Près de 200 personnes se sont rassemblées sous la pluie ce mercredi 13 mai, dans la matinée, pour manifester leur désarroi face à la fermeture annoncée du centre social Cap’de tout à Mazères-Lezons. Un épilogue causé par le désengagement financier de plusieurs communes.
Un cortège funèbre pour une structure vieille de 41 ans
« Cap’de tout, mais pas sans sous », affichait la première banderole du cortège d’habitants. Derrière, les huit salariés et les administrateurs bénévoles du centre social marchaient sous la pluie à la suite d’un imposant cercueil noir. Quarante et une années après l’ouverture de la structure, ils s’apprêtent à la fermer définitivement fin juin. En cause, un manque de financement des partenaires, hormis celui de la CAF. Il n’y a donc plus d’argent dans les caisses de l’association Cap’de tout, qui intervient également à Rontignon, Uzos, Meillon et Gelos.
Des charges en hausse, des recettes en baisse
À l’instar de nombreux centres sociaux à travers l’Hexagone, celui de Mazères-Lezons a vu ses charges augmenter considérablement ces dernières années, tandis que les recettes d’activités chutaient. Celui de Mourenx s’était inquiété pour son avenir l’an dernier et la structure de Monein traverse elle aussi la tempête actuellement. Avec un déficit de 56 000 euros fin 2023, les administrateurs alertaient déjà les financeurs : les communes, le Département et la Caisse d’allocations familiales.
Le désengagement de trois communes
Un an plus tard, ils affichent leur volonté de fermer l’accueil de loisirs, secteur particulièrement déficitaire, mais finissent par poursuivre jusqu’à fin 2025 « sous la pression de la mairie ». L’année de trop, estiment les administrateurs. Le déficit de l’accueil des pitchouns est financé par la trésorerie de l’association qui termine l’année avec une perte de 82 000 euros. La fermeture de l’accueil de loisirs est désormais actée. Et l’année 2026 s’annonce avec les plus grandes difficultés.
« Sur les 30 000 euros sollicités auprès de la commune pour financer nos activités, seuls 8 000 euros ont été votés », livrent les administrateurs. Meillon et Uzos sont au rendez-vous avec respectivement 9 000 et 2 000 euros, comme espéré, mais Gelos et Rontignon n’attribuent pas le moindre centime au budget de l’année. Un désengagement des communes qui poussent les neuf administrateurs bénévoles à démissionner le 30 avril, lors du second comité des financeurs.
Le Département retire son enveloppe
Lors de cette réunion de la dernière chance, le Département retire à son tour son enveloppe de 36 000 euros « faute de plan d’action » du centre social. Durant le week-end du 8 mai, le maire Roger Pédeflous diffuse un tract dans les boîtes à lettres des habitants mettant en cause la gestion de l’association et l’opacité de ses comptes. « L’association fait une présentation analytique des comptes chaque année », dément la directrice Élodie Deleris. Les élus de Mazères-Lezons siègent par ailleurs au sein du conseil d’administration.
« Le déficit n’est pas dans nos chiffres, il est dans le courage des financeurs »
Présent sur le marché ce mercredi matin, le maire Roger Pédeflous n’a pas souhaité venir s’exprimer au micro du rassemblement, place de la fontaine, en dépit de l’invitation scandée par la foule. Près de 200 personnes se sont rassemblées sous la pluie afin d’écouter usagers, salariés et administrateurs du centre social. Une pétition en ligne recueille en outre déjà près de 1 200 signatures.
« Nos comptes sont sains, transparents et certifiés par un commissaire aux comptes », plaide la vice-présidente Élisabeth Lahore. À la tribune, les administrateurs ne cachent pas leur désarroi face à cette impasse financière et au « mépris » des élus municipaux. « Le déficit n’est pas dans nos chiffres, il est dans le courage des financeurs. Nous assurons des missions de service public, mais ceux qui devraient les financer se dérobent et nous coupent les vivres ». Tous déplorent la mise à sac du lien social généré par le centre Cap’de tout.
La commune prendra le relais
« Le rôle d’un maire, c’est de faire du social. Surtout à l’époque que nous vivons », lance Patrick Buron, maire de Meillon. Seul élu présent parmi les communes bénéficiant des services de Cap’de tout, Patrick Buron souligne l’action bénéfique de ses salariés et bénévoles sur son village. « Pour nous, c’est vital. Si demain vous n’êtes plus là, je ne sais pas comment nous ferons ». La maire d’Idron, comme une adjointe de Billère sont également venues témoigner de la nécessité de sauver ce centre social.
Le conseiller départemental de gauche, Patrice Baduel, dénonce quant à lui « un projet savamment orchestré pour démanteler cette structure. C’est scandaleux. Ces élus abandonnent la solidarité, le lien social, la parentalité, l’intergénérationnel et l’animation de leur territoire ». Avec une quarantaine d’activités sportives et culturelles et près d’une centaine d’événements sur le territoire, le centre social est fréquenté par 700 familles et 876 usagers de France Services.
Quelques habitants sont ainsi venus au micro, des sanglots dans la voix et les yeux rouges, témoigner de l’importance de la structure dans leur vie. Qui pour la poterie, le dessin, le soutien scolaire ou les sorties à la montagne notamment. « C’était tellement bien, on était tellement heureux ensemble », livre Marie. « Et on va faire quoi maintenant ? », interroge une septuagénaire. « Si les administrateurs confirment leur démission et la fermeture de l’association, la mairie prendra ses responsabilités. Comme pour le centre de loisirs, nous proposerons une solution pérenne pour maintenir les activités sociales, culturelles et sportives », assure le maire.



