Une génération en pleine redéfinition de sa sexualité
L'âge médian du premier baiser est de 15,5 ans, selon une enquête inédite coordonnée par la sociologue Marie Bergström, de l'Ined (Institut national des études démographiques). Intitulée La sexualité qui vient, cette vaste étude a été réalisée auprès de 10 000 jeunes âgés de 18 à 29 ans. Après 25 000 heures de décryptage, l'ouvrage collectif paru aux éditions La Découverte rebat les cartes de l'imaginaire amoureux et des préjugés sur l'entrée en sexualité.
Des témoignages lycéens à Alès
À la maison des jeunes d'Alès, des lycéens rencontrés lors des semaines de la santé sexuelle témoignent de leurs expériences. Aurore, bientôt 17 ans, a l'impression de vivre dans un "autre monde" quand elle parle de sexualité. "Ce n'est plus la même chose", confie-t-elle. L'enquête met en lumière de nouveaux rapports amoureux, la fin de la norme hétérosexuelle, et la valeur refuge persistante du couple.
En ce début juin, une journée organisée par l'association Reseda en collaboration avec Alès Agglomération réunit 150 adolescents. Des ateliers abordent des thèmes comme la jalousie, le consentement, la contraception, et la pornographie. "La jalousie est-elle une preuve d'amour ?" est l'une des questions débattues.
Parcours individuels et diversité des expériences
Lucas, 16 ans, se dit "atypique" et "bisexuel", mais il répond "hétéro" quand on l'interroge sur son orientation sexuelle. Il n'a jamais eu d'expérience sexuelle et le vit bien, mais il est "gros consommateur d'écrans et de porno". Il confie avoir été victime d'une agression sexuelle à 11 ans, une histoire qui l'a rattrapé l'an dernier. Un suivi psychologique l'a beaucoup aidé.
Lena, 15 ans, placée en famille d'accueil depuis l'âge d'un an, se dit gay pour le moment, mais aspire à une opération pour devenir hétéro. "Je n'ai pas atterri dans le bon corps", explique-t-elle. Le sexe ne l'intéresse pas pour l'instant : "Je préfère attendre plusieurs années avant de me jeter dans ce siphon."
L'impact de #MeToo sur les comportements
Aurore, en couple depuis janvier, affirme qu'elle n'aura jamais de relation sexuelle avec quelqu'un qu'elle ne connaît pas. Elle a vécu un "calvaire" avec son précédent amoureux. Interrogée sur les changements apportés par #MeToo, elle estime que "les hommes ont encore des comportements déplacés". Elle se reconnaît dans l'image des jeunes femmes "actrices majeures" des évolutions actuelles, ayant gagné le droit d'expérimenter.
Océane, 16 ans, a eu sa première relation sexuelle à 14 ans. Elle raconte : "Au début, je disais oui à tout. J'ai appris à connaître mon corps et maintenant, je pose les bases." Elle dénonce la pornographie comme "le vrai problème", car elle donne une image fausse du sexe. Elle est tombée sur sa première vidéo porno à 13 ans et demi.
Le couple comme valeur refuge
Clara et Clément, bientôt bacheliers, forment un couple depuis près d'un an et n'ont pas encore eu de relation sexuelle. Pour eux, #MeToo n'a rien changé : "On fait beaucoup plus attention au consentement, mais moi, j'étais déjà comme ça. Dès qu'il y a une hésitation, c'est stop", explique Clément. Ils sont "très amoureux" et se projettent malgré la séparation géographique à venir.
Cette enquête montre que les jeunes générations sont traversées par des changements profonds, avec une plus grande ouverture et une attention accrue au consentement, mais aussi des difficultés face à la pornographie et aux normes sociales.



