Trisomie 21 et Alzheimer : le lien génétique expliqué
Trisomie 21 et Alzheimer : un lien génétique

Près de 11 millions de personnes ont découvert Arnaud Toupense dans le film Un p’tit truc en plus d’Artus (2024). L’acteur de 45 ans, porteur du gène de la trisomie 21, a annoncé récemment souffrir de la maladie d’Alzheimer. « J’ai un problème dans la tête. J’ai peur de ça, maintenant. Je perds l’équilibre, en plus. Donc, pour moi, c’est encore plus dur, et ça me rend nerveux », a-t-il révélé dans un documentaire diffusé sur M6 au mois d’avril.

Pourtant, l’annonce de cette maladie chez Arnaud Toupense ne doit rien au hasard. En effet, les personnes atteintes de trisomie 21 ont davantage de risque de souffrir d’Alzheimer que la population générale. « Les personnes avec une trisomie 21 possèdent un chromosome 21 supplémentaire, ce qui provoque donc une surexpression des gènes situés sur ce chromosome 21, dont le fameux gène APP, qui code le précurseur des peptides amyloïdes responsables des lésions spécifiques de la maladie d’Alzheimer », explique Marie-Claude Potier, co-responsable de l’équipe sur la maladie d’Alzheimer et les maladies à prions à l’Institut du cerveau de Paris et directrice de recherche au CNRS.

D’après les résultats de plusieurs études, 77 % des personnes porteuses de trisomie 21 entre 60 et 69 ans connaissent également un déclin cognitif. « La trisomie 21 serait la forme génétique de la maladie d’Alzheimer la plus fréquente dans le monde. Maintenant, c’est assez bien établi », souligne Marie-Claude Potier. Évidemment, toutes les personnes avec une trisomie 21 ne vont pas forcément développer la maladie. « Cela dépend des comorbidités. Les patients ont aussi d’autres problèmes, comme des risques métaboliques qui augmentent l’obésité et le diabète, qui représentent tous deux des facteurs de risque pour la maladie d’Alzheimer ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des patients oubliés

Chez les personnes atteintes de trisomie 21, la charge amyloïde est présente et très élevée dès l’âge de 35 ans. Elles peuvent donc avoir des signes d’apparition d’Alzheimer dès cet âge-là – bien plus tôt que l’âge auquel se déclare généralement la maladie. « La trisomie 21 constitue un cas particulièrement éclairant pour comprendre la maladie d’Alzheimer. Mais ces patients sont très rarement inclus dans les essais cliniques concernant les traitements anti-amyloïdes, il existe une vraie discrimination. Les laboratoires ont toujours été réticents à inclure les personnes porteuses de trisomie 21. Et c’est vraiment dommage, car c’est une population qui se prête tout particulièrement aux traitements anti-amyloïde », regrette Marie-Claude Potier.

« Nous savons maintenant que se forment, dans le cerveau et les vaisseaux cérébraux de ces personnes, des dépôts amyloïdes de façon plus fréquente que pour la population générale. On s’est aperçu qu’en vieillissant – et relativement tôt –, les patients présentaient un déclin cognitif semblable à la maladie d’Alzheimer. Mais il n’est pas toujours simple d’identifier ce déclin chez les individus porteurs d’une trisomie 21. Ils présentent des déficits cognitif et intellectuel qui peuvent être variables. Maintenant, il existe des échelles de diagnostic clinique adaptées aux porteurs de trisomie qui permettent, assez rapidement, de détecter la maladie d’Alzheimer. La présence de biomarqueurs viendra confirmer le diagnostic », explique la chercheuse.

Aujourd’hui, des structures gériatriques dévolues à la trisomie 21 commencent à ouvrir afin de réaliser plus simplement certains diagnostics grâce à des échelles définies scientifiquement sur le plan international.

Essais cliniques en cours

Actuellement, plusieurs essais cliniques de traitements anti-amyloïde sont en cours. « En Suisse, le laboratoire pharmaceutique AC Immune travaille sur une vaccination pour protéger les personnes porteuses de trisomie 21 de la surproduction d’amyloïde. Si les essais sont concluants, la vaccination pourrait être proposée aux personnes âgées de la population générale comportant des facteurs de risque pour la maladie d’Alzheimer ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Obésité et diabète

Pour les personnes avec une trisomie 21, la prise en charge de la maladie d’Alzheimer n’est pas la même que pour la population générale. « Les porteurs de trisomie 21 ont de nombreuses comorbidités avec un risque d’obésité et un risque de diabète augmenté. Il s’agit de deux facteurs de risque pour l’apparition de la maladie d’Alzheimer ». Elles souffrent également de malformations cardiaques congénitales, d’hypothyroïdie et de troubles auditifs et visuels. Les recherches en cours doivent permettre d’améliorer la qualité de vie des patients et d’aider à la pose d’un diagnostic précoce.

Aujourd’hui, le nombre de cas de maladies neurodégénératives explose partout en France. D’après les chiffres de l’Inserm, entre 1 et 1,4 million de Français seront touchés en 2026 et cette proportion devrait doubler d’ici 2050.