Il y a plus inquiétant encore pour l’avenir des finances publiques que l’incapacité structurelle des parlementaires à baisser le niveau pourtant record des dépenses. C’est leur coupable imprévoyance face au choc inéluctable du vieillissement de la population et à la menace que celui-ci constituera pour la soutenabilité de la dette, c’est leur parfaite indifférence aux conséquences financières dramatiques d’une France aux crèches vides et aux Ehpad bondés.
Une analyse lexicographique révélatrice
Les rapporteurs de la Cour des comptes ont eu l’idée originale de mener une analyse lexicographique des programmations budgétaires pluriannuelles pour mesurer la place qu’y occupent les enjeux démographiques. Résultat : les mots associés à ces derniers ne représentent que 0,05 % des occurrences. Une part ridiculement faible au regard de statistiques, qui toutes témoignent de la puissance de la déflagration démographique à venir.
De moins en moins de bébés
En raison de l’allongement de l’espérance de vie et de l’entrée dans le grand âge des générations du baby-boom, la part des personnes âgées d’au moins 65 ans dans la population, qui s’élevait à 16,3 % en 2005 et à 21,8 % fin 2024, atteindrait selon l’Insee 28,9 % en 2070.
Le ratio de dépendance démographique des personnes âgées, c’est-à-dire le rapport entre la population des plus de 65 ans et celle des 20-64 ans, qui se chiffrait à 25 % en 2000 et à 38 % en 2024, pourrait grimper pour sa part jusqu’à 54 %.
Vieillissement « par le haut », avec de plus en plus de séniors, mais aussi vieillissement « par le bas », avec de moins en moins de bébés. L’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) a baissé de 20 % depuis 2010 pour s’établir à 1,62 enfant par femme en 2024, son plus bas niveau depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Les démographes eux-mêmes sont dépassés par la vitesse du recul. Ils prévoyaient que le solde naturel (naissances moins décès) ne deviendrait négatif qu’à partir de 2027, il l’est depuis mai 2025 avec deux ans d’avance.
Irrésistible ascension
De ce vieillissement accéléré qui met fin à l’exception française d’une démographie plus dynamique que chez nos voisins résulte pour les finances publiques « un effet ciseau ». Avec, d’un côté, une diminution de la population active entraînant une baisse des recettes fiscales qu’aucune taxe Zucman n’est en mesure de compenser.
Et, de l’autre, une hausse des dépenses publiques pour les retraites, la santé et la dépendance amplifiée par l’augmentation prévue du nombre de personnes très âgées : 24 % des 85 à 89 ans bénéficient de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), 44 % chez les 90-94 ans et 74 % au-delà de 95 ans. Quant à la dépense annuelle remboursable d’un assuré social pour les soins de ville, elle est en moyenne de 594 euros chez les 2-16 ans mais grimpe à 4 798 euros chez les plus de 85 ans.
Les dépenses liées au vieillissement, qui représentent déjà aujourd’hui 40 % des dépenses publiques contre 29 % en 1998, vont poursuivre leur irrésistible ascension, faisant craindre un scénario noir où le ratio des dépenses publiques rapportées au PIB se hisserait au niveau stratosphérique de 60,8 % en 2070.
Quels leviers pour amortir le choc ?
Quoi qu’en disent leurs défenseurs médiatisés, les politiques natalistes ont partout démontré leur impuissance à enrayer la tendance historique et universelle au recul de la fécondité. Aucun parti politique n’osant par ailleurs prôner un recours accru à l’immigration, le seul levier pour amortir le choc du vieillissement sur les finances publiques consiste à augmenter la production de richesses.
En améliorant la productivité par une meilleure formation aux nouvelles technologies et surtout en accroissant la quantité globale de travail, notamment grâce à une hausse du taux d’emploi des séniors. Les députés qui ont voté pour la suspension de la réforme des retraites sont peu soucieux de leurs vieux jours, dans l’illusion que de l’argent magique permettra de payer le personnel des Ehpad où nombre d’entre eux vont finir leur vie.



