Le Point Rencontre de Bordeaux fête 40 ans de reconstruction familiale après divorce
Point Rencontre de Bordeaux : 40 ans de liens familiaux restaurés

Le Point Rencontre de Bordeaux célèbre 40 ans de reconstruction des liens familiaux après divorce

Fondé en 1986, le Point Rencontre de Bordeaux Métropole (PRB) fête ses quarante années d'existence. Cette structure innovante pour son époque organise et encadre les contacts entre des enfants et leurs parents divorcés, en apaisant les conflits familiaux. Rien ne semble distinguer le parc de la Chêneraie, au Bouscat dans la banlieue ouest de Bordeaux, d'un parc public ordinaire un samedi. Des parents déambulent ou discutent, entourés d'un ou plusieurs enfants qui jouent çà et là. Mais ce public qui passe un moment dans ce parc n'est pas là pour le seul plaisir de la promenade : il tente de réparer quelque chose de profondément abîmé.

Un lieu unique pour restaurer les relations familiales

Depuis quelques années, la Chêneraie accueille les samedis du Point Rencontre de Bordeaux Métropole. Unique en France à ses débuts, cette association restaure le lien entre parents et enfants, souvent cabossé voire totalement inexistant après une séparation conflictuelle. Mardi 10 mars 2026, le Point Rencontre célèbre ses 40 ans à la mairie de Bordeaux. Cet anniversaire sera l'occasion d'un retour sur l'activité de ce dispositif qui fonctionne sous le statut d'association 1901, mais toujours dans le cadre d'une décision de justice.

Lorsque le juge des affaires familiales ordonne un droit de visite après une séparation, certains parents ont besoin d'être accompagnés, particulièrement si leur relation est devenue conflictuelle. « Après trois ans de séparation, 70 % des pères, mais cela concernait aussi des mères, ne voyaient plus leurs enfants. Celui qui n'avait pas la garde finissait par perdre toute relation », explique Dominique Larrue, président du PRB.

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Des débuts totalement expérimentaux

« Au début, on a commencé par des expériences de droit de visite dans des lieux publics, à la gare ou au jardin public », se souvient Serge Bédère, l'un des fondateurs du PRB. Pendant plus de vingt ans, alors que les dispositifs comparables se multipliaient partout en France, les points rencontre ont fonctionné de façon totalement expérimentale, sans cadre juridique précis. « C'était juste des psychologues, des magistrats, des assistantes sociales, des travailleurs sociaux ou encore des avocats, qui avaient une réflexion sur le lien parent-enfant et qui inventaient une mise en pratique du droit de visite », ajoute-t-il.

Il faudra attendre la loi sur la protection de l'enfance en 2007 pour que l'existence des points rencontre soit officiellement reconnue. Celui de Bordeaux a longtemps organisé les visites au centre de loisirs du Grand-Parc, avant de s'installer au Bouscat, dans un lieu prêté par la commune. Les visites ont lieu chaque samedi, « cinquante-deux semaines par an, même pendant le Covid, pour conserver le lien », précise Dominique Larrue.

Un règlement strict pour garantir la sérénité

Un intervenant professionnel du PRB organise les rencontres en amont en recevant séparément les parents. Il est présent à la Chêneraie, en respectant une distance appropriée, mais s'interpose immédiatement si les choses s'enveniment. Lors de ces temps de visite, toute forme de violence ou d'agression physique ou verbale est strictement interdite. « Lorsque l'ordre et la tranquillité du Point rencontre sont gravement troublés par le comportement d'une famille, l'exercice du droit de visite est suspendu jusqu'à une nouvelle décision du juge », indique le règlement interne du PRB.

95 % des familles se présentent après une décision judiciaire (5 % le font hors de ce cadre), mais dans 30 % des cas, l'application du droit de visite débouche sur un accord à l'amiable entre les deux parents, permettant à chacun de voir le ou les enfants sans heurts. « On déconflictualise », résume Monique Laffargue, intervenante au PRB.

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Un travail essentiel malgré les incertitudes financières

Pour Dominique Larrue, « tous les parents que nous recevons sont dans l'échec, celui du couple, de la relation à l'enfant. On apporte un petit point de lumière. Les 30 % d'accords amiables montrent que les parents sont capables de s'en sortir, la petite lumière, elle fonctionne. » Le Point Rencontre de Bordeaux Métropole s'occupe de 400 familles par an, pour des sessions de visites en principe limitées à six mois, selon des modalités très variables.

L'association fonctionne avec 13 salariés choisis pour leur investissement personnel et qui ont tous un autre métier principal. Le financement du Point Rencontre de Bordeaux Métropole est assuré à 60 % par la Caisse nationale des allocations familiales, le ministère de la Justice (18 %), et la Mutualité sociale agricole. Jusqu'en 2024, le Conseil départemental était contributeur (50 000 euros par an), avant de supprimer sa participation par mesure d'économies. Les incertitudes qui pèsent sur le mode de financement représentent une source d'inquiétude majeure pour les responsables du PRB.

En Gironde, il existe d'autres points rencontre à Talence, Libourne, Langon, Saint-Christoly-de-Blaye et Lanton, gérés par différentes associations. Ces structures complémentaires témoignent de l'importance croissante de ce type d'accompagnement dans la préservation des liens familiaux après les séparations.