David Chotard, gardien de la mémoire de Marne-Yeuse
Animateur au centre socioculturel de Royan et enfant du quartier, David Chotard a créé une page Facebook dédiée à Marne-Yeuse. Cette initiative lui permet de continuer à documenter l'histoire du quartier, en prévision d'un nouveau livre de témoignages. Les pages nostalgiques évoquant le Royan, Saint-Georges-de-Didonne ou Saint-Palais-sur-Mer d'autrefois connaissent un succès croissant sur les réseaux sociaux. Cette tendance fonctionne également pour le quartier populaire royannais de Marne-Yeuse, qui se dévoile en images depuis octobre dernier sur la page « Marne-Yeuse - mémoire du quartier royannais ».
Une communauté active et participative
Chaque nouvelle publication génère des dizaines de réactions, des centaines, voire quelques milliers de vues, ainsi que des commentaires précieux. Au-delà du plaisir de replonger dans le passé du quartier et d'y entraîner les internautes, David Chotard surveille attentivement les réactions suscitées par ses publications. « Certains commentaires permettent parfois de compléter les informations dont je dispose sur la photo que je publie, la date de prise de vue, l'identité des gens qui y apparaissent… », explique cet animateur « historique » du centre socioculturel de Royan.
Une collection photographique exceptionnelle
David Chotard connaît le quartier de Marne-Yeuse depuis l'enfance. Son bureau donne d'ailleurs sur le square René-Charron… son propre grand-père. Né à Royan, il garde en mémoire sa scolarité, du cours préparatoire au CM2, dans le préfabriqué qui abritait l'école du quartier, alors implanté à Faupigné, à côté de l'actuelle cité Touvent. Il se souvient également de son entrée, au printemps 1981, dans les murs neufs de l'école de l'Yeuse. « Dont mon père avait d'ailleurs photographié la pose de la première pierre par le maire de Royan à l'époque, Pierre Lys, et l'évolution du chantier », précise-t-il.
La passion de Roger Chotard, son père, pour la photographie a rempli des cartons entiers de tirages et de négatifs. « Mon père sortait son appareil à la moindre occasion ! » Cette collection familiale déjà conséquente, David Chotard a commencé à l'étoffer dès 1995 avec des contributions d'amis et d'habitants du quartier, alors qu'il n'était encore que bénévole au centre social. Aujourd'hui, il possède un fonds d'environ 76 000 photographies, dont plusieurs dizaines de milliers concernent spécifiquement le quartier de Marne-Yeuse. Une véritable gageure, car « Marne-Yeuse n'est pas le quartier de Royan qui a été le plus photographié », éclipsé par les secteurs plus huppés du Parc, de Pontaillac, par les plages et le Front de mer.
Un quartier à l'image à redorer
Aujourd'hui encore, « Marne-Yeuse conserve l'image d'un quartier 'pas terrible', qu'entretiennent malheureusement encore certaines agences immobilières ». David Chotard s'en désole un peu, mais se console. L'ancienne « cote 304 », souvenir de sa dénomination administrative d'après-guerre, est selon lui un quartier où il fait bon vivre, « qui a fait l'objet d'attentions de la part des derniers maires ». Surtout, ce quartier a conservé une âme, des figures, des habitants restés fidèles à ses immeubles ou à ses pavillons. « Ce quartier, ceux qui l'ont habité l'ont aimé, ceux qui y vivent encore l'aiment, comme ceux qui viennent s'y installer », affirme-t-il avec conviction.
Un nouveau livre en préparation
Publié en 2022, un premier ouvrage a rendu hommage à Marne-Yeuse et documenté son origine ainsi que ses traits architecturaux. David Chotard a participé à la réalisation de « Construire dans l'urgence - Quartier Marne-Yeuse 1945-1970 », se concentrant sur le recueil des témoignages complétant les fiches architecturales rédigées par Véronique Willmann et Brigitte Druenne-Prissette. La riche matière iconographique en possession de l'enfant du quartier méritait une suite, à laquelle s'attelle désormais David Chotard, avec la complicité de Marie-Anne Bauhain, bénévole au centre socioculturel après avoir notamment dirigé l'entreprise d'insertion Trajectoire.
Ensemble, Marie-Anne Bauhain et David Chotard multiplient les entretiens avec des habitants du quartier. « La page Facebook sert en fait de prétexte pour recueillir des témoignages qui nous avaient échappé, auxquels nous n'avions pas pensé », explique David Chotard. Le binôme a déjà réalisé une douzaine de nouveaux entretiens et puisera également dans la matière collectée pour le premier livre. Les deux auteurs ne veulent pas précipiter la publication de leur ouvrage, même si David Chotard est conscient que « les années passant, les témoignages directs se feront de plus en plus rares ».



