dealer avec la douleur. J'y étais préparée, je pense que cela m'a aidée à être plus courageuse », raconte-t-elle.
Elle décrit précisément sa souffrance : « J'ai vraiment mal au milieu voire au bas du dos, ciblé à gauche. On essaie de savoir ce que c'est, on pensait à une petite lésion ou un problème articulaire... On en saura plus avec l'IRM. »
Le déroulement du concours record
Le jour du record, la douleur était omniprésente : « Quand j'arrive à la salle, je n'ai pas mal, j'avais été bien manipulée. Mais vu l'intensité de nos sauts, ça bouge tout, la douleur se réveille, dès l'échauffement. »
Marie-Julie Bonnin précise : « J'ai mal sur la phase de poussée au début de ma course d'élan, à l'accélération en fin de course ; le pire, c'est la fin de saut et surtout la retombée sur le tapis. »
Pourtant, contre toute attente, elle a réussi : « Battre le record avec cette douleur-là, je n'aurais pas parié forcément dessus, mais en même temps j'avais tout dans la tête pour y arriver, je savais que je pouvais. »
La tentation des hauteurs supérieures
Après son record à 4,76 m, Marie-Julie Bonnin a même tenté 4,82 m : « Je m'étais dit 'je franchis 76 et je m'arrête', ça ne sert à rien d'aller plus loin. Sauf qu'en fait, la raison à ce moment-là, elle ne fonctionne pas ! »
L'adrénaline a pris le dessus : « J'ai eu du mal à me réactiver, mais j'avais un tel shoot d'adrénaline que je n'avais plus si mal ! Je me suis dit 'c'est l'occasion, tente-le vraiment'. »
Un déclic psychologique important
Ce record représente bien plus qu'une performance physique pour Marie-Julie Bonnin : « C'était quand même ma 45e tentative à 76 ! Quand Annabelle Rolnin, de L'Équipe, me l'a appris, j'étais en mode 'ah oui, quand même !' »
Elle explique : « Il y a forcément une espèce de plafond de verre qui se crée, l'avoir brisé, c'est bien, je me dis qu'il n'y a pas de limite. J'ai l'impression d'avoir un horizon qui s'ouvre autour de moi. À moi d'aller chercher des hauteurs qui correspondent à mon niveau, vraiment. »
Des perspectives encourageantes
La perchiste bordelaise se montre optimiste pour la suite : « Surtout quand je vois mon saut à 76. Je vais rapidement vers l'avant, donc on voit mes jambes qui passent proche de la barre. Mais si je travaille un peu plus sur la perche, j'arriverai à rester un peu plus dedans. »
Elle ajoute avec confiance : « Il y avait quand même de la marge, ce n'était pas ric-rac non plus, il y aura ce qu'il faut pour passer au-delà. »
Le contexte international est également prometteur : « Surtout en vue des Mondiaux : il y avait quatre filles à 4,76 m à Clermont, Renaud Lavillenie m'a dit qu'il n'avait jamais vu une telle densité au All Star Perche. »
Marie-Julie Bonnin se trouve ainsi à un tournant de sa carrière, entre douleur physique et élan psychologique, avec des décisions cruciales à prendre dans les prochains jours concernant sa participation aux compétitions nationales et internationales.



