Guerres, assassinat, pandémie… Tous les événements importants génèrent leur lot de théories du complot. Sur fond de traumatisme collectif lié au Covid, le hantavirus n'y échappe pas. Explications.
Un terreau fertile pour le complotisme
Après le feu d'artifice de la période Covid, le complotisme revient en force avec l'apparition de cas de hantavirus. « La pandémie a durablement marqué les esprits, la société et l'histoire du conspirationnisme », explique Pascal Wagner-Egger, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l'université de Fribourg, en Suisse. Selon lui, tous les événements importants génèrent des théories du complot. Dans le cas présent, le traumatisme collectif récent lié à la pandémie, combiné à la peur d'un virus peu connu qui tue des passagers sur une croisière, entraîne l'hospitalisation de patients contaminés et l'isolement de cas contact, crée un terreau fertile.
Les théories du Covid resurgissent
Conspiration vaccinale, épidémie planifiée, arme biologique… Les théories conspirationnistes du Covid reviennent comme un boomerang. Les scientifiques, eux, préfèrent la prudence. Ce n'est pas nouveau : les crises sanitaires s'y prêtent particulièrement. « Les personnes qui croyaient lors du Covid continuent à croire et ressortent les mêmes histoires à chaque nouvelle crise, espérant finir par avoir raison », souligne Wagner-Egger. Et puisque de vrais complots ont été révélés par le passé, certains pensent que cela pourrait être le cas cette fois aussi.
Les biais cognitifs à l'œuvre
Cette logique, pourtant imparfaite, repose sur un biais cognitif appelé « inférence invalide » ou « saut vers la conclusion ». De nombreux mécanismes cognitifs poussent à adhérer aux théories complotistes : biais de confirmation (chercher des informations qui confortent ses croyances), biais de surconfiance (surestimer ses connaissances), biais d'intentionnalité (voir des intentions là où il n'y en a pas), biais de corrélation illusoire (voir des corrélations inexistantes). Pascal Wagner-Egger et Gilles Bellevaut, illustrateur spécialisé dans la vulgarisation scientifique, ont détaillé ces biais dans leur livre « Méfiez-vous de votre cerveau » (2022, éditions EPFL).
Ces biais rendent les théories du complot attractives. Elles se basent souvent sur des « anomalies apparentes » bien réelles, qui interpellent. Dans leur dernier ouvrage, « Je ne suis pas complotiste, mais… » (mars, même éditeur), ils décryptent 30 théories du complot. Par exemple, certains ont accusé la 5G d'être liée au Covid car les cartes montraient plus de cas là où il y avait plus d'antennes 5G. C'est typique du biais de corrélation illusoire : en réalité, les zones plus peuplées ont plus d'antennes et plus de cas de Covid. « Tout le monde peut se faire avoir » s'il ne cherche pas un peu, insiste le psychologue. Et il faut admettre que « les théories du complot sont généralement des récits très attractifs ».
Profil des conspirationnistes
Si tout le monde est sujet aux biais cognitifs, certaines recherches montrent que les personnes qui s'ennuient croient davantage aux théories du complot. Au niveau de la personnalité, les conspirationnistes présentent plus de traits anxieux, paranoïdes, machiavéliques, schizotypiques (tendance à attribuer des intentions hostiles) et narcissiques, probablement en raison d'une plus faible estime de soi. Les croyances irrationnelles (paranormal, astrologie, pseudosciences, médecines parallèles) sont également liées aux croyances complotistes.
Les personnes à faible niveau d'éducation, précaires ou souffrant d'exclusion sont plus susceptibles d'adhérer à ces histoires, car elles développent une défiance « anti-système » qui les pousse à chercher des responsables et des boucs émissaires en période de crise sanitaire. Une aubaine pour certains acteurs politiques (généralement l'extrême droite et les régimes totalitaires), qui amplifient ces récits à des fins populistes. Pour d'autres, comme Alex Jones aux États-Unis, devenu milliardaire en diffusant des fake news et des théories du complot, l'argent est le moteur : ces histoires attirent, passionnent, génèrent du trafic et beaucoup d'argent, amplifiées par les réseaux sociaux.



