Médecins du monde en Aquitaine : 40 ans de lutte contre la précarité
Médecins du monde Aquitaine : 40 ans de lutte

La délégation aquitaine de Médecins du monde existe depuis 1986. Quarante années au cours desquelles elle a travaillé auprès des SDF ou des usagers de drogue, avant de se consacrer aux personnes qui n'ont pas d'endroit où se soigner, aux livreurs de repas à vélo et aux travailleurs viticoles en 2026.

Un constat d'échec de l'action humanitaire d'urgence

« Quand notre association s'est installée dans ces locaux, à Bordeaux-Bacalan, en 1986, ce n'était pas avec l'idée d'y rester », explique Adeline Grippon, coordinatrice de Médecins du monde pour la région Aquitaine. « Les gens qui ont lancé ce projet voulaient alerter sur la situation des personnes à la rue qui n'avaient pas accès aux soins. Ils pensaient que ça allait se régler assez vite. Quarante ans plus tard, on s'aperçoit que la précarité est toujours aussi présente. » Médecins du monde, les Restos du cœur : même combat ? De l'action humanitaire d'urgence qui s'installe dans la durée ? Le fait est qu'en 2026 la délégation aquitaine fait travailler 10 salariés et 120 bénévoles en direction de 1 446 « personnes concernées », une dénomination préférée à celles de « bénéficiaires » ou d'« usagers ».

Pensée à l'origine comme une ONG intervenant lors de grandes crises à l'étranger (Afghanistan, Salvador, Arménie…), Médecins du monde s'est aperçu que des crises se produisent aussi en France. Et qu'elles persistent.

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De nouveaux problèmes émergent

Même si, rappelle Adeline Grippon, « il y a des choses qui ont été réglées. Mais pas d'autres. Et de nouveaux problèmes apparaissent régulièrement ». Parmi ce qui va mieux, elle cite la lutte contre le saturnisme, ou la prise en charge des usagers de drogue : des cas toujours lourds, mais désormais gérés par l'État ou des associations financées par l'État, avec plus de moyens techniques et financiers. « À partir du moment où les gens sont pris en charge, on se retire. Dans les bidonvilles de Bordeaux, maintenant, c'est une équipe de l'hôpital qui intervient. On peut travailler sur d'autres questions. »

Des questions à traiter, il y en a trois en 2026 : les publics qui se rendent à son centre de soins, 2 rue Charlevoix-de-Villers « parce qu'ils ne savent pas où se soigner », les livreurs de repas à vélo, « dont la santé est abîmée par ce travail », et les travailleurs saisonniers du milieu viticole. Périmètres d'intervention : Bordeaux-Métropole et le Médoc. « Ces problèmes se posent sans doute aussi ailleurs, mais on n'a pas les moyens de couvrir toute la Gironde. »

Trois populations différentes, mais qui ont pour point commun « des difficultés à accéder à la santé de manière globale », estime Anne Birbis, déléguée régionale. « Soit parce qu'elles n'ont pas accès à la sécurité sociale, soit parce qu'elles ont perdu ce droit en se retrouvant à la rue par exemple, soit parce qu'elles l'ont toujours mais ne le savent pas. Souvent, les étrangers ont des tonnes de papiers, mais pas les bons. »

Sous-information et non-recours aux droits

« Il y a beaucoup de sous-information chez les gens qu'on reçoit, enchaîne Adeline Grippon. On parle régulièrement de fraude, mais en fait, c'est le contraire qui se passe : il y a plus de gens qui ne demandent pas ce à quoi ils ont droit que de gens qui fraudent. Et comme ces gens ne savent pas qu'ils peuvent bénéficier de la sécurité sociale ou de l'aide médicale d'État, ils viennent chez nous. On les soigne, on les oriente vers des endroits où ils peuvent être soignés gratuitement mais on les informe aussi sur ce à quoi ils ont droit. »

Chez les livreurs de repas à vélo, les problèmes sont liés à l'exercice de leur métier : le frottement de la selle pendant des heures qui finit par produire des douleurs, des hémorroïdes ou des problèmes sexuels, la déshydratation liée au fait de se retenir de boire pour ne pas avoir à uriner et assurer plus de livraisons… Mais ils viennent aussi de leurs conditions d'hébergements dans des squats sans eau ni électricité.

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Quant aux travailleurs viticoles étrangers, « ils se heurtent souvent au fait que leurs droits ne sont pas ouverts, ou seulement quand ils tombent malades, alors qu'ils travaillent légalement, raconte Jean-Luc Taris, responsable de ce programme. Et pour accéder à une couverture qui leur est due, on leur demande souvent des pièces difficiles à se procurer : un acte de naissance de trois mois maximum qu'ils doivent se faire envoyer du Maroc par exemple. »

« Soigner aussi l'injustice »

« Si la loi était appliquée partout, on aurait moins de travail », résume Adeline Grippon, qui, à ce titre, évoque encore l'accès à l'eau et au ramassage des déchets en plus de l'accès aux soins. « Le cœur de Médecins du monde, ce n'est pas seulement s'occuper des personnes, c'est aussi dénoncer ce qui est injuste. Notre slogan c'est ''soigner aussi l'injustice''. »

Deux semaines de débats et de festivités

Les 40 ans de Médecins du monde à Bordeaux seront célébrés par une série de rendez-vous entre le 26 mai et le 6 juin. Des débats sur le prix des médicaments ou sur l'accès à la santé, une journée portes ouvertes au Centre d'accueil, de soins et d'orientation le 4 juin, et deux soirées festives dans le quartier de Bacalan. Détails sur linkedin.com médecins-du-monde-aquitaine.