Procès historique : une psychiatre de Stanford qualifie les réseaux sociaux de "drogue d'entrée" pour les adolescents
Réseaux sociaux : une psychiatre dénonce leur potentiel addictif pour les jeunes

Un procès historique sur l'addiction aux réseaux sociaux

Dans une salle d'audience de Los Angeles, un procès civil pourrait marquer un tournant dans la manière dont la société appréhende l'impact des plateformes numériques sur la jeunesse. La psychiatre Anna Lembke, professeure à l'université Stanford, a pris la parole en tant que premier témoin pour dénoncer avec force le potentiel addictif des réseaux sociaux pour les adolescents.

La "drogue d'entrée" du XXIe siècle

"A chaque fois que j'utilise le terme drogue, je l'utilise dans un sens large qui inclut l'usage des réseaux sociaux", a déclaré le Dr Lembke devant le jury de douze citoyens américains. L'experte, auteure du livre à succès "Dopamine Nation", a employé une expression particulièrement frappante : celle de "drogue d'entrée", historiquement associée au tabac ou à l'alcool, mais qu'elle applique désormais aux plateformes sociales.

Selon son témoignage détaillé, les réseaux sociaux constituent aujourd'hui l'un des premiers comportements addictifs expérimentés par les jeunes. "La drogue d'entrée est la première exposition ayant remodelé le cerveau d'une manière qui a créé la maladie de l'addiction, rendant ensuite cet individu plus vulnérable à d'autres drogues", a-t-elle expliqué avec pédagogie aux jurés.

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Un cerveau adolescent vulnérable

Munie d'un modèle anatomique, la psychiatre a détaillé le rôle crucial du cortex préfrontal, cette zone de matière grise située derrière le front qui ne termine son développement qu'aux alentours de 25 ans. "Il agit comme les freins d'une voiture : c'est la partie de notre cerveau qui dit : 'Ok, j'en ai assez, ça suffit maintenant'", a-t-elle illustré.

Cette immaturité biologique explique pourquoi "les adolescents prennent souvent des risques qu'ils ne devraient pas prendre" et les rend particulièrement sensibles aux mécanismes de récompense instantanée des plateformes sociales. Le Dr Lembke a décrit avec précision comment l'exposition précoce à ces technologies peut remodeler durablement les circuits neuronaux à un stade crucial du développement.

Une plainte qui pourrait faire jurisprudence

Ce témoignage intervient dans le cadre de la plainte déposée par Kaley G.M., une Californienne de 20 ans qui affirme avoir développé une dépendance aux réseaux sociaux. La jeune femme a utilisé intensément YouTube dès l'âge de 6 ans, puis Instagram à 11 ans, avant de se tourner vers TikTok et Snapchat.

Les avocats de Kaley cherchent à démontrer que les plateformes Instagram (propriété de Meta) et YouTube (propriété de Google) sont en partie responsables d'avoir favorisé chez leur cliente :

  • Des épisodes dépressifs sévères
  • Une anxiété chronique
  • Des troubles importants de l'image corporelle

Le procès examine spécifiquement la notion de "première exposition" à un produit addictif, un argument central pour les plaignants. Alors que YouTube a souligné en défense que Kaley n'utilise plus sa plateforme que quelques minutes par jour depuis six ans, l'accent est mis sur les effets durables de l'exposition précoce.

Le cycle de la dépendance numérique

La psychiatre a également décrit le mécanisme de tolérance qui s'installe progressivement : "l'adaptation physique du corps à la drogue" rend les doses initiales inefficaces et pousse l'utilisateur à chercher de la nouveauté, parfois sur d'autres plateformes. Ce phénomène expliquerait pourquoi certains adolescents passent d'une application à l'autre, dans une quête constante de stimulation.

Notons que TikTok et Snapchat, également initialement poursuivis dans cette affaire, ont choisi de sceller un accord confidentiel avant l'ouverture du procès, laissant Meta et Google seuls à la barre pour ce qui pourrait devenir une affaire de référence pour des milliers de litiges similaires aux États-Unis.

Le témoignage du Dr Anna Lembke, reconnue bien au-delà des cercles académiques pour ses travaux sur les addictions, pourrait ainsi poser les bases d'une nouvelle jurisprudence concernant la responsabilité des géants technologiques face à la santé mentale des jeunes générations.

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