De contrebandier à musicien : l’incroyable vie de Martin, l’accordéoniste d’Agde
Martin, l’accordéoniste d’Agde : une vie de contrebandier à musicien

Chaque jour, l’accordéon d’Agde résonne sous les doigts de Martin, 81 ans. Ancien contrebandier devenu musicien de rue, il raconte un parcours entre le Portugal, Paris et l’Hérault, porté par la nostalgie et la joie simple de jouer.

Un personnage familier des Agathois

"Vous qui passez devant sans me voir", fredonnait Charles Trenet. Une complainte qui pourrait s’appliquer à Martin, que de nombreux Agathois connaissent comme "le monsieur à l’accordéon". Selon que l’on soit indifférent ou attendri, la perception du personnage varie. Nous l’avons souvent croisé près des bureaux de Midi Libre, à l’entrée de M. Bricolage ou sur le parking de But. Curieux de savoir ce que le bonhomme avait sous sa casquette aux couleurs de la sélection lusitanienne de football, nous nous sommes arrêtés. Et si notre initiative l’a surpris, c’est bien volontiers et dans un excellent français qu’il a accepté de se dévoiler, racontant une vie qui dit beaucoup d’une époque révolue.

De Guarda à l’Espagne : une enfance de berger et de contrebandier

Pour retrouver la trace de Martin, il faut parcourir quelques centaines de kilomètres vers le sud-ouest, jusqu’à Guarda, au Portugal. Une cité de 40 000 habitants, située non loin de la frontière avec l’Espagne, où il a vu le jour et où, avec son épouse Maria, il possède toujours une petite maison. Interrogé sur son parcours, il assure avoir "douze métiers dans les mains". Dès l’âge de 8 ans, il accompagnait son père en Espagne, à Valverde del Fresno, où le plus riche propriétaire du coin leur faisait garder ses moutons. Petit mais dégourdi, il fit par la suite un peu de contrebande entre les deux pays. "Je partais avec deux bidons de 5 litres dans les mains", se souvient-il. "L’un vide et l’autre rempli d’essence. Le carburant était moins coûteux au Portugal qu’en Espagne. Au retour, je ramenais 5 litres d’huile d’olive, moins chère en Espagne." Un "go fast" à l’ancienne qui améliora le quotidien familial pendant quelques mois, avant que Martin n’entre au service de l’État dans les plantations forestières, puis ne revienne garder la cinquantaine de caprins achetés par son père. "Mais les chèvres, j’en ai eu vite marre", s’esclaffe-t-il.

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Le départ pour Paris et l’apprentissage de l’accordéon

Il prit alors une décision radicale : avec son épouse, il partit en région parisienne au milieu des années 60, où deux de ses frères vivaient déjà. "J’ai d’abord bossé dans les travaux publics, puis en usine à La Courneuve, avant d’être embauché comme mécanicien dans une entreprise où il y avait beaucoup de boulot." C’est à Paris qu’il apprit les bases de l’accordéon, "avec une professeure". "J’en possédais déjà un au Portugal, puis j’en ai acheté un second pour jouer chez moi, à Paris." C’est avec celui-ci qu’il joue tous les jours ou presque sur les parkings des grandes surfaces d’Agde.

Pourquoi Agde ?

À la retraite, le couple quitta la région parisienne pour retourner à Guarda. Mais son épouse dut être opérée de la thyroïde, et ils préférèrent qu’elle soit soignée en France, où la médecine est meilleure, selon Martin. "Nous sommes repartis ensuite au Portugal, mais avec le suivi médical, nous avons finalement préféré nous installer à Agde. Si tout va bien, j’espère que nous pourrons rentrer chez nous rapidement." Pour autant, pas question pour Martin de passer ses journées à ressasser sa saudade (la nostalgie en portugais) ou à regarder la télévision. Son accordéon en bandoulière, il interprète son répertoire plusieurs heures par jour, une petite boîte de conserve au poignet pour récolter quelques pièces. "Ça me permet de voir du monde, de discuter", apprécie-t-il, son éternel sourire accroché au visage.

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