Urrugne, entre mer et montagne, confrontée à un défi d'urbanisme majeur
Plus vaste commune de la Côte basque avec ses 50,57 km², Urrugne présente un territoire exceptionnel mais strictement encadré. Son étendue, qui en fait la quatrième commune du Labourd, s'étire des falaises atlantiques au nord jusqu'aux premiers contreforts des Pyrénées au sud. Cette configuration géographique unique place la commune au cœur d'un paradoxe : disposant d'un vaste espace, elle se trouve pourtant fortement limitée dans ses possibilités de développement urbain.
Quarante ans de contraintes législatives
Depuis quatre décennies, Urrugne est soumise aux lois Montagne et Littoral, adoptées respectivement en 1985 et 1986. Ces textes imposent que l'urbanisation se fasse exclusivement en continuité des zones déjà bâties, préservant ainsi les espaces naturels, les rivages, les zones d'altitude et les terres agricoles. Concrètement, les constructions ne sont autorisées que dans les zones identifiées comme agglomérées : le centre-bourg et certains quartiers comme Olhette ou Béhobie.
Le maire sortant Philippe Aramendi, candidat à sa succession sur la liste Elgarrekin, explique cette réalité avec franchise : « Je ne peux plus délivrer de permis de construire en dehors de ces zones grises. Si je les donne, ils seront systématiquement attaqués puis annulés par le préfet devant le tribunal administratif. » Il ajoute : « Le système de la maison individuelle, dans lequel les parents conservaient des terres pour les léguer à leurs enfants, est terminé à Urrugne. Ce n'est plus possible. »
Densification intelligente versus préservation du patrimoine
Face à ces contraintes, Philippe Aramendi prône une densification intelligente des zones déjà urbanisables, favorisant l'habitat collectif plutôt que l'individuel. Cette approche suscite cependant des tensions dans la commune, notamment concernant la hauteur des bâtiments, certains projets envisageant jusqu'à R+3.
Martine Mignot-Carmé, tête de liste de Du cœur et des actes, exprime de fortes réserves : « Je souhaite conserver l'habitat traditionnel basque et privilégier les petites structures. Je ne comprends pas qu'on puisse faire des constructions de 15 mètres avec toit-terrasse. » Elle reconnaît pourtant le dilemme : « Tout le monde veut des logements mais pas à côté de chez lui. C'est un casse-tête. »
Mixité sociale et développement équilibré
La question du logement dépasse la simple construction. Martine Mignot-Carmé défend une mixité des formes d'habitat, combinant logement social, bail réel solidaire, accession maîtrisée et libre, s'opposant ainsi au « 100% social ». Elle souligne la difficulté de concilier les besoins des jeunes cherchant à se loger avec la préservation de l'identité communale.
Sébastien Etchebarne, tête de liste de Vivons Urrugne autrement, propose quant à lui une urbanisation maîtrisée et prioritairement concentrée sur les tissus urbains existants. Il envisage une densification ciblée, proche des transports, commerces et équipements, accompagnée de mesures favorisant le dynamisme économique, sportif et culturel de la commune.
Un enjeu de souveraineté alimentaire
Au-delà du logement, ces contraintes urbanistiques préservent des espaces naturels et agricoles essentiels. Philippe Aramendi souligne que ces lois permettent à Urrugne de rester la seule commune côtière disposant encore de vastes zones agricoles, cruciales pour sa souveraineté alimentaire. La commune a d'ailleurs mis en place une ferme municipale alimentant les écoles publiques durant le mandat actuel.
Alors que les élections municipales de mars approchent, le débat sur l'avenir urbain d'Urrugne s'intensifie. Les candidats doivent naviguer entre :
- La nécessité de répondre à la crise du logement
- Le respect strict des lois Montagne et Littoral
- La préservation du patrimoine naturel et architectural
- Le maintien d'une identité basque forte
- Le développement économique et social équilibré
Cette situation complexe illustre le défi auquel sont confrontées de nombreuses communes littorales et montagnardes françaises, tiraillées entre développement nécessaire et préservation indispensable de leur environnement exceptionnel.



