Trois jeunes femmes transforment leur souffrance en parole libératrice
Angelina, Mélina et Nina, trois élèves de la Maison Familiale Rurale (MFR) de Castelnau-Chalosse, ont vécu une expérience extraordinaire en participant à un concours d'éloquence qui les a menées jusqu'à une émission de France TV. Ces jeunes femmes, en terminale bac professionnel services aux personnes et animation des territoires, ont su trouver les mots pour parler de douleurs intimes que la société peine souvent à entendre, reconnaître et prévenir.
Un discours puissant sous la Coupole
À seulement 18 et 19 ans, elles ont été sélectionnées parmi seize jeunes en France pour l'émission "J'aime à dire" présentée par Raphaël Yem. Leur parcours les a même conduites à déclamer leur texte de deux minutes trente sous la Coupole de l'Académie française des sciences morales et politiques, le 16 mars 2026. "Allo la Terre ? Nous sommes là et nous sommes trois, trois p'tites nanas", commencent-elles leur discours poignant.
Leur message, oscillant entre calme et révolte, frappe par sa détermination : "Protégez vos filles, non. Éduquez vos fils, oui !" Elles révèlent ensuite : "Je m'appelle Nina, je m'appelle Angélina, je m'appelle Mélina, et nous avons été victimes de viols." Un moment "extrêmement émouvant dans ce décor grandiose" selon Marie-Christine Hennaut, leur professeure de français qui les a accompagnées avec Hélène Dutrey.
Du papier griffonné à la scène nationale
Tout a commencé par des phrases griffonnées sur des bouts de papier lors d'un exercice d'éloquence il y a plus d'un an. Le trio, qui se baptise "Les Guerrières", prépare une intervention de six minutes trente-sept secondes sur les violences sexuelles, un sujet qui leur tenait particulièrement à cœur. Cette prestation les qualifie pour un concours organisé par le Réseau d'associations d'éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale (Radsi Nouvelle-Aquitaine).
Bien qu'elles n'aient pas franchi la demi-finale à Bordeaux, leur parcours ne s'arrête pas là. Par un heureux hasard, leurs professeures découvrent l'appel à candidatures pour "J'aime à dire" à la dernière minute. Dans l'urgence, les jeunes réduisent leur texte pour coller au format de l'émission. La production les contacte finalement après avoir eu vent de leur prestation bordelaise.
Rencontres marquantes et libération
Cet hiver, elles se rendent sur le plateau de tournage où elles rencontrent la marraine et le parrain de l'émission : la comédienne Isabelle Carré et le rappeur-slameur Abd Al Malik. Puis vient le moment fort de leur passage à l'Académie française, où elles sont reçues par deux académiciens, Bernard Stirn et Olivier Houdé, psychologue spécialisé dans l'enfance et l'adolescence.
Cette expérience s'est révélée profondément libératrice pour les trois jeunes femmes. Mélina confie : "Ça a clairement changé ma confiance en moi. J'ai aujourd'hui une vision différente, plus lucide, des relations avec les autres." Angelina ajoute que cela leur a permis, pour la première fois, de se sentir comme des guerrières plutôt que comme des victimes.
Un message d'espoir et d'engagement
Leur texte se conclut par ces mots puissants : "Allo la Terre ? Nous sommes toujours là. Trois p'tites nanas. Nous avons survécu. Nous sommes la voix de celles qui n'en ont plus. Le silence ne nous tuera plus, et il ne vous tuera pas." Marie-Christine Hennaut, encore impressionnée et fière de ses protégées, souligne : "J'en retiens pour ma part que rien n'est impossible. Malgré des parcours compliqués, il faut se battre et croire en ses rêves."
Cette aventure démontre comment la parole, lorsqu'elle est portée avec courage et conviction, peut ouvrir des voies insoupçonnées et briser les chaînes du silence. Les trois élèves de la MFR de Castelnau-Chalosse ont non seulement transformé leur propre vécu, mais ont aussi offert une voix à toutes celles qui n'osent pas encore parler.



