Culture à Bordeaux : les candidats dévoilent leurs visions pour 2026
Culture à Bordeaux : les visions des candidats pour 2026

Culture à Bordeaux : les candidats aux municipales dévoilent leurs visions pour 2026

À quelques semaines du premier tour des élections municipales de 2026, les programmes des candidats sont désormais sur la table. Si les débats de campagne se concentrent souvent sur le logement, la sécurité ou la circulation, une question essentielle reste parfois reléguée en fin de tract : quelle place pour la culture à Bordeaux dans les prochaines années ? Au-delà des grands discours, la culture se révèle très concrète : prix d'un spectacle en famille, animation des quartiers, accès aux salles ou liberté de création. Nous avons confronté les principaux candidats au Palais Rohan à la réalité des Bordelais avec cinq questions pragmatiques. Voici comment ces prétendants à la mairie comptent orchestrer la vie culturelle de la ville pour les six prochaines années.

1. Liberté de programmation : le choc des valeurs

Face à une œuvre qui fait polémique, le maire doit-il s'immiscer dans la programmation ? Sur ce point, la rupture est totale. « Nous mettrons fin aux subventions pour les associations culturelles qui prennent des positions politiques », assume Julie Rechagneux (RN). Tandis que pour Pierre Hurmic (EELV), « la liberté de création est essentielle. La seule limite doit être celle de la loi ». Une ligne républicaine partagée par Thomas Cazenave (Renaissance) : « La responsabilité du maire, c'est de vérifier qu'on respecte bien la loi sur son territoire ». Et par Philippe Dessertine (Centre), qui rappelle que la liberté d'expression est « l'ADN français et celui de la ville de Bordeaux ». De son côté, Nordine Raymond (LFI) appuie fermement cette indépendance : « Ça n'a pas besoin d'être au goût des élus, tant que c'est dans le cadre de la loi ».

2. Le budget : sanctuariser, couper ou augmenter ?

Fait rare dans cette campagne, le maire sortant et son principal opposant tombent d'accord pour sanctuariser l'enveloppe culturelle. « Dans les périodes sombres, la culture est une vraie boussole », justifie Pierre Hurmic, rejoint par Thomas Cazenave qui estime que « la culture ne fait pas partie des domaines où il y a des dépenses inutiles ». Nordine Raymond va plus loin et signale qu'« en demandant la métropolisation de l'Opéra de Bordeaux, on peut dégager quelques millions en plus pour l'écosystème local ». Une approche purement publique qui tranche avec celle de l'économiste Philippe Dessertine. Ce dernier compte relancer de grands rendez-vous avec des financements extérieurs : « On doit se retrousser les manches et aller chercher l'argent qu'il manque. Les artistes ont de la valeur, on a besoin d'eux ». Julie Rechagneux, quant à elle, n'a pas répondu sur le maintien ou non de l'enveloppe globale.

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3. Attractivité, patrimoine ou arts vivants : quelle priorité ?

Faut-il faire de Bordeaux une capitale rayonnante ou cultiver son jardin local ? Thomas Cazenave veut utiliser le label Capitale européenne de la culture pour « se redonner une ambition collective » et fédérer les acteurs locaux. Une « course aux titres » que rejette le maire écologiste : « Il ne faut pas opposer culture d'élite et pratique quotidienne », argue Pierre Hurmic. Sans opposer ces deux visions, Nordine Raymond propose d'allier ambition et valeurs avec la création d'un « festival de la paix, basé sur l'humanisme et une politique mémorielle ». Ailleurs sur l'échiquier, Philippe Dessertine refuse de trancher : « Il faut faire tout à la fois ». Il propose ainsi de créer une foire d'art moderne pour « faire venir les artistes, les œuvres et, donc, les acheteurs », et de « faire rayonner encore plus l'Escale du livre ». Le candidat centriste souhaite également penser la culture avec le tourisme, tandis que Julie Rechagneux ramène la culture au terroir en promettant une « Fête des quatre saisons » permettant aux producteurs ruraux d'organiser des banquets.

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4. Sortir du centre-ville : une culture en bas de chez soi ?

Pour irriguer les quartiers périphériques et sortir de l'hypercentre, chacun a sa méthode. Thomas Cazenave veut optimiser les salles sous-exploitées, comme La Pergola à Caudéran, et souhaite « que demain, on puisse organiser la Fête du vin dans les différents quartiers de la ville », tout en renforçant la place des œuvres dans la rue. De son côté, Nordine Raymond pointe d'abord une urgence matérielle : il souligne que des quartiers comme les Aubiers, la Bastide ou Bacalan sont « très pauvres en équipements ». Le candidat LFI veut y créer des espaces pour laisser s'épanouir les initiatives habitantes. Pierre Hurmic privilégie, lui, le « hors les murs, en investissant encore davantage l'espace public ». Il entend développer les lieux de proximité et veut dédier une partie de la Bourse du travail aux pratiques amateurs, qui « se nourrissent des institutions ». Enfin, Philippe Dessertine défend une approche globale où la culture irrigue l'économie locale : « Pour qu'un quartier soit un vrai quartier, il faut de la culture, du sport, des commerces. On doit relancer les ateliers d'artistes ; les théâtres de poche ont une vie culturelle intense qui fait vivre tout un écosystème autour d'eux ».

5. Le pouvoir d'achat : la culture à quel prix ?

Comment alléger la facture culturelle des familles ? D'emblée, Julie Rechagneux promet d'augmenter le reste à vivre des ménages en baissant globalement la taxe foncière. Sur cette question, Philippe Dessertine assume quant à lui une ligne libérale : « Je ne suis pas sur la gratuité car pour moi, ce qui est gratuit n'a pas de valeur ». Il lui préfère un accès ciblé à 1 euro pour les jeunes, rappelant que « la culture est un ascenseur social ». Mais il refuse catégoriquement que « l'accès à la culture, d'ailleurs comme l'accès à la santé, comme l'accès à l'éducation, puisse être un problème financier ». Face à lui, Thomas Cazenave défend une mesure concrète en proposant « la gratuité des musées un deuxième dimanche par mois », là où Pierre Hurmic s'appuie sur la tarification sociale existante et le plan « 100 % éducation artistique » mené à l'école. Pour Nordine Raymond, la gratuité ne suffit pas : « L'accès à l'art, c'est aussi les transports, la médiation culturelle ». Le candidat insoumis veut d'ailleurs créer une « Maison municipale dédiée à l'enseignement des arts visuels et urbains ».