Accidents de trottinette : 79 morts en 2025, la gravité inquiète
Accidents de trottinette : 79 morts en 2025, gravité en hausse

Le bilan 2025 de la Sécurité routière fait état de 79 conducteurs d'engins de déplacement personnel motorisés (EDPm) morts sur les routes de France, contre 45 en 2024. Dans l'Hérault et le Gard, la gravité des accidents de trottinette électrique inquiète de plus en plus les médecins, en particulier face aux traumatismes crâniens, alors que le port du casque reste trop peu systématique et que le Code de la route est souvent bafoué.

Des accidents mortels à répétition dans la région

Un livreur d'une trentaine d'années est mort à Nîmes dans la nuit du 9 août après avoir été percuté alors qu'il circulait à trottinette. Le même jour, à Palavas-les-Flots, un homme de 35 ans, sans casque, a été grièvement blessé dans une collision avec une voiture. Fin juillet, un quinquagénaire est mort à Saint-Thibéry, percuté par l'arrière alors qu'il circulait sans protection.

Ces accidents graves, parfois mortels, relancent la question de la sécurité des trottinettes électriques, dont l'usage s'est largement banalisé dans les déplacements du quotidien ces dernières années.

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Un risque d'accident grave multiplié par 25 au-delà de 25 km/h

Au CHU de Nîmes, environ trois patients sont pris en charge chaque jour après un accident de trottinette, soit près de 1 000 par an. Leur nombre a peu évolué ces dernières années, mais les blessures sont devenues plus graves. Pour Thibaud Masia, urgentiste et responsable de l'Unité d'Hospitalisation de Courte Durée (UHCD), l'une des raisons tient à la puissance des engins : « Les trottinettes sont débridées et certaines peuvent rouler à 50 ou 60 km/h. À 60 km/h sur une trottinette, avec de petites roues et des freins qui ne sont pas étudiés pour ça, la moindre erreur peut avoir de graves conséquences ».

Dans l'Hérault, les appels au 15, liés aux accidents de trottinette, sont passés d'environ 50 en 2021 à près de 300 en 2025, selon une étude encadrée par July Joubault, médecin urgentiste au CHU de Montpellier. La vitesse est aussi déterminante. « On a un risque d'accident grave multiplié par 25 quand la vitesse dépasse 25 km/h », souligne July Joubault.

Des accidents largement sous-estimés

Depuis 2024, six personnes sont mortes et 138 ont été blessées dans l'Hérault dans des accidents impliquant un EDPm, dont 56 ont été hospitalisées. Dans le Gard, 57 accidents ont été recensés depuis 2021, faisant cinq morts et 53 blessés, dont 20 graves. Tous les décès ont eu lieu à Nîmes. Ces chiffres restent pourtant incomplets puisqu'ils ne prennent en compte que les accidents enregistrés par les forces de l'ordre. « La majorité des accidents ne causant que des blessés, amenés à l'hôpital ou non, passent sous nos radars », reconnaît la préfecture du Gard.

Autre limite : ces données concernent l'ensemble des engins de déplacement personnel motorisés, et pas uniquement les trottinettes électriques. Ces dernières représentent toutefois la grande majorité des engins impliqués dans les accidents recensés, selon la préfecture du Gard.

« Une fracture du crâne, ça tue »

Les blessures les plus graves se situent principalement au niveau de la tête. À Montpellier, les lésions crâniennes concernent près d'un quart des patients et tous les cas graves présentaient un traumatisme crânien. « Avec une fracture du poignet, on peut sortir de l'hôpital. Une fracture du crâne, ça tue quand même beaucoup plus souvent », souligne July Joubault. À Nîmes, les traumatismes crâniens et les fractures du visage représentent environ un tiers des cas. « Les personnes que l'on reçoit avec de gros traumatismes crâniens ne portent généralement pas de casque », constate Thibaud Masia.

Ce que ne peut que confirmer July Joubault à Montpellier : « Il y a quand même un gros défaut de port du casque. Beaucoup de personnes n'en portent pas, notamment lorsqu'elles roulent à plusieurs ou très vite ». Un manque de protection d'autant plus problématique qu'on perd le contrôle de l'engin. Avec leurs petites roues, les trottinettes peuvent être déstabilisées par un rebord de trottoir, une branche ou un obstacle. La position debout expose davantage la tête et le haut du corps : à vitesse égale, la chute est « beaucoup plus rapide, beaucoup plus violente » qu'à vélo, explique July Joubault.

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Le facteur alcool et plus largement le non-respect du Code de la route reviennent aussi régulièrement. Il y a ce raisonnement : « J'ai bu, je ne peux pas prendre ma voiture, donc je prends une trottinette », rapporte Thibaud Masia qui voit aussi de nouveaux usagers délaisser leur voiture en raison du prix de l'essence : « Parfois des personnes qui en utilisent pour la première fois ou qui sont encore très peu expérimentées ».

Plusieurs villes durcissent les règles

Plusieurs communes ont décidé d'aller plus loin que la réglementation nationale, qui limite les trottinettes à 25 km/h et ne fait du casque qu'une recommandation. À Lunel depuis le 15 juin, puis à Nîmes et Saint-Jean-de-Védas depuis début juillet, le casque est obligatoire. Montpellier interdit la circulation des trottinettes dans son centre-ville depuis novembre 2025, tandis qu'à Millau, les conducteurs doivent désormais mettre pied à terre dans certaines rues du centre. Dans l'Hérault, les contrôles doivent aussi se renforcer avec l'arrivée prochaine d'un curvomètre, capable de vérifier la vitesse maximale d'un engin à l'arrêt.

Ce que dit la loi

En France, il faut avoir au moins 14 ans pour conduire une trottinette électrique et être seul sur l'engin. Sa vitesse est limitée à 25 km/h et le débridage est interdit, selon le Code de la route. En ville, les trottinettes doivent emprunter les pistes ou bandes cyclables lorsqu'elles existent. À défaut, elles peuvent circuler sur les routes limitées à 50 km/h. Les trottoirs leur sont interdits, sauf décision contraire du maire, et les aires piétonnes ne peuvent être empruntées qu'à allure modérée. Le casque, lui, n'est pas obligatoire partout en France pour circuler en ville, même s'il est recommandé. Il devient en revanche obligatoire lorsqu'une autorité autorise la circulation sur une route limitée à 80 km/h, et certaines collectivités peuvent imposer des règles plus strictes. La nuit ou lorsque la visibilité est mauvaise, un gilet rétroréfléchissant est obligatoire. La trottinette doit également disposer de freins, d'un avertisseur sonore, de feux avant et arrière et de dispositifs réfléchissants. Une assurance responsabilité civile est obligatoire. Écouteurs, casque audio et téléphone tenu en main sont interdits pendant la conduite.