Le Haillan : le nouveau maire suspend la ZAC Cœur de ville
Le Haillan : le maire suspend la ZAC Cœur de ville

Une suspension immédiate

À peine installé, le nouveau maire de la commune Éric Poulliat stoppe le déploiement de la ZAC Cœur de ville qui devait changer le visage urbain du centre. Il entend renégocier le contenu avec Bordeaux Métropole et la FAB, l’aménageur public. La zone d’aménagement concerté (ZAC) Cœur de ville du Haillan est suspendue. « Le moratoire est acté », confirme Éric Poulliat, nouveau maire de la commune qui avait fait de cette mesure une promesse de campagne. « Une des premières choses que j’ai faites en arrivant, c’est de rencontrer les services métropolitains pour parler du plan de circulation et de la ZAC. J’ai dit stop, j’arrête tout. Rien ne sera signé tant qu’on n’aura pas rediscuté du contenu avec la FAB et la Métropole. J’ai aussi échangé avec Michel Labardin, vice-président en charge de l’urbanisme. Je l’ai senti réceptif. »

Un projet de longue date

Créée par délibération le 27 octobre 2017, la ZAC du centre-ville prévoit la construction de 500 logements ventilés sur neuf îlots, 1 000 m² d’activités, de commerces et des espaces publics. Le tout sur une superficie de 4,3 hectares à proximité de la mairie. Mais près d’une décennie d’instruction plus tard, aucun immeuble n’est encore sorti de terre. Covid, renchérissement du prix des matériaux, crise de la construction : l’ancienne majorité ne manque pas d’arguments pour expliquer les multiples retards.

Une révision en profondeur

Éric Poulliat entend revoir le cahier des charges. « Je suis contre un projet de 500 logements avec des hauteurs de bâtiments allant jusqu’à R + 5, tranche-t-il. Nos orientations sont très claires : redescendre à 250-260 logements et faire du R + 3 maximum. Un centre-ville pas trop haut, aéré et à taille humaine qui respecte le choix des Haillanais et l’identité de la commune », recadre l’élu, soucieux d’attirer notamment de jeunes couples primo-accédants. Il ne voit pas dans la ZAC un outil de densification urbaine adapté à une commune de 12 000 habitants. Et de résumer : « On ne vient pas au Haillan pour avoir du Mérignac. »

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Un équilibre à trouver

L’édile plaide aussi pour un rééquilibrage entre part sociale et logements privés afin d’alléger la charge financière de la collectivité. Dans sa version actuelle, la ZAC table sur 35 % de logements locatifs sociaux, 25 % d’accession sociale (à prix maîtrisé) et 40 % d’accession libre.

Les réactions de l’opposition

L’ex-maire Andréa Kiss, désormais élue d’opposition, considère que « demander à la FAB et à Bordeaux Métropole de lever le stylo pour réétudier quelques détails du projet est techniquement possible. Par contre, sortir de la ZAC ou la revoir de fond en comble s’avère plus compliqué. Tous les terrains ou presque ont été acquis, explique-t-elle. Des procédures sont en cours. La FAB assure le portage foncier pour le compte de la commune et de la Métropole. Tout cela a un coût considérable. Sans compter l’argent dépensé en études. »

L’îlot 7 était le projet le plus avancé. Porté par le bailleur Aquitanis, il prévoyait la construction d’une résidence intergénérationnelle de 74 logements destinés en majorité aux seniors. Une maison d’assistance maternelle devait aussi voir le jour, ainsi qu’un local commun que le centre communal d’action sociale (CCAS) s’était proposé d’animer. En l’état, le maire maintient qu’il ne signera pas le permis de construire.

Des inquiétudes sur le logement social

Selon Andréa Kiss, une refonte profonde de la ZAC, voire son abandon, est irréaliste. Pressé de faire des économies, « Bordeaux Métropole ne laissera pas faire, dit-elle. Cela supposerait de dédommager l’aménageur et de remettre les fonciers très chers sur le marché. Aucun programme ne peut sortir dans ces conditions, sauf à autoriser des opérations privées encore plus denses. Je ne vois pas comment ce bouleversement pourrait atterrir d’un point de vue juridico-financier. »

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Elle craint que son successeur ne soit en train de « se tirer une balle dans le pied ». En faisant capoter la ZAC, Le Haillan risque de s’éloigner de ses obligations en matière de logement social (quota de 25 %) au titre de la loi SRU. « Le taux est actuellement de 22 %. Nous devrions payer 65 000 euros de pénalités cette année. Et on a 600 demandes de logement en attente rien qu’au CCAS. »

La réponse du maire

Éric Poulliat n’entend pas endosser la responsabilité de cette situation. Il y voit surtout le bilan des douze années de mandat de sa prédécesseure. « D’autres ZAC ont déjà été arrêtées en France », assure-t-il. « Madame Kiss a une vision fantasmée de la ville qui fonctionne sur le papier, mais uniquement sur le papier. Concrètement, cela donne un centre invivable, “insecure” [anxiogène, NDLR], un trafic congestionné et un stationnement impossible. Comme pour le plan de circulation, elle fait, et c’est aux gens de s’adapter. »