Système de santé face au vieillissement : pourquoi l'hôpital n'est plus adapté aux seniors
Système de santé : l'hôpital inadapté au vieillissement des seniors

Système de santé face au vieillissement : pourquoi l'hôpital n'est plus adapté aux seniors

Réunis à l'hôpital Les Sources de Nice pour le Club Santé, les adhérents ont débattu du choc démographique lié au vieillissement de la population, de ses répercussions pour l'hôpital et des leviers possibles. Face au choc démographique attendu d'ici 2050, les professionnels de santé alertent sur l'inadaptation de notre système hospitalier, historiquement conçu pour traiter les urgences et non la perte d'autonomie complexe liée au grand âge.

Un système hérité du passé face à une réalité inédite

D'ici 2050, près de cinq millions de Français auront franchi le cap des 85 ans. Un chiffre vertigineux qui soulève une question cruciale : notre système de santé est-il prêt à encaisser ce choc démographique ? C'est autour de cette problématique que s'est tenu, à l'hôpital gériatrique Les Sources, le dernier Club Santé de Nice-Matin. Directeurs d'établissements, soignants et acteurs du médico-social y ont débattu d'une question essentielle : « Hôpital et vieillissement : sommes-nous organisés pour demain ? » Morceaux choisis des échanges révèlent un système tiraillé entre sa vocation de soins et la réalité d'un grand âge de plus en plus présent entre ses murs.

Il a été d'emblée souligné que le véritable enjeu réside moins dans le vieillissement lui-même -85 % des plus de 85 ans vont globalement bien ! - que dans la perte d'autonomie souvent associée à des pathologies multiples (neurodégénératives type Alzheimer, fragilité osseuse, arthrose, perte auditive, d'équilibre, insuffisance cardiaque...). Pour le Dr Pierre-Marie Tardieux, chef de pôle des Urgences du CHU de Nice, c'est la structure même de l'hôpital qui n'est plus en adéquation avec les patients qu'il reçoit. « L'hôpital a surtout été bâti pour répondre à des problèmes de santé aigus. Si, aux urgences, l'attente moyenne a baissé de 8 h 50 dans les années 2000, à 3 h 50 actuellement, pour les patients âgés, elle s'élève encore à 5 h 30. » L'explosion des besoins pour des pathologies complexes touche désormais toutes les spécialités. Michel Salvadori, directeur de l'Institut Arnault Tzanck, en fournit une illustration : « En moins de quinze ans, le nombre de patients en dialyse chronique a doublé. » S'il admet les difficultés rencontrées par l'hôpital, il rappelle néanmoins son rôle essentiel : « Il reste un recours indispensable ; quand le parcours de soins atteint ses limites, c'est toujours vers l'hôpital que l'on se tourne. »

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« La bombe pour nous, c'est la triple peine : perte d'autonomie, troubles cognitifs et psychiatriques »

En l'absence de structures d'aval suffisamment équipées, les hôpitaux s'engorgent de patients âgés qui ne peuvent en sortir, ce qui sature l'ensemble du parcours de soins et met les EHPAD sous une pression inédite. Le défi est majeur pour les soignants, comme le rappelle le Dr Pierre-Marie Tardieux : « La bombe pour nous, cliniciens, gériatres ou médecins, c'est lorsque les personnes sont frappées par la triple peine : perte d'autonomie, troubles cognitifs et psychiatriques », martèle-t-il. Et d'ajouter : « Ces profils lourds deviennent de véritables « bed blockers » — des bloqueurs de lits, qu'on ne parvient plus à faire sortir, faute d'anticipation en ville ou de places adaptées. » Jean-Didier Eberhardt, psychiatre à l'hôpital Sainte-Marie, confirme l'urgence face à l'afflux des démences neurodégénératives : « Il faudrait créer très rapidement plus d'unités d'hébergement renforcé (UHR) véritablement sanitarisées pour un soin continu aux patients les plus complexes. »

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Un manque de structures adaptées

Le Dr Ali Osman, directeur médical des Sources, insiste sur le blocage structurel qui détourne l'hôpital de sa vocation première. « L'hôpital doit aussi traiter les affections aiguës ; il ne peut pas devenir un lieu d'hébergement de longue durée ». Le nœud du problème selon lui ? « L'absence totale de structures d'aval adaptées. » Annie Couty de Weweire, directrice de la Fondation Pauliani, alerte sur la pression inédite qui s'exerce sur les EHPAD. « On nous demande aujourd'hui bien plus qu'un simple hébergement : des circuits quasi-hospitaliers, sans financements adaptés. Notre modèle économique reste viable, mais on peut être inquiet pour l'avenir avec l'évolution des profils de nos résidents : 20 % d'entre eux viennent directement de l'hôpital, avec des troubles cognitifs majeurs nécessitant des UHR (...) L'Ehpad n'a pas les moyens de suivre le rythme de cette médicalisation galopante. »

Les spécialistes du club santé de Nice-Matin proposent des solutions pour mieux vieillir demain, soulignant l'importance du maintien à domicile, de la prévention et du lien ville-hôpital. Ces échanges mettent en lumière un système de santé à la croisée des chemins, nécessitant des réformes profondes pour faire face au vieillissement croissant de la population.