Pourquoi penser trop à soi peut nuire à notre bien-être
Penser trop à soi : un danger pour le bien-être

Combien de temps passe-t-on, chaque jour, à penser à soi-même ? Si aucune étude scientifique ne l’établit précisément, la réponse pourrait tenir en un mot : beaucoup. Les travaux de psychologie sociale mesurant le temps que l’on consacre à parler de soi (émotions, projections, expériences, souvenirs…) nous livrent déjà une première indication : ce seul sujet occupe, en moyenne, la moitié de nos conversations quotidiennes. Et ce n’est là que ce que l’on exprime à voix haute.

Le monologue intérieur : une activité cérébrale omniprésente

Car reste notre monologue intérieur, silencieux. Quand le cerveau n’est mobilisé sur aucune tâche externe et fonctionne « par défaut » (environ 45 % de notre temps éveillé), le réseau cérébral qu’il active, s’il intervient dans le vagabondage mental ou l’imagination, soutient aussi une large part de la pensée « auto-référentielle ». En d’autres termes : le cerveau interprète en fonction de soi et tend à « ramener » informations, situations ou expériences à soi.

Tout cela est normal. Utile même ! Si nos ancêtres ont pu, d’un point de vue évolutif, assurer leur survie, c’est notamment parce qu’ils ont suffisamment pensé à eux-mêmes. Aujourd’hui encore, cette focalisation nous permet de détecter et répondre à nos besoins, d’apprendre de nos expériences, de prendre les meilleures décisions ou encore d’ajuster nos comportements. Et même d’augmenter, comme ce fut le cas pour nos lointains aïeux, nos chances de succès dans le groupe.

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Le narcissisme, un avantage ?

La recherche en psychologie sociale confirme d’ailleurs le lien entre pensée centrée sur soi et avantages socio-affectifs. Elle reconnaît même des avantages aux plus narcissiques (pour qui cette focalisation est excessive). Ces derniers se présenteraient de manière plus positive, feraient preuve davantage d’initiatives sociales, seraient meilleurs dans les premiers échanges, bénéficieraient de meilleures perspectives de promotion… Mais, car il y a un « mais ».

Ce trait compterait aussi des effets négatifs : leurs relations seraient plus instables, les conflits plus fréquents et leur bien-être psychologique plus fragile. Ce dernier point ne tiendrait d’ailleurs pas qu’à leurs difficultés relationnelles. La méta-analyse de deux psychologues américains, Mor et Winquist, publiée dans Psychological Bulletin en 2002, l’établit : il existe aussi un lien direct entre une focalisation excessive sur soi et un « affect négatif plus élevé ».

Ainsi (et les effets sont les plus forts chez les plus anxieux), une pensée auto-référentielle mal dosée engendrerait des ruminations négatives, une difficulté à s’extraire de ses propres interprétations et des sentiments de malaise et de tristesse. La focalisation sur soi (« self-focus privé ») constituerait même un facteur de dépression ou d’anxiété généralisée, et la focalisation sur ce que les autres pensent de soi (« self-focus public ») d’anxiété sociale.

Pas qu’une question de volonté

Dès lors, que faire ? Que l’on se sente envahi par les pensées auto-centrées et en souffre, ou souhaite simplement les limiter pour en observer les potentiels bénéfices, disons-le : la seule volonté ne suffira pas. La résolution consistant à se dire « je ne vais plus penser à moi-même » relevant, elle-même, de l’intention auto-référentielle, elle ne vous sera non seulement d’aucune aide, mais elle alimentera précisément ce que vous cherchez à déjouer.

Si un travail sur soi (entendre ici une thérapie) peut néanmoins aider les plus éprouvés, d’autres pistes (documentées et validées par la recherche) existent. Comme celle, évidente, d’être plus attentif aux autres, ou celle, moins attendue, d’être plus attentif au moment présent. La focalisation sur soi étant le plus souvent rétrospective (ruminations, regrets) ou prospective (inquiétudes, anticipations anxieuses), s’inscrire dans le « maintenant » (comme le permet, par exemple, la méditation de pleine conscience) dessine une voie intéressante…

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