Lloret de Mar : le paradis des masculinités toxiques décrypté par une anthropologue
Lloret de Mar : le paradis des masculinités toxiques

Une plongée dans l'univers de Lloret de Mar

Chaque été, une horde de touristes déferle à Lloret de Mar, sur la Costa Brava. Surtout des hommes. Ils sont jeunes, veulent faire la fête et séduire. Dans son ouvrage « Où vont les garçons ? », l'anthropologue Alix Boirot décrypte cette faune masculine hypervirile, un brin toxique. Propos recueillis par Louise Auvitu.

Un décor de fête permanente

La nuit tombe sur Lloret de Mar. Le long d'une grande avenue bordée de palmiers, une centaine de bars et une quinzaine de discothèques s'illuminent. Les familles ont déserté les rues pour laisser place à des milliers de jeunes touristes. Néerlandais, Allemands, Italiens, Français, ils ont la vingtaine et sont venus passer leurs vacances dans cette station balnéaire espagnole. Parmi eux, une grande majorité d'hommes. Tous sont là pour faire la fête, boire de l'alcool plus que de raison et draguer. Ici, la sexualité est centrale ; l'hyper-virilité omniprésente.

Le regard de l'anthropologue

Durant quatre étés, Alix Boirot a travaillé comme rabatteuse de boîte de nuit dans cette station. Cet univers a suscité chez elle des sentiments ambivalents, entre curiosité et inconfort. De ses observations de terrain, elle a tiré une thèse, soutenue en 2020, puis un livre intitulé « Où vont les garçons ? ». Dans cet entretien, elle revient sur les codes de cette masculinité exacerbée, les stratégies de séduction et les rapports de force qui s'y jouent.

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Une ville perçue comme un « Tinder géant »

Selon l'anthropologue, Lloret de Mar est perçue par ces jeunes hommes comme une sorte de Tinder géant, où tout est possible. La consommation d'alcool est massive, les rencontres sont multiples et souvent éphémères. Les corps sont mis en scène, les muscles saillants, les vêtements moulants. La drague est agressive, parfois humiliante pour les femmes. Boirot analyse ces comportements comme une réponse à une crise de la masculinité, où la performance sexuelle et la domination sont érigées en valeurs suprêmes.

Un phénomène de groupe

L'anthropologue souligne que ces attitudes ne sont pas individuelles mais collectives. Les groupes d'amis se renforcent mutuellement dans une compétition virile. Les réseaux sociaux amplifient le phénomène, avec des selfies et des vidéos montrant des exploits sexuels ou alcoolisés. Pour Boirot, ce tourisme de la fête est aussi une manière d'exprimer une masculinité hégémonique, loin des contraintes sociales habituelles.

Les conséquences sur les femmes

Les femmes présentes à Lloret de Mar sont souvent objectifiées et réduites à des conquêtes potentielles. Certaines viennent aussi pour la fête, mais doivent composer avec des avances insistantes, voire du harcèlement. Boirot note que les violences sexistes et sexuelles sont fréquentes, mais rarement signalées. Elle appelle à une prise de conscience et à des mesures pour sécuriser ces espaces de loisirs.

Un miroir de la société

Au-delà du cas de Lloret de Mar, l'anthropologue voit dans ce phénomène un miroir des tensions contemporaines autour de la masculinité. La pression à la performance sexuelle, la peur de l'échec, la quête de reconnaissance entre pairs : autant de thèmes qui traversent les sociétés occidentales. Son livre invite à réfléchir sur la manière dont les garçons sont socialisés et sur les alternatives possibles à ce modèle toxique.

Conclusion

Lloret de Mar n'est pas qu'une destination touristique ; c'est un laboratoire des masculinités contemporaines. À travers le regard d'Alix Boirot, on comprend mieux les mécanismes de cette hypervirilité et ses dérives. Un livre nécessaire pour déconstruire les stéréotypes et repenser les rapports entre les sexes.

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