Une étude inédite pour optimiser les interventions nasales à l'hôpital de Draguignan
Le centre hospitalier de la Dracénie à Draguignan a lancé une recherche clinique ambitieuse visant à évaluer l'utilité réelle de la rhinomanométrie dans la prise en charge des patients souffrant d'obstruction nasale chronique. Cette étude, baptisée Rhinove, se poursuivra jusqu'en 2028 et impliquera entre 150 et 200 participants, avec pour objectif de déterminer si cet outil de mesure objectif doit être systématisé avant chaque chirurgie nasale en France.
Quand l'obstruction nasale nécessite une intervention chirurgicale
Contrairement aux idées reçues, un nez constamment bouché peut parfois justifier une opération, notamment lorsque les traitements médicaux conventionnels comme les lavages au sérum physiologique ou les sprays décongestionnants s'avèrent insuffisants. Le Dr Charly Bessadier, chirurgien ORL et chef du service Tête et cou à l'hôpital de Draguignan, précise que les causes anatomiques sont souvent en jeu : « Il peut s'agir d'une déviation de la cloison nasale, d'une hypertrophie des cornets, d'anomalies post-traumatiques ou du syndrome de valve nasale ».
La rhinomanométrie : un outil de mesure précis mais perfectible
Depuis deux ans, l'établissement dispose d'un appareil de rhinomanométrie qui permet de quantifier objectivement l'obstruction nasale ressentie par le patient. Le dispositif fonctionne en plaçant deux embouts en mousse dans les narines du patient, qui respire ensuite dans un masque. Le Dr Eloi Ramilison explique : « La machine génère des courbes respiratoires et calcule avec précision les pressions et la résistance de l'air pour chaque narine ».
Cet outil guide le chirurgien dans sa décision opératoire, permettant une intervention plus ciblée sur la cloison nasale, les cornets, ou les deux structures simultanément. Cependant, le Dr Bessadier tempère son enthousiasme en soulignant certaines limites : « L'examen dépend de l'opérateur, un mauvais positionnement des embouts peut fausser les résultats. De plus, l'utilisation préalable de sprays nasaux par le patient ou la rigidité des embouts peuvent influencer les mesures ».
Une médecine basée sur des preuves statistiques
L'étude Rhinove, lancée en février 2026 sous l'impulsion du Dr Ramilison en collaboration avec les docteurs Bartolomeo et Bessadier, vise à apporter des réponses scientifiques à plusieurs questions cruciales. Améliore-t-elle la fiabilité du diagnostic ? Optimise-t-elle la prise en charge des patients ? Permet-elle de mesurer les effets de l'intervention sur le bien-être post-opératoire ?
Le protocole consiste à comparer les données de rhinomanométrie avec les scores de qualité de vie rapportés par les patients via des questionnaires, avant l'opération puis trois mois après l'intervention. Cette approche permettra de vérifier si l'amélioration fonctionnelle ressentie par le patient est véritablement corrélée au geste chirurgical réalisé.
Une étude qui ne modifie pas la prise en charge immédiate des patients
Il est important de noter que cette recherche clinique, soutenue par le Centre Hospitalier Intercommunal de Toulon La Seyne-sur-Mer et la Délégation à la Recherche Clinique et à l'Innovation, ne change rien à la prise en charge courante des patients. « Nos pratiques restent identiques. C'est toujours le patient qui décide in fine de se faire opérer pour améliorer sa qualité de vie », rappelle le Dr Bessadier.
Les participants à l'étude, qui ont préalablement donné leur consentement pour l'utilisation de leurs données de santé, bénéficient du même parcours de soins que les autres patients. L'enjeu principal réside dans l'avenir : les résultats de cette étude détermineront si la rhinomanométrie doit devenir un examen systématique avant toute chirurgie nasale en France, ou si elle conserve un rôle plus limité d'orientation diagnostique.



