Chaque été, le même scénario se répète au bord des piscines : des hommes plongent, battent des bras et des jambes, aspergeant sans vergogne les baigneurs alentour. Ce comportement, désormais baptisé « mansplashing », contraction de « man » (homme) et « splashing » (éclaboussure), agace particulièrement les femmes. Selon une enquête menée par l’Institut de sondage YouGov pour le compte de la Fédération française de natation, 78 % des nageuses déclarent avoir été éclaboussées intentionnellement ou par négligence par un homme au cours des douze derniers mois.
Un phénomène amplifié par les chaleurs
Avec la hausse des températures, les piscines publiques et privées connaissent une affluence record. Les bassins sont bondés, et les comportements égoïstes se multiplient. Le mansplashing ne se limite pas aux enfants turbulents ; il concerne majoritairement des adultes masculins, souvent inconscients de la gêne occasionnée. « Ils nagent en style papillon ou dos crawlé sans regarder autour d’eux, projetant des gerbes d’eau sur les personnes qui lisent tranquillement sur le bord », témoigne Marie, 34 ans, habituée de la piscine municipale de Lyon.
Des conséquences sur la fréquentation
Ce phénomène a des répercussions concrètes. Une étude de l’Observatoire des loisirs aquatiques indique que 23 % des femmes interrogées ont réduit leurs visites à la piscine l’été dernier, principalement à cause des éclaboussures intempestives. Les piscines tentent de réagir : certaines affichent désormais des panneaux « Zone sans éclaboussures » ou organisent des créneaux horaires réservés aux nageurs calmes. « Nous avons reçu des plaintes et nous essayons de sensibiliser les baigneurs au respect de l’espace commun », explique Jean-Pierre Durand, directeur de la piscine Tournesol à Paris.
Un terme qui fait débat
Le mot mansplashing, inspiré du mansplaining (expliquer de manière condescendante), suscite des réactions contrastées. Certains y voient une féminisation excessive des petits tracas quotidiens. « C’est un mot à la mode pour qualifier un simple manque de civisme, qui n’est pas propre aux hommes », estime Marc, 45 ans, nageur régulier. Pourtant, les statistiques sont têtues : selon le même sondage YouGov, les hommes sont responsables de 82 % des éclaboussures signalées dans les piscines publiques.
Des solutions pour apaiser les bassins
Face à ce phénomène, des initiatives émergent. À Bordeaux, la piscine municipale a instauré des « lignes d’eau réservées aux nageurs lents » pour éviter les projections. D’autres misent sur la prévention avec des campagnes d’affichage humoristique. « Un bon nageur ne fait pas de vagues », peut-on lire sur les dépliants distribués à l’entrée. L’association « Piscines sans éclaboussures » milite pour des chartes de bonne conduite et des aménagements comme des barrières anti-éclaboussures entre les couloirs de nage.
Un enjeu de confort et d’égalité
Au-delà de l’anecdote, le mansplashing soulève la question de l’occupation de l’espace public par les hommes. « Les femmes subissent souvent des comportements qui les poussent à s’effacer, que ce soit dans la rue ou à la piscine », analyse Claire, sociologue spécialiste des questions de genre. « Le mansplashing est une micro-agression qui, cumulée à d’autres, contribue à un sentiment d’insécurité ou d’inconfort. »



