Un terrain de 3,5 hectares qui cristallise les tensions à Hendaye
La parcelle du lieu-dit Moleres, d'environ 3,5 hectares située aux abords du centre-ville d'Hendaye, est devenue l'épicentre d'un débat municipal intense. Tout a commencé le 24 juillet 2025 lorsque des riverains, réunis lors d'une réunion publique, ont découvert avec effroi que le promoteur Alday envisageait d'y construire 242 logements.
Secoués par cette révélation, les habitants ont immédiatement fait monter la pression sur le maire sortant Kotte Ecenarro, qui a finalement refusé le permis de construire le 11 août suivant. Depuis cet événement déclencheur, les opposants se sont structurés en association baptisée Molereskoak, qui compte aujourd'hui près de 90 adhérents déterminés à ne pas lâcher prise.
Le collectif Molereskoak interpelle les candidats
À l'approche des élections municipales, le collectif a décidé d'interroger les trois têtes de liste hendayaises. Les riverains, qui affirment avoir eu vent que « d'autres projets immobiliers sont à l'étude », souhaitent connaître « leur vision de l'avenir de ce terrain dans un contexte d'urbanisation massive de la commune ».
Cette initiative citoyenne met en lumière les profondes divergences qui existent entre les candidats quant au devenir de cette parcelle stratégique, alors que la pression foncière ne cesse de s'accentuer dans cette cité frontalière.
Trois visions radicalement différentes pour Moleres
Laetitia Navarron, représentante de la liste « gauche et citoyenne » Hendaia Biltzen, défend avec fermeté le classement du terrain en zone agricole dans le Plan local d'urbanisme. Pour cette candidate qui milite parallèlement pour la production de logements accessibles, « la question du projet Moleres ne peut pas être prise de manière isolée ».
Elle explique : « Elle fait partie d'une vision plus globale de limitation d'artificialisation des sols au profit d'une revitalisation de l'existant ». Concrètement, son équipe préconise de réhabiliter les friches et dents creuses à d'autres endroits plutôt que de toucher à cette prairie. Le collectif Molereskoak synthétise ainsi sa position : « La stratégie du groupe est de réaliser une modification simplifiée de l'Orientation de l'aménagement et de la programmation du terrain Moleres, en vue de repousser son application jusqu'au prochain PLUI, dans le but de le classer en agricole ».
Entre pause immobilière et construction accélérée
Tristan Proteau, candidat de Vivre Hendaye et adhérent Les Républicains, adopte une position plus nuancée. Il « n'écarte pas la possibilité d'étudier la question du classement en agricole du terrain Moleres », mais considère surtout que des « verrues immobilières » se sont multipliées ces dernières années à Hendaye.
Durant sa campagne, il a annoncé vouloir remettre en cause la loi SRU avec un collectif de maires, jugeant la ville trop densément urbanisée. Il propose d'élargir le périmètre du calcul des 25% de logements sociaux obligatoires à une « unité territoriale » englobant aussi Urrugne et Biriatou. En attendant, il soutient la mise sur pause de « tout nouveau projet immobilier » et prône la création « d'ateliers de concertation entre les riverains et les différents acteurs ».
À l'opposé, le maire sortant Kotte Ecenarro et son adjointe à l'urbanisme Chantal Kehrig-Cottençon estiment qu'un « changement de destination du terrain en agricole n'est pas possible et une modification de l'OAP pas envisageable ». Le premier édile socialiste rappelle : « Ce terrain est classé en constructible depuis un arrêté préfectoral de 1978 ».
Son adjointe précise : « Repartir en agricole sur ce terrain ne nous paraissait pas logique. Il faudrait une modification du PLU dans l'intégration du PLUI. Et là on est parti sur 10-12 ans ». Ils ont même confié aux habitants que le promoteur Alday commençait à réfléchir à un nouveau projet de 150 logements, ce qui resterait encore trop selon eux.
Des positions divergentes au sein d'une même liste
La situation se complexifie au sein de la liste Hendaye ensemble - Hendaia Elgarrekin, alliance entre la majorité de gauche sortante et le groupe d'opposition Goazen Aitzina. Le collectif Molereskoak constate qu'« aucune position commune » ne se dégage de cette union électorale.
La composante communiste de la liste, incarnée par Laurent Tariol, se prononce pour la construction de 250 logements comme inscrit dans l'OAP, tout en reconnaissant que le projet initial soulevait des problèmes d'accès et de stationnement.
Le nouvel allié Pascal Destruhaut adopte quant à lui une position plus prudente. Il se déclare favorable « à ce que la faisabilité du changement de destination du terrain en agricole fasse l'objet d'une étude approfondie ». À défaut, il souhaiterait, après concertation, que ce terrain puisse avoir plusieurs vocations : aménagement d'espaces verts, création d'un centre d'accueil de jour pour soulager les aidants, et construction de maisons individuelles.
Un enjeu qui dépasse le simple cadre local
Ce débat autour du terrain de Moleres dépasse largement le cadre hendayais et interroge plus globalement les modèles de développement urbain dans un contexte de pression foncière accrue. Les différentes positions des candidats reflètent des visions antagonistes de l'aménagement du territoire :
- Préservation des espaces agricoles contre artificialisation des sols
- Construction de logements contre limitation de l'urbanisation
- Application stricte de la loi SRU contre adaptation territoriale
- Décision verticale contre concertation citoyenne
Le collectif Molereskoak, qui s'est donné rendez-vous avec les élus après les élections pour « co-construire un tout nouveau projet » en cas de réélection de la majorité sortante, incarne cette nouvelle exigence de participation citoyenne dans les décisions d'urbanisme. L'issue de cette bataille locale pourrait bien influencer les politiques d'aménagement bien au-delà des frontières hendayaises.



