Un rescapé du Bataclan se reconstruit grâce à la bière artisanale
Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, Rémi Gliozzo, 48 ans, a fait le chemin de Lavérune à Paris pour participer aux cérémonies d'hommage. Cet Héraultais, rescapé du Bataclan, a choisi de se reconstruire loin de la capitale, en devenant brasseur de bière artisanale. Son parcours illustre une résilience hors du commun.
Le choix de la discrétion et de la reconstruction
Jusqu'à présent, Rémi Gliozzo avait préféré rester discret, à quelques exceptions près, pour se concentrer sur sa guérison. Il n'avait pas assisté au procès des terroristes, qu'il a suivi à distance via la webradio. "C'était trop lourd à supporter", confie-t-il. Aujourd'hui, il est prêt à mettre un point final à cette période solennelle.
La soirée tragique au Bataclan
En 2015, Rémi travaillait comme manager dans une compagnie d'assurances et vivait dans le Xe arrondissement de Paris. Passionné de musique, il se rend au concert du Bataclan avec deux amis. "On était dans la fosse. Les premiers bruits de pétards... puis le cerveau passe en mode reptilien quand on comprend que ça tire vers nous", raconte-t-il. Il se réfugie derrière les barrières, puis sur scène, où il aide des spectateurs à monter. Les terroristes exécutent les gens un par un. "Un terroriste est monté sur scène, j'étais à quelques mètres. Il faisait lever les gens pour les tuer... Il a explosé à côté de moi, abattu par un policier. Sans cela, j'y passais." Il avait envoyé des textos d'adieu à sa femme et ses parents.
Une décision radicale : tout quitter pour recommencer
Après une année de suivi psychologique, Rémi prend une décision radicale : quitter Paris après quinze ans et revenir à Montpellier, où vit sa famille. Sa reconversion, il la doit à un caviste à bière de son quartier parisien, lui aussi rescapé du Bataclan, qui lui transmet sa passion pour le houblon. "Je voulais être en contrôle de ma vie, en adéquation avec ce que je suis devenu", explique-t-il. Aujourd'hui, il dirige une brasserie artisanale à Lavérune, avec cinq salariés, produisant 1 000 hectolitres de bière par an, distribuée en France et dans une dizaine de pays.
Un nouveau regard sur la vie
Sa sensibilité face au stress a changé. Il transmet désormais son expérience à ses enfants adolescents, les accompagnant dans des reportages sur le sujet. Il continue d'assister à des concerts, mais évite le Bataclan, préférant organiser des événements dans sa guinguette. "C'est bien de raviver la mémoire collective", conclut-il, soulignant l'importance de ne pas oublier l'horreur.



