Une mission mémorielle au cœur du Lot-et-Garonne
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas le traumatisme de la Grande Guerre qui a donné naissance au Souvenir Français, mais bien la défaite de Sedan en 1870. L'association voit le jour dès 1887, avec pour vocation d'évoquer « un souvenir dont on ne parle jamais et dont on se souvient toujours ». Aujourd'hui, Cathy Caïtucoli-Nicolas, trésorière de l'association et native d'Astaffort, perpétue cette mission avec une approche innovante.
Redonner un visage aux héros anonymes
La mission première du Souvenir Français est d'entretenir les tombes en déshérence des soldats morts pour la France, rappelle Cathy Caïtucoli-Nicolas, désormais installée à Layrac. « On dépose des gerbes lors des cérémonies, mais en définitive, on ne connaît rien d'eux. J'ai donc proposé de créer un dossier complet pour chaque soldat du canton d'Astaffort et de ses six communes, mort pour la France », explique-t-elle avec passion.
Son travail minutieux a déjà porté ses fruits de manière spectaculaire. L'une de ses plus grandes fiertés reste l'identification de deux frères décédés durant la Première Guerre mondiale, inhumés jusqu'alors en tant qu'inconnus. « J'ai pu les reconnaître grâce au numéro de leur unité inscrit sur le col de leur vareuse », précise-t-elle, démontrant l'importance des détails dans ses recherches.
Combler les lacunes mémorielles de 1870
Si retrouver la trace des combattants des deux guerres mondiales représente déjà un défi considérable, Cathy Caïtucoli-Nicolas s'est attaquée à un chantier encore plus complexe : le conflit de 1870. Son travail acharné a permis d'ajouter treize noms sur le monument aux morts d'Astaffort, contribuant ainsi à réparer un oubli historique.
Cette initiative est d'autant plus cruciale que les monuments lot-et-garonnais consacrés aux morts de 1870 sont extrêmement rares. Outre celui d'Astaffort, on en compte seulement deux autres dans le département : à Fumel (inauguré en 1909) et à Villeneuve-sur-Lot (installé en 1885). La disparition de celui d'Agen, volé en 2008, rend ce travail de mémoire encore plus précieux.
Méthodologie et outils de recherche
Passionnée de généalogie, Cathy Caïtucoli-Nicolas utilise une combinaison d'outils modernes et de recherches traditionnelles. Le site Mémoire des Hommes constitue sa principale ressource pour les guerres du XXe siècle, lui fournissant dates de naissance et de décès, circonstances des morts, photographies et éléments biographiques.
« Je croise ensuite ces informations avec les archives municipales et avec Geneanet, un autre site internet spécialisé », détaille-t-elle. Cette approche méthodique lui a permis des découvertes remarquables, comme la tombe de Caprais Laborie, un Astaffortais inhumé au Père-Lachaise parmi d'autres soldats.
Étendre les recherches aux conflits napoléoniens
La généalogiste ne s'arrête pas aux guerres modernes. Elle commence également à se pencher sur les victimes des guerres napoléoniennes, avec déjà un succès à son actif : l'identification de Jean Baque, un Astaffortais mort de fièvre en 1813 à l'hôpital militaire de Besançon.
Durant tout l'entretien, Cathy Caïtucoli-Nicolas garde près d'elle une lanterne où brûle une flamme symbolique. « Elle a été allumée sur la tombe du Soldat inconnu, et je ne l'éteins que quand je voyage avec », confie-t-elle. Cette flamme éternelle semble refléter son engagement indéfectible envers la mémoire des combattants.
Le cas du monument volé d'Agen
L'histoire du monument du lycée Palissy à Agen illustre tragiquement la fragilité de cette mémoire. Depuis 1883, une réplique de la statue Gloria Victis d'Antonin Mercier rendait hommage aux élèves de l'établissement tués durant la guerre de 1870-1871. Cette œuvre de bronze d'1,70 mètre avait miraculeusement échappé à la fonte sous le régime de Vichy, mais n'a pas résisté au vol dont elle a été victime en 2008.
Bien que le lycée conserve toujours le moule original de la statue, aucune décision n'a été prise pour la refaire à ce jour. Cette disparition renforce l'importance du travail de Cathy Caïtucoli-Nicolas, qui, à travers ses recherches généalogiques, maintient vivante la mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie pour la France.



