Espelette : deux secrétaires de mairie, quarante-trois ans de dévouement au service des habitants
À la mairie d’Espelette, Maite Halty et Christine Douchet accueillent les habitants depuis quarante-trois ans, un engagement qui fait d’elles des piliers incontournables de la vie municipale. « Il faut aimer les gens », confient-elles avec simplicité, résumant ainsi la philosophie qui guide leur travail au quotidien. Bien que réticentes à être mises en avant, elles ont accepté de partager leur histoire, témoignant d’un métier où l’humain prime sur l’administration.
Une complicité forgée dans le temps et le quotidien
Les deux femmes, entrées en poste à l’âge de 19 ans, ont tissé une relation qui dépasse largement le cadre professionnel. « J’ai passé plus de temps avec Maite qu’avec mon mari ! », plaisante Christine Douchet, qui s’apprête à prendre sa retraite dans quelques jours. Maite Halty, quant à elle, restera encore un an, le temps d’accueillir un cinquième maire. Leur complicité est telle qu’un simple regard suffit pour savoir qui doit s’occuper d’un visiteur entrant à la mairie.
Au fil des décennies, elles ont vu défiler des centaines d’événements de la vie locale : naissances, deuils, mariages, et mille autres histoires. « La vie des gens, quoi », résume Maite, soulignant ainsi l’essence même de leur métier. Leur bureau, situé dans les pierres médiévales du château des Barrons, est un lieu familier où les habitants se sentent chez eux, tout comme les deux secrétaires qui y travaillent.
Factotums dans un village aux multiples facettes
Dans une petite commune comme Espelette, le rôle de secrétaire de mairie est polyvalent. « On ne fait jamais la même chose », explique Maite, passant d’un extrait de naissance à des questions agricoles ou d’urbanisme. Contrairement aux grandes villes dotées de services spécialisés, ici, elles doivent tout gérer, des clés du terrain de foot aux dossiers administratifs les plus complexes.
Leur enracinement local renforce ce lien unique avec la population. Maite, « fille de commerçants de ‘La Rue’ », est née à Espelette, tandis que Christine vient de Sare, à 14 kilomètres. Toutes deux arrivent parfois en retard à la mairie, retardées par des rencontres impromptues lors de leurs trajets à pied. « On croise un tel, un autre… », racontent-elles, illustrant ainsi leur intégration parfaite dans le tissu social.
L’évolution technologique et les souvenirs d’un autre temps
Leur carrière a été marquée par d’importantes transformations, notamment sur le plan technologique. Elles se souviennent avec amusement de l’époque du « bottin » et du téléphone unique qui sonnait au fond de la mairie, obligeant à cavaler pour décrocher à temps. Aujourd’hui, l’ère du numérique et des smartphones a accéléré les attentes, avec des demandes immédiates et des relances incessantes.
Mais les souvenirs les plus marquants remontent à l’« âge du feu », avant l’installation du chauffage central en 2000. « L’hiver, notre premier travail en arrivant, c’était d’allumer la cheminée. Je vous jure ! », s’exclame Christine, évoquant une époque où l’odeur de fumée remplaçait les parfums du matin. Elles ont aussi connu la machine à écrire mécanique, symbolisant un temps où l’immédiateté n’était pas encore la norme.
Le contact humain au cœur de leur mission
Malgré les changements, Maite et Christine insistent sur l’importance du contact direct avec les habitants. « Ce contact, c’est le plus important », affirme Maite, refusant le terme trop sec d’« administrés ». Elles écoutent, conseillent, et servent de lien essentiel entre la population et les élus, connaissant intimement les joies et les peines de chacun.
Leur discrétion et leur empathie les ont amenées à vivre des moments forts, comme cette nuit où elles ont dû rédiger un arrêté d’internement pour protéger un homme et sa fille. Mais ce sont souvent les « petites choses » qui les marquent le plus, comme ce vieux monsieur venu avec une photo de son chien décédé, cherchant désespérément un lien avec un chiot parti à Espelette.
Une retraite approchant, mais un héritage durable
Alors que Christine s’apprête à prendre sa retraite et que Maite la suivra dans un an, les habitants expriment leur surprise : « Déjà ! ». Quarante-trois ans ont passé comme un souffle, portés par une passion sincère pour les autres. « Il faut aimer les gens, sinon on ne reste pas là tout ce temps », conclut Christine, tandis que Maite ajoute : « Ça aurait été long… de facto, ça ne l’a pas été ».
Leur départ marquera la fin d’une ère, mais leur héritage de dévouement et de lien social restera gravé dans la mémoire d’Espelette, témoignant du rôle crucial des secrétaires de mairie dans la vie des villages.



