La tentation du bureau climatisé
Elles sont omniprésentes, dans nos villes comme dans nos campagnes, et même sur les réseaux sociaux. De fortes chaleurs sont de nouveau annoncées pour la fin de semaine, avec des températures pouvant dépasser les 40 °C dans certaines régions. Si vous habitez un logement mal isolé ou dépourvu de climatisation, vous savez ce qui vous attend : le thermomètre va grimper en flèche pour atteindre, voire excéder, les 30 °C à l'intérieur. Une véritable fournaise qui ne s'arrête pas la nuit, les températures extérieures ne baissant pas suffisamment pour rafraîchir cette bouilloire thermique qu'est devenu votre appartement. Vous avez alors une idée : et si vous alliez dormir au bureau, où il fait bien frais ?
Un vide juridique
D'un point de vue légal, « il n'y a aucune loi précise qui l'autorise ou l'interdit », explique Pierre Dulmet, avocat au barreau de Strasbourg spécialisé en droit du travail. La question des nuits passées au travail dépend donc avant tout de votre métier et de vos missions. « Il existe des cas où dormir sur le lieu de travail est prévu contractuellement, comme les chambres de veille ou la surveillance de colonies de vacances », précise le juriste.
Les risques pour l'employeur (et pour vous)
Si cela n'est pas prévu dans votre contrat de travail, la réponse peut figurer dans le règlement intérieur de votre entreprise. « Souvent, il y est écrit noir sur blanc qu'il est interdit aux salariés de rester dans les locaux en dehors de leur temps de travail », souligne le spécialiste. Et si vous décidez d'ignorer cette règle et de vous glisser au bureau avec votre oreiller une fois tout le monde parti, vous prenez des risques ! « Vous pouvez être sanctionné car vous seriez en situation irrégulière », avertit l'avocat.
La situation diffère si vous demandez l'autorisation à votre patron. S'il vous l'accorde – et rien ne l'y oblige –, vous pouvez en théorie passer la nuit au bureau, mais en pratique, il y a peu de chances qu'il accepte en raison des risques que cela ferait peser sur lui. « S'il se produit quoi que ce soit, il est responsable, puisque c'est son entreprise », précise Pierre Dulmet. Sans oublier les risques « liés à la séparation entre vie privée et vie professionnelle, au temps de travail, à la lutte contre le harcèlement sexuel », ainsi qu'à une éventuelle « problématique d'égalité de traitement entre les salariés ».
Des adaptations du temps de travail possibles
Si dormir sur son lieu de travail pour se rafraîchir est impossible, d'autres solutions existent. Vous pouvez par exemple demander à adapter vos horaires de travail « pour profiter au maximum des locaux climatisés ou pour que vos temps de repos coïncident avec les périodes de fraîcheur ». Ces mesures sont prévues dans le décret du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur, ainsi que dans l'obligation générale de prévention des risques.
Autre option à proposer à votre employeur : vous pouvez demander l'ouverture de négociations pour envisager un système d'aide à l'hébergement adapté pour les salariés vivant dans des passoires thermiques. Il pourrait s'agir, par exemple, d'aider les employés à trouver un hôtel ou une location climatisée pendant la canicule, évoque l'avocat.
Des solutions préférables à la « sieste au bureau »
L'option de dormir au travail pose plusieurs difficultés au-delà de l'aspect réglementaire. Il y a, par exemple, peu de chances que votre lieu de travail soit adapté au repos, avec des lits notamment. Autre problème majeur : il n'y aurait plus de coupure entre le temps de repos et le temps de travail, puisque vous seriez en continu dans les locaux de l'entreprise. Alors, on remet son doudou et son pyjama dans son sac, et on compte sur notre meilleur ami le ventilateur pour ne pas suffoquer chez soi.



