Street-art en Cévennes : le pari réussi du MIAOU à Bessèges
Street-art en Cévennes : le MIAOU à Bessèges

Le street-art s'invite à la campagne et rencontre un succès inattendu dans les Cévennes, grâce à l'association MIAOU (Musée Intercommunal d'Art Ouvert et Urbain) basée à Bessèges, dans le Gard. Ce projet artistique a redonné des couleurs à d'anciennes petites cités minières sinistrées, transformant leurs murs en véritables galeries à ciel ouvert.

Un bateau pour mémoire

La première fresque, réalisée par l'artiste Nubian, représentait un vieux rafiot à la coque défraîchie. Si l'artiste n'avait pas conscience de la symbolique locale, les habitants y ont vu une évocation de leur glorieux passé minier, lorsque le charbon de Bessèges alimentait les navires de l'arsenal de Toulon. Matthéa Jacomet, cofondatrice du MIAOU avec son mari Bruno, commente : « Les artistes sont libres et le public aussi. Mais notre devise étant "du passé faisons notre avenir", c'est très bien que les gens interprètent à leur idée. »

Un potentiel artistique insoupçonné

Bessèges, qui comptait près de 12 000 habitants à l'époque industrielle, n'en compte plus que 2 600 aujourd'hui. Les longues rues bordées de logements vides et de bâtis industriels abandonnés offrent pourtant un support idéal à la créativité. « Ces murs… voilà un formidable support à la créativité », s'enthousiasme Matthéa. Le couple, héritier d'une lignée d'imprimeurs d'art au pochoir, a su convaincre la municipalité et la communauté de communes de soutenir le projet.

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Des artistes bénévoles mais engagés

Les artistes invités ne sont pas rémunérés, mais logés et nourris. Certains animent des ateliers avec les habitants, créant des liens précieux. « Nous avons eu de très beaux moments, dans les écoles, ou auprès de personnes en situation de handicap », raconte Matthéa. Fin novembre, l'artiste Polar (Olivier Kenneybrew) viendra peindre à l'Ehpad La Maison de Secours. Peu à peu, les artistes sollicitent eux-mêmes le MIAOU, et beaucoup abandonnent leur pseudonyme pour signer de leur vrai nom, comme le Montpelliérain Arkane (Arnaud de Jésus Gonçalves) qui a réalisé une œuvre saisissante à Molières-sur-Cèze.

Des fresques qui ouvrent des fenêtres

Au-delà du passé minier, les fresques offrent des visions du monde variées. L'Espagnole Rosetta a peint une cavalière sur fond de montagnes, rendant hommage aux Cévennes sans tomber dans le folklore. « On a voulu ouvrir des fenêtres sur d'autres visions, d'autres regards », explique Matthéa. Les habitants apprécient : « Merci, vous avez apporté de la couleur », entend-on souvent. Le bailleur social Un toit pour tous, qui a confié de nombreux murs au MIAOU, souligne l'impact positif sur la cohésion sociale et l'image du quartier.

Un circuit touristique reconnu

Bessèges a imaginé un circuit touristique autour de ses fresques, classé parmi les 8 plus beaux circuits de street-art en France par le site Easy voyage. La résidence HLM du quartier de Lalle est devenue la « résidence des tigres » après le passage de l'artiste Le Long en 2021. Des visiteurs, comme Jean-Claude et Patricia, venus en cure thermale, suivent le circuit avec un flyer en main. « C'est tellement plus joli qu'un mur gris », confient-ils.

Ainsi, le MIAOU, véritable félin des Cévennes, continue de transformer la région, prouvant que l'art peut revitaliser même les territoires les plus sinistrés.

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