Pourquoi la réussite ne rend pas heureux ? La science répond
Pourquoi la réussite ne rend pas heureux ?

On s'imagine souvent que franchir une ligne d'arrivée, décrocher une promotion, terminer un marathon ou atteindre un but longtemps poursuivi nous apportera une satisfaction durable. Pourtant, une fois ce moment passé, un sentiment de vide peut apparaître en nous, comme si ce succès, pourtant désiré, ne produisait pas l'effet escompté.

Une étude de Harvard révèle l'ampleur du phénomène

Une étude menée en 2023 par la Harvard Graduate School of Education révèle que cette impression concerne bien plus de personnes qu'il n'y paraît. Selon l'auteur principal, Richard Weissbourd, de nombreux jeunes adultes américains « réussissent pour réussir ». Autrement dit, ils accumulent des accomplissements déconnectés de ce qui compte réellement pour eux. Avec, à la clé, des taux d'anxiété et de dépression deux fois plus élevés que ceux des adolescents.

L'évolution comme coupable

Comment expliquer ce mal-être ? Pour le chercheur et philosophe allemand Ole Höffken, auteur de l'article « Evolutionary Conditions of Happiness » publié dans la revue scientifique Journal of Happiness Studies en 2025, c'est du côté de l'évolution qu'il faut chercher, là où nos évolutions biologique et culturelle se rencontrent. Notre cerveau a été façonné pour un monde devenu bien différent du nôtre.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Nos instincts fondamentaux, comme la recherche de sécurité et du sentiment d'appartenance, entrent aujourd'hui en tension avec les normes modernes, souvent centrées sur la performance et la réussite matérielle. Résultat : un décalage s'opère entre ce que nous poursuivons et ce dont nous avons réellement besoin. L'exemple le plus parlant se trouve au cœur des réseaux sociaux, où les connexions se font et se défont sans établir de liens profonds, contrairement à nos ancêtres dépourvus de gadgets.

Une joie de courte durée

Ce phénomène est renforcé par ce que les psychologues Philip Brickman et Donald Campbell appellent le « tapis roulant hédonique », décrit dès les années 1970. Il désigne notre tendance à revenir rapidement à un niveau de satisfaction de base, même après un événement très positif. La dopamine, neurotransmetteur lié au plaisir et à la motivation, joue ici un rôle clé : elle nous pousse à atteindre nos objectifs, mais l'euphorie qu'elle procure est brève.

Ainsi, très vite, de nouveaux désirs prennent le relais. Dans un environnement saturé de stimuli (réseaux sociaux, divertissement constant, consommation rapide), ce mécanisme s'emballe. Le cerveau s'habitue, réclame toujours plus et brouille notre perception de ce qui est réellement satisfaisant.

Pour le Dr Ole Höffken, s'ajoute à cela la compétition incessante, qui nous incite à une consommation ostentatoire pour maintenir un statut social, mais aussi le « paradoxe du choix », qui installe une peur constante de ne pas avoir choisi la meilleure option possible, ce qui finit par surpasser le plaisir du résultat obtenu. De quoi comprendre l'explosion des taux d'anxiété et de dépression.

Revenir à l'essentiel

Plutôt que d'attendre le prochain gadget ou la future promotion pour se sentir vivant, la science nous invite à revenir à l'essentiel : partager un repas, nourrir des relations humaines authentiques et s'ancrer pleinement dans l'instant présent. À vos marques, prêts, feu, partez !

Chaque vendredi, découvrez un nouvel épisode de « Science du bonheur », la série qui décortique les dernières découvertes scientifiques pour vous donner les clés d'une vie plus heureuse et équilibrée.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale