À Périgueux, des ateliers de lecture labiale aident les malentendants à mieux communiquer
Périgueux : ateliers de lecture labiale pour malentendants

Des ateliers de lecture labiale pour rompre l'isolement des malentendants à Périgueux

Un jeudi sur deux, la médiathèque Pierre-Fanlac de Périgueux, en Dordogne, devient le théâtre d'un exercice particulier. Sous la direction de Marie-Claude Morote, orthophoniste à la retraite, des participants s'entraînent à lire sur les lèvres en articulant des noms d'oiseaux comme « alouette », « bécasse », « chouette » ou « corbeau ». Cette scène inhabituelle fait partie des ateliers organisés par l'association Visible à l'oreille, créée en mai 2022, qui compte une trentaine d'adhérents.

Un apprentissage ludique et technique

Les neuf personnes présentes à cette séance de premier niveau tentent de décrypter les mouvements des lèvres et révisent la position de la bouche en fonction des phonèmes. Des miroirs sur la table les aident à visualiser la forme de leur propre bouche, tandis que l'orthophoniste s'efforce de ne pas trop détacher les syllabes pour conserver le liant naturel du langage. « La barbe ou la moustache cachent les traits d'expression, alors que les joues font partie du langage et donnent des informations », rappelle Marie-Claude Morote.

Parmi les participants, Marie-France, équipée d'un implant cochléaire, bénéficie d'un micro attaché au col de l'animatrice pour une écoute ciblée. Elle est accompagnée de son mari Philippe, qui explique : « Je fais aussi de la lecture labiale sinon la communication entre nous est compliquée ». Cette démarche illustre l'importance de l'implication des proches dans le processus d'adaptation.

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Un espace sécurisé pour partager des expériences communes

Colette, 74 ans, sourit en déclarant : « Je suis sourde parce que je suis vieille ». Cynthia, 33 ans, atteinte d'une surdité évolutive et appareillée depuis huit ans, apprécie particulièrement ces ateliers « faits de façon ludique ». Pour elle, ils représentent un espace sécurisé où chacun partage la même problématique. « On se sent moins honteux, plus confortable », confie Christine Leguay, coprésidente de l'association, qui a fondé la structure pour apprendre à lire sur les lèvres avant que son audition ne décline totalement.

Comprendre et communiquer constituent un enjeu essentiel pour les malentendants. Outre les situations ordinaires, l'atelier de deuxième niveau travaille sur les plaisanteries et textes humoristiques, souvent difficiles à saisir. Le phonème est même dessiné sur de petites fiches pour faciliter la mémorisation.

Les défis de la vie sociale et professionnelle

Éducatrice, Cynthia témoigne des difficultés rencontrées dans son milieu professionnel : « J'ai d'abord eu ce besoin de montrer que j'étais capable. Mais ça m'a menée dans un état d'épuisement professionnel. Je me suis ensuite renfermée ». Elle souligne la nécessité de se battre pour défendre ses droits et aménager son environnement de travail, tout en luttant contre la culpabilité de « faire moins que d'autres ».

Aujourd'hui, la trentenaire a appris à « sélectionner ses situations ». « Les anniversaires de 15 personnes par exemple, je dis stop. Je n'ai pas la possibilité de suivre et c'est terriblement violent d'aimer les autres et de ne pas pouvoir discuter ». L'effort de concentration requis pour décrypter la formation des mots est intense, et une simple séance d'une heure peut engendrer une fatigue significative.

Au-delà des ateliers : des actions pour une meilleure accessibilité

L'association Visible à l'oreille ne se limite pas aux ateliers de lecture labiale. Elle fait de l'accessibilité des lieux recevant du public sa grande cause, que ce soit dans les salles de réunion ou au cinéma, en plaidant pour des films en version française sous-titrée. Sur le plan de la sécurité routière, la structure a créé un gilet jaune floqué d'une oreille barrée. En matière de santé, elle a réalisé un badge signalant les patients malentendants, incitant les soignants à s'assurer de leur bonne compréhension des directives.

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Le défi consiste à rendre la différence visible sans la stigmatiser. « On veut que les gens le sachent mais pas que ça se voit », résume Christine Leguay. Avec sept millions de personnes concernées par des problèmes d'audition en France, selon la Fédération Surdifrance, ces initiatives locales prennent une dimension nationale essentielle.