Emanuele Pirro, quintuple vainqueur des 24 Heures du Mans, pilotait ce week-end une Porsche 911 « pré-1966 » dans le cadre de la 2.0L Cup sur le circuit Paul-Ricard. À 64 ans, le Romain disputait sa première saison dans cette série, partageant le volant avec son ami James Turner, coorganisateur de la compétition. Avant le départ de la course, il s'est confié sur les spécificités de cette voiture « joueuse » et sur ses souvenirs de circuits.
Une Porsche 911 2 litres châssis court : un vrai défi de pilotage
« En piste, vous avez l'impression de manier une Formule Ford dotée d'un toit », explique Emanuele Pirro. « Voiture légère, pas très puissante, joueuse… Ça glisse pas mal. Pour l'exploiter correctement, sans surconduire, ni sousconduire, il faut un certain doigté. » Le pilote italien insiste sur la tendance naturelle de la voiture au survirage : « Trouver un angle de survirage acceptable constitue le principal challenge. »
La course d'une heure et demie impose également une gestion minutieuse des pneumatiques. « Ici, au Paul-Ricard, les pneus sont soumis à rude épreuve, surtout côté gauche. Un pilotage agressif ne convient pas », précise-t-il. Cette première saison en 2.0L Cup l'a vu participer aux trois premières manches, mais il fera l'impasse sur le prochain meeting au Portugal, qui coïncide avec le Goodwood Revival (18-20 septembre), où il doit piloter successivement une Mercedes Gullwing, une Porsche 904 et peut-être une moto pour la démo Barry Sheene.
Le souvenir du Grand Prix de France 1989
Interrogé sur son baptême du feu en Formule 1 au Grand Prix de France 1989, Emanuele Pirro se remémore un week-end très spécial. « Mon expérience au Castellet, jusque-là, elle se résumait à une seule et unique journée d'essais privés en F3000. Aucune course ! Donc je n'avais qu'un objectif : aller au bout sans faire de bêtise. Aujourd'hui, je me dis que ce n'était pas ambitieux. Pas la bonne mentalité. »
Il termine 9e de cette course, après une bagarre mémorable avec Nelson Piquet. « Il pilotait alors une Lotus-Judd qui ne marchait pas. Ma Benetton-Ford était plus performante mais j'ai perdu le duel. Me retrouver d'entrée aux prises avec un triple champion du monde, moi, jeune débutant, je n'en revenais pas. Quelque part, je me sentais mal pour lui en le voyant ferrailler de la sorte pour la 8e position. Il n'était pas à sa place. »
Les secrets de la réussite aux 24 Heures du Mans
Avec cinq victoires aux 24 Heures du Mans (2000, 2001, 2002, 2006, 2007), Emanuele Pirro figure parmi les légendes vivantes de l'épreuve, derrière le recordman Tom Kristensen (9 succès) et Jacky Ickx (6). Pour lui, la clé réside dans la préparation et l'esprit d'équipe. « Au Mans, chaque année, pour un pilote, les probabilités de perdre sont beaucoup plus importantes que celles de gagner. Même quand vous portez les couleurs d'un grand constructeur. Faire partie du team Audi Sport tout au long de cette période faste (de 1998 à 2008) fut un privilège. Il y avait un esprit d'équipe très fort, très constructif. Pas juste parmi ceux qui tenaient le volant. À tous les niveaux, management, staff technique… Et puis ça bossait dur en amont. La préparation des 24 Heures, elle durait des semaines, des mois… On faisait en sorte d'être prêt à jeter toutes nos forces dans la bataille dès le début de la semaine mancelle. »
Interrogé sur une éventuelle comparaison avec les Hypercars actuelles, il répond : « Volontiers ! Mais quelques tours, ce serait un peu court. Mieux vaudrait une journée complète pour avoir une idée claire. Cela dit, comparer des voitures d'époques différentes ne constitue pas un exercice intéressant à mes yeux. À quoi bon estimer que l'une est mieux que l'autre alors que chaque génération correspond à un cahier des charges spécifique ? »
Le regard sur Audi en Formule 1 et Kimi Antonelli
Emanuele Pirro porte un regard prudent sur les débuts d'Audi en Formule 1. « En accumulant des succès sur divers terrains, rallye, supertourisme, endurance, Audi s'est forgé une image de machine à gagner. La F1 constitue un pari risqué. Sans titre à moyen terme, ils peuvent casser cette image. Franchement, la marque n'a pas choisi un chemin facile. Reprendre une écurie qui n'évoluait pas aux avant-postes (Sauber), c'est compliqué. Il y a toute une culture à changer. Là, leur nouvelle structure me semble bien née. Jusqu'à présent, on peut parler d'une saison 1 correcte, honorable. »
Enfin, il évoque son jeune compatriote Kimi Antonelli, qui pourrait devenir le premier pilote italien couronné en F1 depuis 1953. « Je ne vais pas vous répondre non même si je le connais bien. Ça paraîtrait arrogant. Kimi, c'est un bon garçon. Simple. Gentil. Il n'a pas le profil type du super champion, un peu extravagant. Mais une fois casqué, quel talent ! Quelle science ! Vous verrez, il va démontrer qu'un gars normal peut tutoyer les étoiles. »



