La Grande-Motte : les défis du projet ville-port face à la montée de la mer
La Grande-Motte : les défis du projet ville-port

Le projet ville-port de La Grande-Motte, dans l'Hérault, réorganise la station balnéaire dans l'esprit de l'architecte fondateur Jean Balladur. De la mission Racine qui l'a vue sortir des marécages à la fin des années 1960 à cet horizon 2050 désormais fléché, La Grande-Motte veut se réinventer. Pour la station balnéaire héraultaise, il s'agit de passer de la grande « moche » à la grande « mode » via son projet ville-port, longtemps retardé pour cause de crise Covid puis énergétique, mais aussi pour des enjeux environnementaux, et aujourd'hui enfin lancé pour un coût évalué à 70 millions d'euros.

Retrouver l'ADN de Jean Balladur

« En 2008 quand j'ai été élu, l'image de la ville était ternie. On avait presque honte de notre architecture décriée par certains médias, il fallait retrouver notre ADN, celui de notre architecte en chef Jean Balladur », rembobine le maire Stéphan Rossignol. Les fameuses pyramides étaient parfois jugées vieillottes, « elles sont aujourd'hui comparées à l'œuvre d'Oscar Niemeyer à Brasilia ou Le Corbusier à Chandigarh », se réjouit l'élu. L'idée : retrouver l'esprit de La Grande-Motte à travers le développement du port, central, autour duquel se sont érigées les fameuses pyramides. Le creusement de deux nouveaux bassins pour 400 anneaux supplémentaires a été remisé et l'effort se porte non plus sur le déplacement de la digue, mais son renforcement, face à l'inévitable montée du niveau de la mer.

Relever la digue face à la montée des eaux

« On va relever la digue », annonce Stéphan Rossignol, de l'ordre de 1 m à 1,4 m. « Mais grâce à Jean Balladur, architecte visionnaire, on sait que La Grande-Motte sera la moins impactée par l'érosion du trait de côte : la station a été surélevée à sa création. » Par ailleurs, l'aire de carénage va être rénovée « avec une boucle d'eau de réutilisation, de quoi économiser 6 000 m³ par an, et des bornes intelligentes seront installées pour commander finement l'eau et l'électricité des bateaux », complète Amélie Bohun, directrice déléguée de L'Or aménagement en charge du projet.

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Végétalisation et espaces piétons

Par ailleurs, 1,2 hectare va être redonné aux piétons et aux cycles, et les surfaces plantées multipliées par quatre : « nous avons modélisé une baisse de la température ressentie de 4 °C grâce à cette végétalisation », poursuit Amélie Bohun. De ce projet ville-port, quai et avenue le long de la mer ont déjà été rénovés, et un parking d'entrée de ville de 800 places gratuites a été créé.

Bureau du port et halle nautique

À venir désormais : un bureau du port et une halle nautique de 3 000 m² à travers la rénovation de la presqu'île Baumel, « le cœur opérationnel du port. Nous allons incarner la destination à travers ces deux créations », annonce la directrice de L'Or aménagement. Le bureau du port de 50 m de long (1 000 m² d'accueil, sanitaires, locaux d'activités, ateliers techniques et maintenance, un local commercial à l'étage) est l'œuvre de Jean-Yves Demuyter, architecte de l'agence nîmoise Oda : « nous avons voulu retraduire l'esprit balladurien en travaillant sur les courbes, signature de La Grande-Motte, avec au milieu une partie ouverte et de la transparence vers les dunes », indique-t-il. L'objectif est de démarrer mi-octobre les travaux et de finir en novembre 2027.

Emmanuel Dujardin, lui, est l'un des architectes de la future halle nautique, de l'agence Rougerie+Tangram, comprenant six cellules (espaces de réparation, maintenance, exposition de matériels). Il a voulu avec ce bâtiment de 9 m de haut « dialoguer avec la géométrie, des formes fluides avec cette idée de triangulation, de couleur blanche et de transparence ». La livraison est espérée en 2028.

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La Colline : 250 logements abordables

La dernière touche du projet est attendue à partir de 2030, se nomme la Colline et prévoit la création de 250 logements, une idée encore défendue par la municipalité lors des dernières élections. « Nous sommes devenus la ville la plus “chère” d'Occitanie au m², entre 8 000 et 10 000 €, il y a une nécessité de faire des logements, le parc n'est pas suffisant », défend Stéphan Rossignol. Qui promet 45 % de ce parc abordable, en loyer ou achat, « trois fois moins cher que le marché », précise Amélie Bohun.

La Grande-Motte fera l'objet d'une exposition en octobre prochain à Brasilia.