Margaux, 28 ans, a vécu un rêve américain. Après son baccalauréat, elle a intégré l'université de Syracuse, dans le nord de l'État de New York. À 18 ans, elle a traversé l'Atlantique et rejoint le campus. Elle s'est même intégrée dans l'univers codifié des sororités, ces associations étudiantes au nom grec très populaires dans les facultés américaines. Dix ans plus tard, revenue en région parisienne et travaillant dans la mode, elle raconte son expérience à 20 Minutes, entre recrutement, traditions et symboles.
Pourquoi rejoindre une sororité ?
Margaux avoue avoir eu beaucoup de clichés en tête sur les sororités et les fraternités. « Je pensais que c'était trop américain et pas du tout fait pour moi », confie-t-elle. Sur son campus, ils étaient 30 000 étudiants. « On a envie de se créer des petits groupes, d'avoir une vie sociale. Dans le couloir de mon dortoir, tout le monde ne parlait que de ça, on a envie d'en faire partie », explique-t-elle.
Elle a finalement rejoint les Kappa Kappa Gamma. Pourquoi cette sororité ? « Chaque sororité est représentée dans les différents campus du pays via des chapitres. Chacun est différent, selon les universités et les membres qui y sont recrutés. Kappa Kappa Gamma n'est pas la même association à Syracuse qu'en Caroline du Sud ou dans le Mississippi », précise-t-elle. Ce qui l'a séduite, c'était la diversité de sa maison. « Il y avait de nombreuses filles qui venaient d'autres pays, du Brésil, de Pologne. C'était une ambiance ouverte », ajoute-t-elle.
La vie quotidienne dans une sororité
Une fois membre, on se retrouve avec un groupe de 72 nouvelles copines. En première année, on passe beaucoup de temps à apprendre la culture et les valeurs de la sororité pour la représenter au mieux. Certaines de ces associations existent depuis les années 1800, avec un ensemble de traditions à faire perdurer. « À la manière d'Harry Potter, chaque maison a sa couleur, son emblème, son signe de main. Pour Kappa Kappa Gamma, c'est le bleu, le hibou et la fleur de lys », détaille Margaux.
Quand on intègre une sororité, on paie une adhésion. Si on y vit, on paie un loyer qui rémunère le personnel, notamment la gouvernante, qui doit obligatoirement être Kappa Kappa Gamma, la cuisinière ou encore les équipes de ménage. Dans sa sororité, il était possible de vivre dans la maison à partir de la deuxième année. Margaux y a vécu deux ans sur ses quatre ans d'université. « Plus tu es investie dans la maison, plus tu gagnes des points et plus tu peux avoir une grande chambre », explique-t-elle. Ils étaient 33 à y vivre, en chambre double, sauf la présidente qui a sa propre chambre. Chaque dimanche, il y a le « chapter », une grosse assemblée générale avec toutes les filles pour discuter des sujets de la semaine.
Responsabilités et processus démocratique
Margaux a tellement aimé le recrutement qu'elle en est devenue responsable lors de sa dernière année. Dans chaque sororité, il y a un comité exécutif avec une responsable par pôle (merchandising, philanthropie, etc.). Il y a aussi le comité judiciaire, chargé de régler les problèmes rencontrés dans la semaine, allant d'une membre insultée à une autre qui a raté trois réunions de suite. « Il y a de nombreuses règles à respecter : pas d'alcool dans la maison, pas le droit de ramener des garçons », rappelle-t-elle, avec parfois des sanctions. Tous les ans, un vote est organisé pour élire un nouveau comité. « Devenir présidente de sororité peut mettre des paillettes dans les yeux mais c'est beaucoup de pression », confie-t-elle.
Le processus est très démocratique, « voire peut-être un peu trop », sourit-elle. Demander l'avis d'une centaine de personnes sur le design d'un tee-shirt peut se révéler intense. Le recrutement est aussi un moment de vote. « Dans la mienne, chaque membre a une voix. En face, les aspirantes font aussi le classement de leurs maisons préférées. C'est complexe. On y passe des heures, à chaque round, pour débattre tout en restant neutre et en se rattachant aux valeurs de la sororité. On doit rester objective, le but n'est pas de laver son linge sale en public ou de dénigrer une fille », précise-t-elle.
Philanthropie et réseaux sociaux
Margaux réfute certains clichés sur la « greek life ». « On peut souvent penser que c'est juste une excuse pour faire de grosses soirées. En effet, cela facilite la vie sociale, mais on a surtout l'impression de faire partie d'un tout plus grand que soi, de quelque chose qui a du sens », dit-elle. Les sororités et fraternités sont rattachées à des associations caritatives. La philanthropie est un point majeur auquel tous les membres doivent participer. Des événements sont organisés pour récolter des fonds : vente de nourriture, car wash, tournoi sportif. « Certaines personnes entrent dans la sororité pour cela. Kappa Kappa Gamma, à mon époque, était liée à une association pour développer l'alphabétisation dans les zones rurales et pauvres américaines », raconte-t-elle.
Dix ans plus tard, les réseaux sociaux ont tout changé. « On en rigole beaucoup avec les filles de ma sororité car en dix ans, ce n'est plus du tout la même chose. À notre époque, les réseaux sociaux existaient déjà mais avec TikTok, ça a pris une nouvelle ampleur », explique Margaux. Le but désormais est d'avoir un sponsor, ce qui n'existait pas avant. « Les sororités sont sponsorisées, font des placements de produits pour des tenues ou encore des boissons énergisantes. Leurs vidéos font tellement de vues, c'est très valorisant pour les marques », ajoute-t-elle. Mais les sororités les plus anciennes se détachent peu à peu de ce système qui ne donne pas forcément la meilleure image au niveau national. « Je pense que dans les années à venir, la frénésie va retomber », prédit-elle.
Une expérience formatrice
Margaux est toujours membre de sa sororité. « On a partagé beaucoup, la sororité devient une deuxième famille », confie-t-elle. Ses copines restées aux États-Unis vivent toujours ensemble, les bandes sont les mêmes depuis dix ans. « Mes amies seront prochainement à mon mariage. C'étaient les meilleures années de ma vie et une expérience géniale », conclut-elle.



