Regrets et remords sexuels : une étude révèle les facteurs clés après une aventure d'un soir
Dans le domaine de la sexualité, il est fréquent d'éprouver des sentiments contradictoires : le regret de ne pas avoir saisi une occasion, ou le remords d'avoir cédé à une envie passagère. Quelle forme prédomine, et laquelle est la plus tragique ? D'un point de vue existentiel, on pourrait argumenter que les occasions manquées, par honte ou peur, constituent une véritable tragédie humaine, laissant derrière elles une vie jalonnée de « et si » charnels.
Le chaos des conséquences potentielles
Cependant, dans la réalité, les risques associés aux rapports sexuels occasionnels sont nombreux : maladies sexuellement transmissibles, agressions, relations sous l'emprise de l'alcool, cœurs brisés, divorces, grossesses non désirées, avortements, harcèlement, obsessions, commérages, rumeurs, et amitiés détruites. Il est facile de sous-estimer les coûts émotionnels potentiels de ces expériences, même si elles sont improbables.
Une étude sur les remords post-sexe
Dans une recherche publiée fin février dans Archives of Sexual Behavior, les psychologues Christina Sagioglou et Maximillian Dick de l'université d'Innsbruck, en Autriche, se sont penchés sur l'amertume laissée par les aventures d'un soir, ou remords sexuels. Ils soulignent l'importance de définir clairement ce type de relation, qui ne représente qu'une forme parmi d'autres de relations sexuelles occasionnelles, comme les plans cul réguliers ou les sexfriends.
Méthodologie de l'étude
Les chercheurs ont élaboré un questionnaire demandant à 1 044 participants de 40 nationalités de se concentrer sur leur dernière aventure d'un soir. L'échantillon comprenait 649 femmes et 395 hommes, avec un âge moyen de 25 ans. Les questions portaient sur des aspects intimes :
- Type de relation (homosexuelle ou hétérosexuelle)
- Utilisation de protection
- Statut relationnel (célibataire ou non)
- Initiative et pression ressentie
- Pratiques sexuelles spécifiques (fellation, sexe anal)
- Atteinte de l'orgasme
- Perception d'hygiène et dégoût
- Niveau d'ivresse
Facteurs prédictifs des regrets
L'analyse a révélé plusieurs facteurs clés influençant les remords :
- Hétéronomie décisionnelle : moins les personnes se sentaient maîtresses de leur décision, plus elles éprouvaient de remords.
- Souci moral : plus l'acte était perçu comme intrinsèquement « mal », plus les regrets étaient forts.
- Souci de réputation : l'inquiétude quant au regard d'autrui augmentait l'amertume.
- Intoxication alcoolique : un niveau élevé d'ivresse au moment de l'acte corrélait avec davantage de regrets.
De plus, la stabilité émotionnelle et l'âge jouaient un rôle : les personnes plus jeunes et émotionnellement instables exprimaient plus de remords. Contre toute attente, plus le temps écoulé depuis l'aventure était long, plus les regrets semblaient s'intensifier, peut-être en raison de l'effacement des souvenirs positifs ou d'une tendance à la conservatisme avec l'âge.
Différences entre les sexes et rôle de l'orgasme
L'étude confirme que les femmes sont plus susceptibles d'éprouver des remords sexuels que les hommes. Cependant, ce phénomène est principalement observé dans les relations hétérosexuelles. Les femmes ayant eu des aventures d'un soir avec des hommes ont montré un taux de remords significativement plus élevé que les autres groupes, y compris les hommes avec des femmes, les femmes avec des femmes, et les hommes avec des hommes.
Un facteur protecteur crucial a été identifié : la satisfaction sexuelle, en particulier l'atteinte de l'orgasme. Pour les deux sexes, ceux qui ont connu l'orgasme lors de l'aventure ont exprimé moins de regrets. Cet effet est particulièrement marqué chez les femmes hétérosexuelles, où l'orgasme joue un rôle déterminant dans la réduction de l'amertume.
Débat entre évolution et patriarcat
Les auteurs suggèrent que ces différences pourraient refléter des dynamiques propres aux rencontres hétérosexuelles, plutôt qu'une divergence sexuelle inhérente. Ils évoquent des explications évolutives, comme la théorie de l'investissement parental, où les femmes avaient historiquement plus à perdre dans les relations occasionnelles, mais soulignent que ces dispositions sont puissamment modelées par des forces socioculturelles.
Dans les sociétés occidentales modernes, des schémas hétéronormatifs, privilégiant le plaisir masculin et perpétuant des formes de contrôle patriarcal, pourraient influencer ces expériences. Ainsi, l'écart modeste mais persistant dans les remords entre hommes et femmes s'explique en grande partie par la probabilité inégale d'atteindre l'orgasme dans les relations hétérosexuelles occasionnelles.
En résumé, cette étude met en lumière la complexité des regrets sexuels, montrant que l'autonomie, la moralité, la réputation, l'alcool, et surtout la satisfaction sexuelle sont des facteurs clés, avec des implications particulières pour les femmes hétérosexuelles.



