La méthode Montessori redonne autonomie et lien social aux résidents d'Ehpad
Montessori en Ehpad : autonomie retrouvée pour les seniors

Une approche innovante pour les seniors

À l’Ehap L’Archipel, à Duclair (Seine-Maritime), on peut observer des scènes peu communes. Ici, une résidente qui distribue le courrier. Là, une autre qui bichonne les balconnières. Là encore, un petit groupe qui accueille un nouvel arrivant avec un petit cadeau. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour eux cela veut dire beaucoup. L’autonomie, le sentiment d’utilité, le lien social sont autant de dimensions que l’on peut voir réduites avec l’âge.

C’est précisément ce que les professionnels de l’établissement s’efforcent de préserver. Tout est question de regard. « Nous nous concentrons sur les capacités restantes des résidents, et pas sur ce qu’ils ont perdu », souligne Sophie Gagelin, psychologue de l’établissement et de celui des Dames Blanches, à Yvetot – dans le même département – tous deux appartenant à la Fondation Partage et Vie, une organisation reconnue d’utilité publique qui lutte contre toutes les formes de dépendance liées à l’âge, à la maladie ou au handicap.

Aider à faire seul

La fondation s’est engagée en 2022 dans un vaste programme de formation à la méthode Montessori. Car non, ce n’est pas que pour les enfants. Adaptée de la pédagogie de Maria Montessori, elle a été transposée aux personnes âgées dans les années 1990 par des neuroscientifiques américains. Et cela marche : les résultats d’une première étude française – et l’une des toutes premières d’envergure à l’international – documentent son impact positif en vie réelle auprès des résidents d’Ehpad et des professionnels qui les accompagnent.

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« Cette approche répond à des besoins humains universels d’autodétermination, assure Noémi Poirier, responsable de site à L’Archipel. C’est pour cela qu’elle a du sens à tous les âges. » Qu’elle s’adresse aux écoliers ou aux résidents d’Ehpad, la méthode Montessori repose sur les mêmes piliers. « Il s’agit de vraiment donner le choix aux personnes, dans tous les actes de leur vie quotidienne », explique Lucie Guichard, animatrice et formatrice Montessori à L’Archipel. Et ce, dès le départ : impensable d’accueillir un résident à la demande de sa famille et contre son gré.

« Elle s’appuie aussi sur le rôle social donné à chacun. Et surtout les résidents s’engagent dans des activités qui ont du sens pour eux, en fonction de leur personnalité et histoire personnelle », ajoute-t-elle. Pour faciliter l’autonomie des personnes, un grand soin est porté à l’environnement. À sa beauté, à son accessibilité et sa « lisibilité ». « Beaucoup de choses, dans nombre d’endroits, sont en libre-service, continue Lucie Guichard. Par exemple, si l’un de nos résidents veut aller se servir un café, le sucre, les tasses, les couverts… tout est étiqueté. » Ainsi, les personnes âgées peuvent reprendre un peu la main sur leur vie sociale.

« C’est tout bête, mais grâce à cela, les résidents ne sont plus des personnes âgées à qui l’on rend visite dans une maison de retraite, mais des forces invitantes », souligne Noémi Poirier. Le personnel prend aussi le temps d’accompagner projets et envies soudaines des personnes, qui insufflent joie et confiance en soi. « Un de nos résidents nous avait dit beaucoup aimer les animaux. Alors on lui a parlé d’adopter un chat, raconte la responsable du site. Alors il a décidé de le faire. Cela lui a procuré une telle fierté qu’il l’a montré en photo à son cardiologue. »

Surtout pour les plus fragiles

Même les personnes âgées touchées par les troubles de la mémoire et désorientées peuvent bénéficier de la méthode. « Elle a même été créée pour elles à la base, en refusant de considérer qu’elles ne peuvent plus rien faire, précise Sophie Gagelin, également référente nationale Montessori à la Fondation Partage et Vie. C’est après que l’on s’est rendu compte qu’elle fonctionnait très bien aussi avec les personnes âgées, sans pathologie particulière. » Si besoin, les animatrices « découpent » les activités, de manière qu’elles puissent s’impliquer au moins en partie. Poser simplement les assiettes sur la table peut déclencher quelque chose chez quelqu’un qui n’aurait pas pu dresser le couvert de A à Z.

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La personne n’est plus objet de soins, mais au cœur de l’accompagnement. Et l’accompagnant sort de son rôle « hospitalier » pour devenir un « facilitateur », indique Sophie Gagelin. Se mettre en retrait pour laisser l’espace aux personnes âgées d’agir et de décider pour elles-mêmes peut d’abord sembler « contre intuitif » pour les soignants, admet Lucie Guichard. « C’est un combat car cela ne correspond pas forcément à ce qui leur est enseigné à l’école. »

Des résultats probants

Mener ce combat, tout le monde y gagne. En 2022, la Fondation Partage et Vie lançait une étude contrôlée menée auprès de 460 résidents en unité protégée, sur une durée de 24 mois, en collaboration notamment avec le laboratoire de psychologie Epsyilon (Université Paul Valéry de Montpellier) et l’organisme de formation AG&D – Montessori Lifestyle. Ses résultats ont été présentés le 20 avril dernier au ministère de la Santé. Ils sont éloquents : dès lors que la formation se traduit par une réelle appropriation de la méthode par les soignants, elle est associée à une réduction significative de la sévérité des troubles du comportement et du retentissement de ces derniers auprès des professionnels, le maintien voire l’amélioration de l’autonomie dans les actes de la vie quotidienne chez près de 70 % des résidents, ses effets se maintenant à 12 mois.

Les activités de lecture adaptées, notamment, favorisent l’engagement des habitants, mobilisent leurs capacités préservées, augmentent les émotions positives, les expressions de plaisir et les interactions verbales entre les participants… De quoi repenser l’accompagnement en Ehpad et promouvoir des approches plus humaines et personnalisées.

Les Estivales de Partage et Vie

La septième édition des Estivales de Partage et Vie, en partenariat avec Le Point, se déroulera le 17 juin à la Maison de la Chimie (Paris VIIe). Des échanges autour du thème « Quelle liberté quand décline l’autonomie ? » avec des philosophes, médecins, comédiens, responsables publics et professionnels d’établissements médico-sociaux. Participation gratuite et inscription obligatoire.