Au même titre que les free parties, les Gaztetxe émergent d’un besoin d’expression propre à une partie de la jeunesse. Au-delà du style musical, ces espaces ont pour point commun de valoriser la fête en étendard de messages politiques.
Un exemple bayonnais
Guilhem Da Costa n’est pas particulièrement un grand amateur de musique techno. Il n’a d’ailleurs jamais participé à des événements apparentés à des free parties. Cet ancien membre de l’assemblée de jeunes du gaztetxe de Bayonne semble néanmoins sensible aux dernières actualités concernant ces « soirées sauvages », alors que le Sénat a adopté le 6 mai le projet de loi Ripost, incluant des sanctions pour les free parties. Le trentenaire a fait partie de ceux qui ont occupé l’ancien palais de justice de Bayonne en 2013 pour réclamer un local pour le gaztetxe. Aujourd’hui classé parmi les 50 plus belles façades au monde, selon un site spécialisé, le lieu, finalement acquis auprès de la mairie en 2016, représente ce droit à l’autogestion et à la liberté d’expression de la jeunesse basque à Bayonne.
La tête haute et le regard fier, le jeune homme représenté aux côtés d’un mouton et d’un Kotilun gorri sur la fresque monumentale du bâtiment illustre ce message, visible jusque de l’autre côté de l’Adour. Une œuvre réalisée en 2023 par l’artiste Nexgraff, âgé de 20 ans à l’époque, dans le cadre du festival Point de vue. À l’intérieur, une reproduction de Gernika siège derrière le bar principal, comme un clin d’œil à l’histoire de ces maisons de jeunes.
Histoire et similitudes
Apparues dans les années 80, dans le sillage de la mort de Franco et de la fin de la dictature, les gaztetxe représentent les espaces où se développent de nouvelles pratiques festives, et notamment autour du mouvement punk ibérique. Un style musical bien différent de celui développé par les murs de son à plus de 160 bpm. Pourtant, des similitudes lient ces deux espaces qui développent une certaine idée de la fête.
Échapper à la loi du marché
« Tout comme les free parties, les gaztetxe restent des lieux qui échappent à la logique mercantile des soirées. Ils sont autogérés et montés par des bénévoles, et ça, pour certains, c’est inconcevable », argumente Guilhem Da Costa. Une idéologie qui se matérialise notamment lors des Fêtes de Bayonne où, depuis 2013, les jeunes du gaztetxe Zizpa développent un modèle alternatif eukaldun, populaire et transféministe place Patxa. « Il fallait un lieu où la jeunesse puisse se reconnaître. Au début nous avions juste un bar extérieur. Aujourd’hui il existe une programmation sur les cinq jours, poursuit-il avec fierté. Nous nous sommes imposés et elles sont désormais acceptées et reconnues. » Une preuve, selon lui, que les jeunes sont capables « de bien faire les choses ».
Guilhem Da Costa a été membre de l’assemblée de jeunes de Bayonne. Il a participé à la mise en place des Fêtes alternatives place Patxa, organisées lors des Fêtes de Bayonne. Inès Dillet Kimetz Perez, âgé de 23 ans, a rejoint les rangs de cette assemblée de jeunes à ses 16 ans. Pour lui, cette étape a représenté son passage à l’âge adulte. « C’était une évidence pour moi. Le fait de vouloir proposer une vision de la ville qui nous ressemble est plus qu’une simple responsabilité. Si l’on n’existait pas, cela fermerait la porte à tout un pan alternatif. » Le lieu situé quai de Lesseps est géré par le gaztetxe mais l’espace est partagé avec d’autres associations, pour des conférences ou expositions notamment.
Organisation horizontale
Aujourd’hui composée d’une dizaine de membres actifs, la gazte Asanblada (assemblée de jeunes) a pour mot d’ordre une organisation horizontale. « On se réunit tous les vendredis pour traiter toutes les demandes concernant le prêt du lieu. Des personnes vont avoir certaines responsabilités en fonction de leur appétence, comme la trésorerie. » Les décisions, prises collégialement, répondent aussi à certaines règles intangibles : la structure doit rester entre les mains des jeunes pour éviter les relations de pouvoir.
Un modèle à défendre
Un mode de gestion collectif, assez unique en son genre : « À partir du moment où les pouvoirs publics accompagnent cette expression de la jeunesse, et lorsqu’il y a une écoute et du respect mutuel, les choses se passent au mieux, argumente Guilhem Da Costa. Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir quelques accrocs, mais je pense que du côté des gaztetxe, et comme cela doit l’être pour les free parties, le but n’est pas de causer du désordre envers le pouvoir public. » « On a de la chance d’avoir ce type de structure », déclare de son côté Kimetz Perez. Mais pour lui, ces espaces doivent être défendus pour continuer d’exister. « Nous les avons obtenus grâce à nos revendications. Il n’y a jamais d’acquis et l’on doit véhiculer ces valeurs d’inclusivité et de tradition. » Une d’entre elles constitue d’ailleurs une certaine vision de la fête. « En quelque sorte, ces événements sont des renversements de la société. Tout le monde vient pour la même raison, de façon horizontale et en s’affranchissant de barrières sociales. »



