Bergerac : Le tennis au cœur d'une bataille politique entre clubs et candidats
Tennis et politique s'affrontent à Bergerac avant les municipales

Le tennis de Bergerac plongé dans une controverse politique avant les élections municipales

Dans la paisible ville de Bergerac en Dordogne, le monde du tennis local est secoué par une prise de position politique inattendue. L'USB Tennis, l'un des deux clubs de la ville, a décidé de soutenir ouvertement le candidat de gauche Fabien Ruet lors des prochaines élections municipales. Cette décision fait directement écho à son opposition ferme au projet porté par le maire sortant Jonathan Prioleaud, créant ainsi une tension palpable entre sport et engagement politique.

Un projet municipal qui divise les clubs de tennis

Le plan de Jonathan Prioleaud prévoit la création d'un grand complexe de tennis sur la plaine des sports de Piquecailloux. L'objectif affiché est de regrouper les deux clubs de la ville – le Tennis Club de Bergerac (TCB) et l'USB Tennis – dans une même structure. « Cela permettrait de mutualiser les coûts », explique Christophe David-Bordier, adjoint au maire chargé des sports. « On vendrait le site du Millet pour la construction de logements et on laisserait les terrains en dur du Pont-Roux en accès libre. »

Pour comprendre cette proposition, il faut revenir aux problèmes rencontrés par le TCB. Avec près de 450 licenciés et une activité croissante, ce club se porte plutôt bien. Cependant, le bruit généré par ses activités, particulièrement depuis l'installation de deux terrains de padel en 2021, dérange considérablement les riverains du site du Millet. La tension a atteint son paroxysme en décembre et janvier derniers lorsque les parois vitrées de ces terrains ont été dégradées.

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« Les désagréments usent la patience des voisins », reconnaît Christophe David-Bordier. « On reçoit sans cesse des lettres. On n'a pas le choix, il faut les déplacer. »

L'USB Tennis résiste et s'engage politiquement

Face à ce projet de regroupement, l'USB Tennis affiche une opposition déterminée. Avec ses 160 licenciés, le club est farouchement attaché à son indépendance et à son site historique du Pont-Roux. « À l'USB Tennis, pas question de déménager », affirme Thomas Jonckeau, l'un des membres influents du club.

Cette résistance a pris une tournure politique lorsque plusieurs dirigeants du club, dont le président Lucas Guéret, ont rejoint les rangs des soutiens de Fabien Ruet, le candidat de gauche aux municipales. Ce dernier propose une alternative : rénover les installations sportives existantes plutôt que de tout regrouper. La médiation de Christophe Genovesio, cofondateur de l'USB Tennis et colistier de Fabien Ruet, a sans doute facilité ce rapprochement.

L'USB Tennis a formalisé sa position en écrivant à ses adhérents et en publiant un communiqué sur sa page Facebook. Sans donner directement de consigne de vote, les dirigeants y expriment leur « opposition claire » au projet de Jonathan Prioleaud et ajoutent : « Votre soutien est essentiel. Chacune de vos voix compte. »

« On fait ça pour la survie du club », précise Lucas Guéret, insistant sur le fait que leur engagement est uniquement dirigé contre le projet municipal et non un soutien politique pur.

Des réactions contrastées dans le paysage politique local

Sans surprise, cette prise de position a été plutôt mal reçue par l'équipe municipale sortante. Mais la polémique ne s'arrête pas là. L'USB Omnisports, l'association mère dont dépend l'USB Tennis, a tenu à rappeler son « attachement strict aux principes de neutralité et d'indépendance », affirmant que le club « ne soutient ni ne s'associe à aucun candidat ».

Les autres candidats aux municipales ont également réagi à cette affaire. Christian Gérard, candidat du Rassemblement national, déclare : « Il faut aider tous les clubs et écouter les associations avant de décider, contrairement à ce que fait le maire. Il faut rénover ou améliorer les infrastructures, mais en concertation avec les clubs et les fédérations concernés. »

Thierry Roux, candidat indépendant, adopte une position plus mesurée : « Je suis très réservé sur l'utilisation politique du monde associatif dans la campagne. Mais cela décrit aussi le fonctionnement très descendant de Jonathan Prioleaud. L'USB Tennis n'est pas venue nous consulter, donc on ne prendra pas position. Mais notre porte est ouverte. »

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Une question fondamentale : faut-il mélanger sport et politique ?

Cette affaire soulève une interrogation plus large sur la place du sport dans le débat politique local. À Bergerac, l'USB Tennis en a fait une condition de sa survie, estimant que son avenir dépend directement des décisions qui seront prises après les élections municipales.

La situation illustre les tensions qui peuvent surgir lorsque les projets d'aménagement urbain rencontrent les attachements historiques et identitaires des clubs sportifs locaux. Elle met également en lumière les différentes visions du développement sportif municipal : entre regroupement et mutualisation d'un côté, et préservation de l'indépendance et rénovation des sites existants de l'autre.

Alors que la campagne municipale bat son plein à Bergerac, le tennis est devenu bien plus qu'un simple loisir sportif. Il s'est transformé en enjeu politique, en symbole des divergences sur l'avenir de la ville, et en révélateur des tensions entre modernisation et préservation du patrimoine associatif local.