Dominique Simonnot : « Ce que je vois en prison dépasse l’entendement »
Simonnot : « Ce que je vois en prison dépasse l’entendement »

Dominique Simonnot, contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), a rendu public un rapport accablant sur l'état des prisons françaises. Dans un entretien au Monde, elle déclare : « Ce que je vois en prison dépasse l’entendement. » Selon elle, la situation est « explosive » et nécessite une réforme urgente.

Une surpopulation carcérale sans précédent

Le rapport pointe un taux d'occupation moyen de 120 % dans les prisons françaises, mais certaines maisons d'arrêt atteignent 200 %. À la prison de Fresnes, des détenus dorment sur des matelas à même le sol dans des cellules prévues pour une seule personne. Simonnot précise : « Nous avons compté jusqu'à trois détenus dans des cellules de 9 mètres carrés. » Cette promiscuité engendre violences et tensions quotidiennes.

Des conditions sanitaires indignes

Les problèmes d'hygiène sont également dénoncés. Dans plusieurs établissements, l'eau chaude est absente, les douches sont insuffisantes et les cellules infestées de punaises de lit. « Des détenus nous ont dit se laver à l'eau froide depuis des mois », rapporte Simonnot. Le rapport cite le cas de la maison d'arrêt de Bordeaux-Gradignan, où les rats circulent librement dans les cours de promenade.

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Un accès aux soins gravement compromis

L'accès aux soins médicaux est « catastrophique », selon la contrôleure. Les délais pour consulter un médecin peuvent atteindre plusieurs semaines, et les traitements psychiatriques sont souvent interrompus. « J'ai rencontré un détenu schizophrène qui n'avait pas vu un psychiatre depuis six mois », témoigne-t-elle. Le rapport note que 40 % des détenus souffrent de troubles psychiques, mais les unités de soins sont sous-dimensionnées.

Des mesures d'isolement abusives

Simonnot dénonce également l'usage excessif du mitard (quartier disciplinaire). « Certains détenus y restent des mois, voire des années, sans suivi médical ni activité », explique-t-elle. Le rapport révèle qu'en 2025, plus de 1 500 détenus ont été placés à l'isolement pour une durée supérieure à 30 jours, parfois pour des motifs mineurs comme le refus de fouille.

Des recommandations ignorées

La CGLPL émet pourtant des recommandations régulières, mais elles sont rarement suivies d'effet. « Depuis 2020, nous avons formulé 47 recommandations prioritaires ; seules 12 ont été partiellement mises en œuvre », déplore Simonnot. Elle appelle le gouvernement à un « plan d'urgence » pour la construction de nouvelles prisons et la réduction de la population carcérale, notamment par des alternatives à l'incarcération.

Une réponse ministérielle jugée insuffisante

Interrogé, le ministère de la Justice a indiqué avoir « pris connaissance du rapport » et annoncé « un investissement de 500 millions d'euros sur cinq ans » pour rénover les prisons. Mais Simonnot juge cette réponse « insuffisante » : « Ce n'est pas une question d'argent, mais de volonté politique. » Elle rappelle que la France a été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l'homme pour ses conditions de détention.

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