Villenave-d'Ornon : une croissance démographique qui transforme la ville
Les chiffres publiés par l'INSEE en décembre dernier ont révélé une transformation profonde de Villenave-d'Ornon. Entre 2017 et 2023, cette commune de la seconde couronne de l'agglomération bordelaise a accueilli 8 455 nouveaux administrés, représentant une augmentation spectaculaire de 24,8% de sa population. Cette croissance fulgurante, qualifiée de « petit séisme à l'échelle de la commune », s'explique principalement par l'explosion du nombre de logements autorisés durant cette période.
Le boom immobilier des années 2010
Les années 2017 et 2018 ont marqué un pic avec plus de 3 000 logements autorisés annuellement. Michel Poignonec, maire candidat à sa succession et premier adjoint à l'époque, explique cette dynamique : « La commune, située en seconde couronne de l'agglomération, avait du foncier disponible. Il y avait aussi des moyens importants pour la construction à ce moment-là et on était encore sur l'idée de : moins construire égale crise. »
Cette période a profondément modifié le paysage urbain. Stéphanie Anfray, candidate de l'opposition socialiste aux prochaines municipales, constate : « La ville a changé de physionomie, elle est passée d'une majorité de maisons individuelles dans les années 2010 à une majorité d'appartements. »
Un coup de frein après 2018
La densification à marche forcée a occupé les débats de la campagne électorale de 2020. Depuis, la municipalité a volontairement ralenti le rythme. Michel Poignonec affirme : « Nous avons eu la volonté politique d'appuyer sur le frein, en concertation avec les opérateurs et les vendeurs. Nous avons atteint notre vitesse de croisière. »
Les chiffres confirment cette décélération :
- 166 constructions en 2023
- 157 constructions en 2024
- 120 constructions en 2025
Le maire reconnaît cependant les limites de l'action municipale : « La population a du mal à accepter cette pression foncière. On a mis en place des outils internes pour juguler les appétits, avec Bordeaux Métropole et nos voisins. On a écrit noir sur blanc ce qui est acceptable, ou pas, pour les terrains qui restent disponibles. Mais cela n'a qu'une valeur indicative... » Les maires disposent en effet de peu de leviers pour contrer cette pression dans le contexte tendu du logement en métropole bordelaise.
Le débat sur l'accompagnement de la nouvelle population
Le débat politique actuel à Villenave-d'Ornon se concentre désormais sur l'accompagnement de cette nouvelle population. Stéphanie Anfray critique ce qu'elle considère comme un manque de vision : « Certains nouveaux quartiers n'ont pas de pharmacie ! On est face à une répartition inégale des services, à un manque de salles de sport et pour les associations. Il y a aussi la question des mobilités, de la nature en ville, etc. Il manque une vision sur le moyen et le long terme. »
Michel Poignonec défend au contraire l'action anticipatrice de la municipalité : « On a construit une école de 14 classes dans le quartier du Bocage, avant l'arrivée des habitants. On nous a reproché qu'elle était à moitié vide, elle s'est remplie depuis, on ne refuse personne. »
Les deux candidats s'accordent cependant sur la complexité de s'adapter aux nouveaux usages des habitants. L'évolution des structures familiales, avec l'augmentation du nombre de familles monoparentales, et les changements dans les habitudes de consommation, avec une préférence pour les commerces de proximité plutôt que les grandes surfaces, représentent des défis communs pour l'avenir de la commune.



