À l'occasion du 2000e épisode d'Un si grand soleil, diffusé sur France Télévisions, le créateur et scénariste en chef de la série, Olivier Szulzynger, confie les clés de la réussite de ce feuilleton quotidien qui fête ses huit ans. Dans un entretien accordé à Midi Libre, il détaille les coulisses d'une écriture industrielle et les défis d'un genre qui a mis du temps à s'imposer en France.
Un retour aux sources pour le scénariste catalan
Olivier Szulzynger, qui a grandi à Perpignan, se dit "totalement" catalan par sa mère. Il évoque son ambition de toujours : "ramener de très gros tournages dans le Sud". Avant Un si grand soleil, il avait déjà dirigé pendant dix ans l'écriture de Plus belle la vie, autre succès du genre. L'idée de la série montpelliéraine est venue de Toma De Matteis, le producteur principal, qui souhaitait tourner beaucoup en extérieur. Il fallait une région ensoleillée avec une liaison TGV opérante dans une grande ville. "Marseille étant prise, le choix de Montpellier s'imposait", explique le scénariste, pour qui c'était un retour dans sa région.
Interrogé sur le cap des huit ans, Olivier Szulzynger affirme qu'il n'imaginait pas un échec : "Si ça n'avait pas été le cas ça aurait été un grave échec pour une quotidienne. Quand on se lance dans une telle aventure, c'est pour que ça ne s'arrête jamais." Il compare la série à un "bébé" et espère qu'elle lui survivra, évoquant des feuilletons qui existent depuis 60 ans dans d'autres pays.
Une écriture industrielle et collective
Le scénariste en chef dirige une équipe de 25 auteurs qui se relaient pour écrire les scénarios et dialogues. "On écrit une centaine d'heures de fiction par an, l'équivalent de 60 longs métrages", précise-t-il. Le processus se déroule en trois temps : d'abord les "arches", ces histoires principales qui s'étalent sur des mois, souvent policières, puis les intrigues secondaires de comédie ou de société. Sur une saison de 260 épisodes, 25 à 30 arches sont écrites, des mois à l'avance, en concertation avec la chaîne et la production.
L'écriture est décrite comme "industrielle" : une équipe de huit personnes écrit les scènes de la semaine (90 séquences) en cinq jours, puis une autre équipe de cinq personnes rédige les dialogues, unifiés par deux dialoguistes en chef. Il faut donc quinze auteurs pour écrire une semaine, avec un roulement. Un épisode est tourné par quatre équipes en même temps, ce qui nécessite un grand nombre de personnages. "Il y a quelque chose d'une mécanique assez précise pour que les épisodes soient tournables", souligne Olivier Szulzynger.
Le secret de la longévité : l'arène et les personnages
Pour Olivier Szulzynger, le premier secret de la réussite est "l'arène", c'est-à-dire l'univers de départ. "Il ne faut pas se tromper quand vous définissez votre univers de départ", insiste-t-il. Il cite l'exemple de Nouveau jour sur M6, dont l'arène était "totalement ratée" et qui a échoué. "Dès les premiers épisodes, je savais que ça serait fini." L'attachement du public se construit par les personnages et le talent des comédiens.
Quant aux départs d'acteurs, il explique que c'est souvent la production qui décide, mais que des comédiens peuvent aussi choisir de partir, épuisés par le rythme. "Il en reste d'ailleurs assez peu du tout début", note-t-il. Parfois, l'équipe arrive à court d'idées sur un personnage, comme ce fut le cas pour Garry, qui a fait une pause avant de revenir. Chaque année, un point est fait avec les comédiens pour connaître leurs intentions.
Représentativité, écologie et exportation
Sans quotas, l'équipe s'efforce d'offrir "une vision la plus fidèle de la population française" afin que chacun puisse s'identifier. Les enjeux écologiques sont également pris en compte, tant dans la production que dans les intrigues. "Après l'été qu'on vient de passer, les enjeux écologiques doivent obligatoirement être présents", affirme le scénariste, qui avait déjà imaginé une arche sur les problèmes d'eau et de sécheresse, un thème puisé dans ses Pyrénées-Orientales natales.
La série est diffusée chaque jour par TV5 Monde, une "belle vitrine", et a connu une version grecque. Cependant, le doublage coûte très cher, ce qui limite l'exportation. "On avait eu l'expérience en Amérique Latine mais le coût du doublage était équivalent au coût de la vente", précise-t-il. En revanche, les épisodes YouTube sont très regardés en Inde avec des sous-titres anglais, une piste à exploiter.
Enfin, Olivier Szulzynger lève le voile sur les prochaines arches : un lion, créé par intelligence artificielle, traversera la Comédie à Montpellier en fin d'année, et une histoire d'amour naîtra dans un centre de tri de déchets, où Marc, le journaliste de Midi Libre, aura un coup de foudre. Le partenariat avec Midi Libre se renforce avec la construction d'une rédaction sur les plateaux à Vendargues, pour intensifier les scènes qui s'y déroulent.



