Dans notre vie quotidienne, nous utilisons deux formes distinctes d'une même monnaie, une distinction qui passe totalement inaperçue. La première est la monnaie publique, matérialisée par les billets et les pièces, émise directement par la Banque centrale européenne (BCE). La seconde est la monnaie privée, créée par les banques commerciales mais étroitement encadrée par la BCE : celle qui se trouve sur nos comptes bancaires et que nous dépensons avec une carte bancaire, parfois intégrée dans un smartphone.
La monnaie publique : un monopole de la BCE
La monnaie publique, sous forme de billets et de pièces, est la seule à être émise directement par la BCE. Elle représente une infime partie de la masse monétaire totale en circulation. Selon la BCE, les billets et pièces ne constituent qu'environ 10 % de la masse monétaire au sens large (M3). Cette monnaie est considérée comme la plus sûre, car elle est garantie par l'institution centrale.
La monnaie privée : créée par les banques commerciales
La grande majorité de la monnaie que nous utilisons est en réalité de la monnaie privée. Les banques commerciales créent de la monnaie lorsqu'elles accordent des crédits : chaque prêt accordé génère un dépôt correspondant sur le compte du client. Cette monnaie scripturale représente environ 90 % de la masse monétaire. Bien que créée par les banques, elle est strictement régulée par la BCE, qui fixe les taux directeurs et les réserves obligatoires.
Un encadrement strict par la BCE
La BCE supervise la création de monnaie privée via des mécanismes comme les réserves obligatoires (les banques doivent détenir un pourcentage de leurs dépôts sous forme de réserves) et les opérations de refinancement. En 2023, le taux de réserves obligatoires était de 1 % pour la plupart des dépôts. De plus, la BCE peut influencer la quantité de monnaie en circulation via ses achats d'actifs (assouplissement quantitatif).
Les implications pour les consommateurs
Cette distinction a des conséquences pratiques. La monnaie publique (billets) est anonyme et ne peut être bloquée, tandis que la monnaie privée (comptes) est traçable et peut être gelée par les autorités en cas de fraude. Par ailleurs, la monnaie privée est protégée par un système de garantie des dépôts jusqu'à 100 000 euros par banque en Europe. En cas de faillite bancaire, les dépôts sont remboursés, mais les billets ne sont pas concernés par ce plafond.
Un équilibre fragile
Ce système à deux niveaux repose sur la confiance dans les banques et la BCE. Comme l'explique un économiste de la BCE, "la monnaie privée n'a de valeur que parce qu'elle est convertible à tout moment en monnaie publique". En temps de crise, cette confiance peut s'éroder, comme lors de la crise financière de 2008, où les banques ont dû être renflouées. Aujourd'hui, avec l'essor des cryptomonnaies et des monnaies numériques de banque centrale (MNBC), cette distinction pourrait évoluer.



