Mort de Lyhanna : les hauts magistrats dénoncent un bouc émissaire
Mort de Lyhanna : hauts magistrats dénoncent un bouc émissaire

Le 25 juin 2026, les deux plus hauts magistrats de France, le premier président de la Cour de cassation et le procureur général près la Cour de cassation, ont publié une tribune conjointe dans Le Monde pour dénoncer ce qu'ils appellent la « mécanique du bouc émissaire » après la mort de la petite Lyhanna, 5 ans, survenue le 18 juin dans un foyer de l'aide sociale à l'enfance (ASE) en Seine-Saint-Denis.

Une tribune pour alerter sur les défaillances systémiques

Dans ce texte, les magistrats estiment que la focalisation sur la responsabilité individuelle de certains professionnels, notamment les juges des enfants et les travailleurs sociaux, détourne l'attention des problèmes structurels qui minent la protection de l'enfance en France. « La mort de Lyhanna est une tragédie qui nous interpelle tous. Mais chercher un coupable unique, c'est faire l'économie d'une réflexion profonde sur les dysfonctionnements de notre système », écrivent-ils.

Selon les chiffres officiels, près de 350 000 enfants sont suivis par l'ASE en France, dont 180 000 placés dans des structures d'accueil. Le nombre d'incidents graves signalés a augmenté de 15% en cinq ans, selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en 2025.

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Des conditions de travail dégradées pour les professionnels

Les magistrats pointent du doigt le manque de moyens humains et financiers alloués à la protection de l'enfance. « Les juges des enfants ont en moyenne 120 dossiers à traiter par an, contre 80 il y a dix ans. Les assistants sociaux voient leur charge de travail exploser, avec des effectifs qui stagnent », souligne la tribune. Une situation qui conduit à des décisions prises dans l'urgence et à un suivi insuffisant des enfants placés.

Le procureur général et le premier président appellent à une réforme en profondeur du système, passant par un recrutement massif de magistrats spécialisés et de travailleurs sociaux, ainsi que par une meilleure coordination entre les services de l'État et les collectivités territoriales.

Une réaction politique attendue

La tribune intervient alors que le gouvernement s'apprête à présenter un projet de loi sur la protection de l'enfance à l'automne. Le ministre de la Justice, interrogé sur France Info le 26 juin, a déclaré « prendre acte des alertes des magistrats » et promis « des mesures fortes » pour améliorer le suivi des enfants placés. Une enveloppe de 200 millions d'euros supplémentaires sur trois ans serait envisagée, selon des sources proches du dossier.

L'avocat de la famille de Lyhanna, Me Jean-Pierre Dubois, a pour sa part estimé que « la tribune des hauts magistrats ne doit pas servir à exonérer les responsables locaux de leurs négligences ». Il a annoncé son intention de déposer une plainte contre X pour homicide involontaire.

Un débat qui divise les professionnels

Du côté des associations de défense des droits de l'enfant, comme la Fondation pour l'enfance, on salue la prise de position des magistrats. « Il est temps de sortir de la logique du bouc émissaire et de s'attaquer aux racines du mal », déclare sa directrice, Claire Hédon.

En revanche, certains syndicats de magistrats, comme l'Union syndicale des magistrats (USM), jugent la tribune « trop consensuelle » et appellent à des actes concrets. « Les belles paroles ne suffisent plus. Il faut que le gouvernement mette la main au portefeuille et que les moyens suivent », insiste son secrétaire général.

Alors que l'émotion reste vive autour de la mort de Lyhanna, cette tribune des plus hauts magistrats relance le débat sur un système de protection de l'enfance jugé à bout de souffle.

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