Le moustique tigre s'apprête à faire son retour dans les Alpes-Maritimes
Les Alpes-Maritimes, qui ont connu le plus important foyer de chikungunya de métropole il y a six mois, se préparent au retour annuel du moustique tigre. Selon les experts, les premières éclosions d'adultes sont attendues vers le 20 avril, avec une reprise complète de l'activité en mai.
Un développement lent mais constant
Grégory L'Ambert, entomologiste médical, explique que les conditions météorologiques ont été favorables au développement des larves : « On a constaté selon les zones un mois de février et début mars très pluvieux avec des températures moyennes un peu au-dessus des normales ». Ces paramètres ont profité au moustique d'hiver, mais préparent également le terrain pour le moustique tigre.
Le responsable du pôle moustique tigre et santé publique à l'EID Méditerranée précise : « En ce moment, sauf situation exceptionnelle, le moustique tigre n'est pas présent à l'état adulte. Il est très peu présent à l'état de larve, mais va l'être de plus en plus ».
Le souvenir douloureux du chikungunya de 2025
Le département garde en mémoire l'épisode dramatique de l'année dernière :
- 180 cas autochtones de chikungunya entre avril et novembre 2025
- Antibes a établi un record avec 141 personnes infectées à partir de juillet
- 472 cas répertoriés dans la région Paca, soit 60% des cas autochtones en France hexagonale
- Un autre foyer important à Fréjus dans le Var
Fabrice Dassonville, responsable santé environnement à l'ARS, rappelle l'ampleur inédite de cette crise : « Sur la période 2010-2024, on compte 98 cas et 30 épisodes autochtones au total pour toute la région Paca ».
Une lutte ciblée et préventive
Les autorités sanitaires ont mené une réponse structurée :
- 127 enquêtes entomologiques réalisées par l'EID Méditerranée
- 179 traitements adulticides dans dix-huit communes
- Démoustication autour des cas humains avérés pour éviter la transmission
La stratégie privilégie la prévention plutôt que l'éradication totale. « On ne peut pas éradiquer tous les moustiques. Certains s'attendaient à de la démoustication de confort, mais si on aspergeait largement dans l'environnement, à part renforcer la résistance des spécimens au traitement, ça ne ferait pas grand-chose », explique le responsable de l'ARS.
Les séquelles persistantes pour les patients
Six mois après l'infection, de nombreux patients continuent de souffrir de symptômes prolongés. Le professeur Michel Carles, chef du service infectiologie du CHU de Nice, détaille :
- 40 à 60% des patients présentent des arthralgies durant au moins trois mois
- La durée médiane des symptômes est de six mois
- À douze mois, environ 20% des patients ont encore des symptômes
- Certains patients peuvent garder des douleurs articulaires plus de dix ans après l'infection
Plusieurs témoignages illustrent cette réalité difficile. Chantale, 69 ans, piquée fin septembre, doit encore composer avec des douleurs articulaires : « Je ne voulais pas continuer à prendre des anti-inflammatoires au quotidien. Alors on m'a dit de prendre du Doliprane et de serrer les dents ».
Sandrine, 46 ans, infectée en août, vit toujours avec les séquelles : « J'ai vécu l'enfer et je vis encore l'enfer. Aujourd'hui, malheureusement, j'ai toujours des chevilles énormes. Je n'arrive plus à me chausser ».
Une menace qui s'accentue avec le réchauffement climatique
Le professeur Carles alerte sur l'évolution du risque : « Les arboviroses sont des pathologies dont le risque de propagation devrait s'accentuer, en particulier dans notre région, fortement exposée aux effets du réchauffement climatique. La température moyenne au mois d'août a augmenté de 4 degrés en 70 ans chez nous ».
Les Alpes-Maritimes ont été le premier département français où s'est acclimaté le vecteur de la dengue et du chikungunya, aujourd'hui présent sur quasiment 80% du territoire national.
La prévention comme arme principale
Face à cette menace, les autorités insistent sur les mesures préventives :
- Élimination des gîtes larvaires (coupelles, gamelles, réceptacles d'eau stagnante)
- Vigilance accrue au retour de zones tropicales
- Consultation immédiate en cas de symptômes après un voyage
- Coordination avec les professionnels de santé, véritables « sentinelles »
La mobilisation de tous les acteurs – collectivités, syndics, habitants, professionnels de santé – reste essentielle pour limiter la propagation du virus. Comme le résume un expert : « Le bon moustique, c'est celui qui n'éclot pas ».



